[à l’affiche :] DJANGO – Sergio Corbucci

28 Jan
DJANGO

Carlotta Films

Juste après la fin de la guerre de Sécession, un soldat nordiste, encore dans son uniforme poussiéreux, erre sur des routes boueuses du Sud des Etats-Unis. Il traîne derrière lui un cercueil. Scène 1 : il tombe sur trois Mexicains qui fouettent une femme. Des cow-boys surgissent et abattent les tortionnaires, sans avoir de meilleures intentions envers la victime, qu’ils viennent pourtant de sauver. Django les descend tous les cinq : « Si tu restes avec moi, personne ne te fera de mal ».

Le personnage est posé : si la cause est juste, Django n’hésite pas à sortir son colt.

Tourné en 1966, le film mythique de Sergio Corbucci (dans une version restaurée par Carlotta films) fait partie des westerns spaghetti, formulation folkloriste qu’on devrait remplacer par western italien, tout simplement, tant le genre englobe la majeure partie des productions transalpines. Le western italien, c’est d’abord sortir de la légende sur la fondation des Etats-Unis (exit John Wayne, Gary Cooper, James Stewart…), c’est aussi abandonner les westerns repentants (les Indiens sont gentils, ils sont les victimes de la colonisation). Avec plus de hauteur encore, les cinéastes italiens, et surtout Corbucci, dénoncent le racisme, envers les Indiens, les Mexicains, mais aussi envers les pauvres, tous ceux qui n’ont pas un revolver ou de l’argent pour se défendre.

Franco Nero

Franco Nero

Django, c’est tout ça, et c’est aussi un film à la cruauté féroce, qui bouscule toutes les questions de morale. On tue à grande échelle (une cinquantaine de cadavres dès la première demi-heure), on torture, on descend du Mexicain comme au ball-trap. On est loin des grandes chevauchées et des espaces infinis à la John Ford. D’autant plus que Django se situe en hiver, tout est boueux, sale, comme l’âme humaine, que même la religion ne parvient pas à sauver. Les croix sont portées en flammes par des adeptes façon Ku Klux Klan aux capuches rouges. Chez les Grecs anciens, l’enfer est froid et humide. Le Sud de Corbucci n’en est pas très éloigné. Le personnage incarné par Franco Nero évolue dans cet univers surréaliste avec, chevillé au corps, son désir de vengeance. Tout n’est pourtant pas sombre, il y a aussi du charme, de l’humour et même quelques moments de douceur dans ce western désenchanté.

Sur le plan technique, Corbucci préfère les plans serrés au grand angle, le zoom au travelling, un montage très BD. Quasiment tous ses plans sont des tableaux avec lignes de fuite et perspectives. La musique de Bacalov habille l’intrigue, c’est un personnage à part entière. Le crescendo, les mélodies traînantes, les cuivres lancinants appuient les scènes d’injustice comme les rythmes syncopés les fusillades. Chaque scène de torture a son pano musical sur des témoins passifs.

djangocim

Des critiques trouvent parfois des accents gothiques à Django, comme si mettre une croix et un cimetière suffisaient pour définir un genre. Corbucci se sert plutôt de symboles forts pour souligner le parcours tragique de son héros. Django n’a plus qu’une raison de vivre : venger la mort de sa femme, sans haine, par désespoir. Les mains brisées à la crosse, sanguinolentes, il est l’archétype de la confrontation. Sans dévier de sa route, il affronte l’absurdité d’un monde sans justice. Tout l’y ramène, nul endroit où aller. Chez Corbucci, l’horizon est toujours bouché par un relief, le cadre cassé.

Toutes choses reprises à l’infini par des versions hommages, comme celles de Quentin Tarantino, Django Unchained, aux multiples scènes référentielles.

FM

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Une Réponse to “[à l’affiche :] DJANGO – Sergio Corbucci”

  1. CL mardi 29 janvier 2013 à 101056 #

    « une cinquantaine de cadavres dès la première demi-heure » j’irai pas lol…

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