[cinéphilie :] Edouard Deluc

23 Jan

Edouard Deluc

Edouard Deluc (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter Mariage à Mendoza (sortie le 23 janvier 2013).

Deux frères (le grand Philippe Rebbot et le petit Nicolas Duvauchelle) y sont lâchés sur les routes argentines pour quelques jours de vacances/retrouvailles avant d’arriver à Mendoza où se marie leur cousin. Mais bien sûr, le périple est moins linéaire que prévu car : peine de cœur, médicaments, jolie jeune femme et réceptionniste d’hôtel s’invitent à la noce…

On parlera ou non de Mariage à Mendoza dans la prochaine émission de CUTlaradio, en attendant, Edouard Deluc réagit aux films suivants.

SIDEWAYS (Alexander Payne) :

Forcément. Je l’ai revu, j’ai trouvé ça à nouveau vraiment brillant. J’aime beaucoup ces films qui ne la ramènent pas trop, qui sont très justes, sur l’intime, tout en n’étant pas pathos. Je le trouve très drôle. Et j’aime beaucoup Alexander Payne de toute façon. J’ai revu The Descendants, c’est pareil, ce sont des films dont je garde en tête, pas forcément ce qu’ils racontent, mais leur parfum. Il y a ce mélange de grande gaité, d’appétit de la vie et de mélancolie qui est un endroit où je me retrouve bien. Sideways racontait un peu ça à travers ces deux personnages. Un qui dévore tout mais qui va se prendre un mur, et puis l’autre incapable d’être au monde parce que centré sur sa détresse… Voilà, forcément il y a plein de point communs sans que j’arrive à dire lesquels. Finalement j’ai l’impression que souvent on fait le raccourcis en disant : bon ben il y a des scènes de dégustation de vin, et hop ! En fait pas du tout, il y a beaucoup plus que ça. Moi je ne suis pas un grand cinéphile donc je vous dis ce que je retiens des films : il y a un endroit où ils m’ont touché, c’est indicible. Et je sais que chez Alexander Payne, en revoyant The Descendants après, je vois bien que finalement ce qu’il me raconte importe peu, mais le goût qui me reste est essentiel.

AMERICANO (Mathieu Demy) :

Pas vu, mais il fait partie de ces films que j’ai… pas dans mon sac… il est dans le coffret des Césars de l’année dernière… et je dois le voir ! J’en ai très envie parce que Philippe (NDLR : Rebbot) avait une scène dedans qui a été coupée au montage, et je sais qu’il y avait dans ce projet des choses qui pouvaient être similaires au mien.

ENTER THE VOID (Gaspar Noé) :

Je n’ai pas vu Enter The Void parce que c’est un cinéma qui me rebute. Qui doit être fait pour ça, mais que je trouve à la fois dans une provocation facile et nihiliste. Voilà. Après, c’est un Argentin donc j’ai de la tendresse pour lui et puis le bonhomme est sympa. Sympa je ne sais pas d’ailleurs, je ne le connais pas bien, on s’est croisés deux, trois fois parce qu’on étaient dans la même maison de production de clips, il y a une quinzaine d’années. Il est à un endroit… il a je ne dirais pas du génie, mais une vision très personnelle. J’avais bien aimé Carne. Seul contre tous il y avait un truc qui m’avait forcément scotché, qui était très fort. Mais après, Irréversible, qui est extrêmement fort aussi, je refuse. Je dis non. Ça manque de ce qu’il y a dans mes films, moi je suis beaucoup plus tendre que ça, c’est tout ! Je suis beaucoup plus romantique, tendre que ça : j’écoute Jean-Louis Murat. Je ne pense pas que Gaspar Noé écoute Jean-Louis Murat. On n’est pas faits pour tous s’aimer ou aimer le travail qu’on fait. Le bonhomme est peut-être très sympa, mais on n’a pas du tout le même univers et il y a un truc de provo’ dans son travail qui souvent m’énerve un peu.

L’EMMERDEUR (Edouard Molinaro) :

Souvenirs diffus (NDLR : on rappelle que c’est avec Jacques Brel et non Pierre Richard), mais pareil ce qui me resterait c’est un goût, une musique, un parfum. Bizarrement les images qui me reviennent c’est quand il gare la voiture et qu’il y a un tueur à gages devant l’hôtel, non ? C’est marrant que ce soit ça qui me revienne alors que c’est un film beaucoup plus drôle que ça… Mais en tout cas, oui, je prends à 200%, surtout parce que c’est des madeleines de Proust, ce sont des films que je regardais seul ou en famille, quand j’étais petit à la maison. Une fois de plus, je n’ai pas un esprit qui se souvient très précisément des récits, mais je me souviens si ça m’a touché profondément ou pas. Je me souviens de l’énergie. Et puis avoir un personnage principal qui essaye de se suicider pendant une heure et demie et réussir à en tirer les vertus comiques : il y a un endroit où le projet me séduit forcément.

9 SEMAINES 1/2 (Adrian Lyne) :

Oui, j’aimais bien, mais pareil j’en ai vraiment un souvenir très diffus. Si, les scènes érotiques… Mais ce sont plus les images fixes qui me restent que les images animées : ce frigidaire, leur passion sexuelle. Mais j’aimais bien Kim Basinger quand j’ai écrit le court métrage (NDLR : ¿ Dónde está Kim Basinger ?, qui est une ébauche de Mariage à Mendoza), parce que c’était une icône occidentale : c’est le pouvoir d’Hollywood qui a quand même ravagé la planète entière sur un film, comme Basic Instinct l’a fait un peu plus tard. Pourtant, moi je ne suis pas très porté sur les blondes. Mais j’aimais bien que ce soit une icône, je trouvais que ça marchait bien, dans mon film, que le rabatteur dans la rue quand il parle de Kim Basinger, c’est un phantasme universel. Et un peu daté en plus ! J’aimais bien tout ça.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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