[à l’affiche] AUJOURD’HUI – Alain Gomis

9 Jan
Doc Gyneco et Stomy Bugsy sur les ruines du Secteur A.

Doc Gyneco et Stomy Bugsy sur les ruines du Secteur A.

Pour certains films, il est préférable de ne rien savoir à leur sujet avant d’aller les voir. Se laisser l’entière surprise pour être saisi sans somation et sentir leur souffle dans le cou encore quelques heures après votre sortie de la salle. Aujourd’hui en fait partie.

Alain Gomis n’a pas froid aux yeux et il n’a pas l’intention de nous épargner. Avec son film, c’est à la mort qu’il se frotte et c’est nous qu’il pique. Alors forcément, parce que son film est réussi, cela nous laisse dans un drôle d’état. Ne pas faire sonner faux ce genre de film relève déjà en soi de la réussite.

Aujourd’hui, c’est le dernier jour de vie de Satché (alias Saul Williams), il va mourir, il le sait, tout le monde le sait, et sa mère, dès le début du film, de lui chuchoter à l’oreille : « N’ai pas peur. » Il lui reste un dernier jour à vivre, tout le monde le regarde partir et il ne doit pas avoir peur – il n’a même pas d’invit pour une soirée fin du monde. Un dernier jour pour revisiter sa vie, tenter d’y mettre un point, et se faire une raison pour quelque chose qui n’en a pas. Il est seul contre l’inacceptable, seul contre l’insaisissable. Il sait et il n’y a pas de révolte possible, pas d’échappatoire, il devient de fait seul contre et avec tous.

Aujourd’hui est une journée d’errance d’un homme en tête à tête avec sa vie et ce qu’il en reste. Face à lui–même mais face aussi aux regards des siens qui commencent leur deuil et auxquels il ne peut pas se soustraire. On l’accompagne dans son vertige, lui qui se doit de vivre alors qu’il sait qu’il va mourir : une journée de vie où tout est plus clair en somme. Une journée sur le bord de l’abîme, qui doit mêler et concilier, tristesse et joie, résignation et révolte, peur et confiance, amour et rancœur, passé et présent, soi et l’autre. Une journée parcourue entre l’angoisse de chercher le temps de finir ce que l’on a commencé, « le temps de marcher tranquillement » jusqu’à sa fin ; le deuil de la vie, des autres qui vont continuer sans soi. Une journée où finalement même le temps humain est défait face à l’immensité qu’est la mort.

Alain Gomis met en scène un beau film, sensuel et intime, qui aime les regards et les mains, la lumière et l’écoulement de la vie qui suit son cours indifféremment avec ou sans nous. Il nous entraîne dans ce dernier jour exceptionnel en parvenant à conserver la lenteur et la banalité mais surtout l’indifférente grâce et violence d’une journée ordinaire. Saul Williams s’accorde parfaitement à la hauteur de ce rôle de condamné déjà dos au mur. C’est lui qui nous tire dans ce vertige.

Alain Gomis ne nous trompe pas en nous proposant une forme d’acceptation paisible de sa propre mort car en fin de compte il nous laisse encore démuni face à elle. Il n’impose pas sa vision en dogme, il ne fait pas de promesse. Notre mort reste aussi loin, inimaginable, mais toujours là au-dessus de nous ; nos vies continuent contre et avec elle. Il faudra probablement que je revoie ce film.

Adrien

AUJOURD’HUI d’Alain Gomis // Avec Saul William // En salles le 9 janvier

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