[à l’affiche :] COGAN – Andrew Dominik

21 Déc
Une coupe "Nicolas Cage" et un bouc "Simply market", le déguisement de Brad est parfait pour Nouvel an.

Une coupe « Nico Cage » et un bouc « Simply market », le déguisement de Brad est parfait pour Nouvel an.

Ca et là, le film a été entrevu comme un ersatz Coeno-Tarantinien, comme une énième tentative de néo-noir, comme une roublardise inconséquente. Le contexte politique du passage de témoin Bush-Obama est apprécié comme le mouvement artistico-réflexif d’un film de pieds nickelés.

La politique des auteurs est une fumisterie, soit. S’attacher à la continuité du discours d’un cinéaste, c’est un peu « Cahiers » et tellement sixties. Mais L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford aurait dû canaliser l’attention sur la personne d’Andrew Dominik, cinéaste australien trop rare et (peut être) trop théorique.

Cogan n’est pas un film aimable. Ce n’est pas une œuvre caressante et sympathique, ce n’est même pas une œuvre transgressive. A la différence de Jesse James, le capital séduction n’est pas assuré par une partition sublime du duo Cave-Ellis ou par la photo de Roger Deakins. Mais Brad Pitt, producteur et interprète, n’est pas le seul trait d’union entre les deux derniers films d’Andrew Dominik.

Les œuvres sont liées par une complaisance nécrophile, par un regard distancié et professoral  sur la déliquescence morale de l’Amérique. L’assassinat de Jesse James exposait l’hypocrisie d’une nation fondée sur le rejet de sa violence intrinsèque. L’auteur s’appuyait sur des figures, des lieux mythologiques : l’ouest, les frères James, l’acteur, le lâche Ford. Cogan reprend ce même constat plus d’un siècle plus tard. Le meurtre, la violence sont sous-jacents, entérinés mais masqués sous les prétextes économiques, cachés derrière les grands virages de l’histoire. Le pays avance, change et délaisse les mythes.

Au XIXème siècle, l’Amérique se construit sur le culte de figures légendaires, fascinantes mais moralement condamnables. Aujourd’hui, ces figures sont introduites par le cinéma, la télévision. Dominik agite le bocal de la mythologie contemporaine du crime. Brad Pitt réapparait en David Mills, courant entre les gouttes de pluie. Tony Soprano manque de croiser Johnny Sack, et Henry Hill poursuit sa lente mais inexorable déchéance.

Le cinéaste les dépouille de leur ambigüité. Il ne les nimbe pas de ce nuage vaporeux qui pouvait accompagner Jesse James. Gandolfini n’est qu’une baleine échouée, dans l’attente de cette balle que Chase lui promettait dans la dernière scène des Soprano. Il est prostré dans l’inaction, la rancœur, le souvenir. Un réalisateur australien vient donc briser l’élan romantique du gangstérisme américain, sans l’humour déresponsabilisant des Tarantino et consorts, sans volonté de plaire ou de vendre. Il contemple un monde à l’arrêt, où l’on meurt comme on a vécu, où l’évocation des êtres surpasse leur réalité.

L’actualité, l’histoire en mouvement se contemplent d’un œil, s’écoutent d’une oreille comme une musique d’ambiance. Le monde n’a plus prise sur ces figures fantomatiques. Dans l’Amérique moderne comme dans l’Ouest agonisant, les mythes sont éternellement laissés-pour-compte.

Greg Lauert

COGAN, killing them softly de Andrew Dominik // Avec Brad Pitt, Scott Mc Nairy, James Gandolfini // En salles depuis le 5 décembre – 1h37

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