[cinéphilie :] Jean-Pierre Améris

26 Déc

Jean-Pierre Ameris

Jean-Pierre Améris était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, L’Homme qui rit (sortie le 26 décembre 2012).

Adapté du roman de Victor Hugo, ce conte pour petits et grands tombe à pic en période de Noël. Précisons tout de même que pour apprécier pleinement l’expérience, il faut avoir un minimum de goût pour les excès : le film s’assume comme un mélodrame mâtiné de comédie, ou l’inverse, et ne lésine ni sur les effets, ni sur la musique…

Nous ne parlerons pas de L’Homme qui rit dans la prochaine émission de CUTlaradio (car celle de décembre saute, victime du ski et des attraits du soleil capverdien). N’empêche : Jean-Pierre Améris réagit à la liste de films suivante.

LES EMOTIFS ANONYMES (Jean-pierre Améris) :

C’était mon film le plus autobiographique et jamais je n’aurais pensé que ça puisse toucher autant de gens en France et dans le monde entier. Que ce sujet de l’hyper émotivité et du mal être, du malaise en société, soit à ce point partagé par les gens. Et ce qui m’a, c’est vrai, comblé de bonheur c’est le nombre de gens qui m’ont dit : merci quand même d’avoir parlé de nous, parce que souvent on a honte au bureau, on a honte avec les amis, d’être si mal à l’aise, d’être si anxieux. Ça c’est un bonheur. On part de la chose la plus autobiographique, on se dit : voilà, ça n’intéressera peut-être pas grand monde, et on se rend compte que tout le monde partage le même soucis.

L’HOMME QUI RIT (Paul Leni) :

Première adaptation de ce roman de Victor Hugo par un grand réalisateur allemand, Paul Leni, mais émmigré à Hollywood, avec un grand acteur allemand, Conrad Veidt. Une très belle version qui doit ressortir d’ailleurs en DVD prochainement. Paul Leni, simplement, n’avait pas pu faire la vraie fin du roman, qui est une fin à la Roméo et Juliette : on est dans l’opéra, on est dans le drame. Les producteurs lui avaient imposé un happy end qui est assez délirant : ça vire un peu cape et d’épée ! Mais tout de même c’est un très beau film muet. Et ce n’est pas pour rien que ce soit un film américain la première fois. Parce que le roman a quelque chose de très anglo-saxon, il est nourrit de ça, et c’est un roman qui a été la matrice d’énormément de films, de bandes dessinées, du Fantastique américain. Par exemple, Bob Kane le créateur de Batman a toujours dit que ça venait de L’Homme qui rit le Jocker que l’on voit dans les films de Tim Burton –ou de Nolan maintenant. Ensuite on trouve L’Homme qui rit dans James Ellroy, dans Le Dahlia Noir : et dans l’adaptation de Brian De Palma, on voit des extraits du film muet. Et Tim Burton a toujours dit qu’il adorait ce roman, il avait même envisagé à un moment donné de le faire et son Edward aux mains d’argent a beaucoup de points communs avec le Gwynplaine de L’Homme qui rit. Ce qui est drôle maintenant, c’est qu’on me dit : vous êtes sous influence timburtonesque. Que j’adore. Mais c’est intéressant de renverser le gant et de dire : mais Tim Burton se nourrit beaucoup de L’Homme qui rit de Victor Hugo. Donc revenons un peu à Victor Hugo.

L’ANGE DE LA RUE (Frank Borzage) :

J’adore ce cinéaste, mais je ne connais pas ce film. Alors ça j’aimerais beaucoup le voir. C’était vraiment un grand cinéaste et qui n’avait pas peur du mélodrame justement. C’est ça qui fait plaisir aussi : j’ai quand même passé ma vie à voir des films, mais il y a toujours des découvertes à faire. C’est ça qui est fabuleux aujourd’hui avec le DVD, même si c’est moins bien que d’aller en salle, mais tout de même il y a des choses qui ressortent et on n’en revient pas de pouvoir découvrir ces films-là. Mais L’ange de la rue de Frank Borzage, je ne l’ai jamais vu.

FREAKS (Tod Browning) :

C’est un film très étrange. C’est une manière de chef-d’oeuvre, mais surtout de film unique qui avait été tourné avec les véritables monstres du cirque Barnum. La troupe du cirque Barnum. Et on y voyait les soeurs siamoises, l’homme tronc… Et c’est un film très dérangeant et profondément romantique, mais aussi très fort sur la cruauté humaine, sur la différence. Donc ça a été évidemment une de nos références sur le champ de foire, sur la roulotte, sur la représentation de la femme à barbe et tout ça. C’est un film emblématique. D’un cinéaste qui n’aimait que ça, les monstres, les gens différents, qui tournait beaucoup avec Lon Chaney et qui est très-très étrange, mais très fascinant.

L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS (Terry Gilliam) :

J’apprécie beaucoup Terry Gilliam. Ce film-là, j’aime beaucoup toutes les scènes autour de la roulotte. Ce qui m’a peut-être pour le coup un peu gêné, mais même visuellement, c’est les rêves, toutes les échappatoires que je trouvais très vidéo, très toc. En tout cas voilà là un univers visuel qui me plaisait moins, moi je suis plutôt attaché à des choses… Fellini… Ou même, je préférais de beaucoup, chez Terry Gilliam, Les aventures du Baron de Münchausen : plus classique, plus enfantin peut-être. Mais bien sûr de très belles choses, et puis ce qui est fascinant chez Terry Gilliam c’est comment il arrive à faire des choses avec des productions un peu fauchées, un peu délirantes, et avec aussi des coups du sort déments. Entre son Don Quichotte qui s’arrête et ce qu’on peut en voir dans le making-of génial, Lost in la Mancha. Et là, quand même, ce merveilleux acteur, Heath Ledger, qui meurt au milieu du tournage de Parnassus et qu’il remplace par trois autres acteurs, Jude Law, Colin Farrell et Johnny Depp. Il est toujours confronté aux coups du sort terribles, il y a une énergie formidable, et là aussi un bel hommage à l’illusion théâtrale.

FRANKENWINNIE (Tim Burton) :

J’ai vu récemment à la télévision, sur ARTE, le court métrage qu’il avait réalisé et que j’ai trouvé fantastique. J’ignorais complètement qu’il y avait Shelley Duvall qui faisait la mère. J’ai trouvé absolument magnifique ce court métrage. Je n’ai pas vu Frankenwinnie dans sa version longue, et pour cause puisque je suis en tournée avec L’Homme qui rit depuis tout l’automne. C’est ma grande frustration : je n’arrive pas à voir de films. Le seul film que j’ai vu entre deux séances, c’était Le Capital de Costa-Gavras que j’ai trouvé excellent et très prenant. Mais c’est ma grande frustration, voilà, d’aller de ville en ville et de ne pas arriver à voir de films.

RIDICULE (Patrice Leconte) :

On y a pensé pour les maquillages, sur la cruauté de la Cour, notamment dans la salle du bal. Mais tout de même voilà un parti-pris fort différent, c’est-à-dire que Patrice Leconte a tourné dans des vrais châteaux, dans des vrais extérieurs et donc ça créé quand même une sorte de reconstitution historique assez réaliste, d’une certaine façon. Moi je voulais vraiment décaler les choses, qu’on apprécie ou pas ce parti-pris, aller vraiment dans la création d’un monde, dans la féérie. C’est pour ça que pour rien au monde je n’aurais tourné dans un vrai château, parce que dès que vous tournez dans un vrai château, les parquets grincent, vous voyez l’extérieur par les fenêtres… Donc ça ramène une forme de réalisme et ça renforce le côté reconstitution : on voit bien que ce sont des acteurs en costume, mais dans un lieu réel. J’avais envie de quelque chose de plus magique, pour moi hein, et de plus résolument fantastique et anglo-saxon qui est la création totale d’un univers en studio.

MIKE (Lars Blumers) :

C’est un excellent film, mais que je n’avais pas vu quand j’ai choisi Marc-André Grondin et Christa Théret pour tenir les rôles. Je ne savais même pas qu’ils avaient joué ensemble. Grondin et Christa Théret j’ai pensé à eux je pense à peu près en 2008. C’est un scénario, L’Homme qui rit, qui s’est écrit de 2006 à 2009, et en 2008, dans les dernières versions du scénario, j’ai pensé à Marc-André Grondin pour l’avoir vu dans C.R.A.Z.Y. qui est un film que j’aime énormément, dans Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. Et Christa Théret, je l’ai découverte comme tout le monde dans LOL et puis je l’ai revue dans des films formidables comme La brindille, mais je ne savais pas, voilà, qu’ils allaient tourner ce film-là ensemble. Ce qui était formidable ceci-dit parce que ça a donné, je pense, à leur duo une vraie complicité. Par chance ils s’étaient bien entendus sur Mike, ça aurait pu être le contraire ce qui aurait été embêtant. Mais donc quand ils sont arrivés sur L’Homme qui rit pour jouer ce garçon et cette fille qui vivent toute leur enfance ensemble, qui s’aiment évidemment, mais qui sont aussi frère et sœur, d’où le dilemme de Gwynplaine et sa difficulté à surmonter cette barrière, mais ça leur donnait vraiment ça, ce côté frère et soeur à Christa et Marc-André.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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