[à l’affiche :] 4h44, DERNIER JOUR SUR TERRE – Abel Ferrara

22 Déc
Sivouplé monsieur moi pas d'argent pour me droguer... Sivouplé monsieur

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La fin du monde n’aura pas lieu. Abel Ferrara a pourtant eu la générosité de nous en proposer un mode d’emploi. Ici, on connaît tout du dernier instant, son heure exacte – 4h44 – comme ses causes (humaines). On sait qu’il est inévitable. L’individu et l’espèce ne font soudain plus qu’un, et s’insurger ne sert à rien – peu importe désormais si l’on n’a pas soi-même pollué la planète. Tous sont responsables, tous sont condamnés. Et pourtant, d’une certaine façon, tous sont innocents…

Cisco (Willem Dafoe) et sa compagne Skye (Shanyn Leigh) n’ignorent rien de cette fin imminente, qu’ils semblent tout d’abord accepter avec une étrange facilité. Leur loft est traversé par des courants d’information, par des images, des ondes. Eux, parmi ces écrans, consacrent leurs derniers instants à certains gestes en apparence dérisoires : écrire au stylo, peindre à la main, faire l’amour. Si l’esprit peut considérer le monde comme une image créée par lui et s’en abstraire, le corps, lui, est ce qui nous rattache au sol.

Abel Ferrara filme avec tendresse cette matière pensante vouée à disparaître. Cisco se rase pour sa compagne, il la fait « voler » en équilibre sur ses pieds : leur amour est, en lui-même et pour lui-même, un triomphe sur la gravité des choses. Les amateurs de catastrophes pourraient être déçus : cette fin du monde n’a rien d’épique. Il ne s’y passe rien, ou pas grand-chose, car elle signifie avant tout la fin des possibles. Toute apocalypse est une révélation et celle-ci porte sur l’intimité – celle des familles, des couples présents et passés, mais surtout celle qui unit profondément l’individu à lui-même : dans cet accord interne repose l’identité, et précisément c’est cet accord qui est menacé par l’imminence de la fin. Puisque tout va finir, plus rien n’a d’importance, pourrait-on croire : Cisco, rongé par l’angoisse, manque de replonger dans la drogue. Mais, comme le lui dit un camarade lui-même abstinent : « la fin du monde n’est pas une raison valable ».

Skye, elle, achèvera sa peinture au sol : l’œuvre est réalisée pour elle-même, pour le processus, non le public, ni même la promesse de longévité. Pourtant elle fournira aux amants sinon un refuge, du moins un cercle magique au moment ultime. Dans Melancholia, Lars Von Trier exposait la volonté de destruction propre à l’esprit malade ; Ferrara, lui refuse tout nihilisme pour au contraire célébrer le libre-arbitre. En ce sens, 4h44 n’est pas tant un film sur la fin du monde qu’une réflexion sur la condition même de l’homme : un instant vécu pleinement vaut l’éternité.

Jakuts

4h44, DERNIER JOUR SUR TERRE de Abel Ferrara // Avec Willem Dafoe, Shanyn Leigh // En salles depuis le 19 octobre – 1h22

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