Comment parler d’un film que tu n’as pas vu ? (ép. 8/25)

30 Nov
En salles le 28 novembre.

En salles le 28 novembre.

Vendredi 22h. Ce soir c’est l’anniversaire de ma nana. Totale liberté pour elle. On va où elle veut, quand elle veut. On boit ce qu’elle veut, comme elle le veut. Une envie de sushis, c’est parti ! Un désir de champagne, j’acquiesce avec le sourire. Après une quinzaine de verres, de Mojitos et autres cocktails diaboliques avec 85 % de sucre,  la question existentielle du lieu où nous allons finir la soirée se pose.

Le Macumba, le Palladium, le Blue Night ? Ambiance décontractée ? Clubbing ? VIP ? Et « pourquoi pas une boite gay ce soir pour changer? » lance t-elle enthousiaste, avec 3 grammes d’alcool dans chaque bras. Vendu ! Deux de ses potes tirent la tronche : « Une boite gay et puis quoi encore ? Pourquoi pas une soirée fétichiste aussi ? »

Nous arrivons devant l’entrée de la boite tant bien que mal après avoir fait la connaissance de quelques poubelles sur le chemin. Une ambiance de folie émane de l’intérieur. De la musique branchée, entre dubstep, éléctro, et glam rock. Des cris, de la folie, la fête quoi ! Une fois entrés,  une vague de chaleur s’empare de nous, comme des drogués en manque d’adrénaline nous montons sur scène, corps serrés pour bouger au rythme des samples mixés avec talent. Un sentiment de liberté, d’ouverture, pas de jugement, faire la fête avec tout le monde peu importe sa sexualité.  Ma nana est une pile, elle ne s’arrête plus de danser sur ses talons aiguilles de 17 cm.

Je me dirige vers le bar pour reprendre un tonifiant, un jus de pamplemousse ou à défaut une triple téquila frappée. Le serveur est un apollon grecque, sans un gramme de graisse. Je compare mon ventre au sien et je me dis qu’on est pas tous égaux. Il me sert ma Téquila, s’accoude au comptoir et me lance une phrase surprenante, le type de phrase à ne pas lancer à 4h du mat : « Putain quand je pense qu’il y a 40 ans fallait encore se cacher d’être homo, et regarde maintenant on es libre d’être nous même, on va même pouvoir se marier ! Tout ça on le doit à tous les homos du monde qui ont lutté pour qu’on puisse s’affirmer. Tu connais Les invisibles ? Va voir ce film, c’est la mémoire de ce combat. »

Je suis sur le cul. Parce qu’en plus d’être beau et gaulé comme un dieu, ce mec à de la discussion. Je me sens ridicule mais même en croquant mon morceau de citron, j’ai encore suffisamment de tête pour rassembler mes idées. Ce film, ou plutôt ce documentaire je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir malgré les critiques positives qui en émane et sa sélection au dernier festival de Cannes. En plein débat sur la mariage gay, c’est avant tout un beau récit sur des femmes et des hommes gays, nés dans l’entre-deux-guerres. Une période où être gays c’est se cacher afin de ne pas être rejetés, pourtant ils ont aimé, lutté, désiré et fait l’amour comme tout amants du monde le faisaient à cette époque.

Ils racontent leur courage, leur obstination à travers des témoignages touchants, leur vie d’insoumis paradoxalement mêlée à cette volonté de ne pas se marginaliser. Plus de dis ans après La Traversée (où un fils recherche son père à travers les USA) , le réalisateur Sébastien Lifshitz dépeint la vie de personnes que l’on ne veut pas montrer, ayant vécus la génération sida des années 80, et maintenant octogénaire: des invisibles dont on entend jamais la parole, la communauté gay étant souvent représentée par la jeunesse, la fête et l’excès.

Il est peut-être 5h ou 6h du mat. Les rues sont désertes. Nous rentrons l’un contre l’autre sous une fine pluie. Quelle belle soirée, quelle belle leçon. C’est grâce à la lutte de nos ainées que nous pouvons marcher comme ça main dans la main, insouciant et heureux. Faisons la même chose pour la génération à venir. Prochaine étape, le mariage pour tous.

Mr Zag

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