[dvd :] A MOI SEULE – Frédéric Videau

29 Jan
Pyramide video

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« Moi non plus si je te parles pas, à qui je parle » dit Vincent (alias Reda Kateb) le séquestreur à Gaëlle (alias Agathe Bonitzer) la séquestrée. Car oui, dans A moi seule, il s’agit de trouver des personnes à qui parler – magie du chantage affectif. C’est aussi la fin de l’histoire de Vincent et de Gaëlle, de ce qui devrait être une libération. La fin d’une cohabitation de huit ans entre un ravisseur et sa proie, mais également de ce qui ressemble de manière évidemment malsaine à une vie commune d’un père seul et de sa fille unique.

Enlevée dans son enfance, Gaëlle va vivre jusqu’à son adolescence dans une cave, avec des promenades nocturnes en forêts loin des regards indiscrets en lieu et place de boums, et un ravisseur en guise de seule compagnie et donc de famille. Un état de faits, d’enfermement, que le temps et la force des choses tendent à banaliser, normaliser. On peut s’accommoder de beaucoup de choses et notre besoin insatiable d’autrui peut alors nous entraîner bien loin.

Frédéric Videau, avec son film aux aspects de conte philosophique, nous épargne tout jugement moral. Il nous donne à voir le spectacle d’une captivité et d’une libération – faire peau neuve dans la mesure où cela est possible – sans basculer dans le sordide du fait divers ni dans le pathos mielleux du manichéisme. Tout ceci existe à notre échelle à nous, de spectateur, car ce sont des rapports indiscutablement humains que nous reconnaissons au sein de cette folie. Il est aidé dans cette réussite par la très grande performance des deux acteurs principaux : Reda Kateb en animalité brutale, tendresse et solitude ; Agathe Bonitzer incarnation de la furieuse et innocente énergie vitale de l’enfance qui se fait à tout et avance toujours, malgré tout.

Si Frédéric Videau interroge sévèrement, par l’intermédiaire de ce fait divers (peut-être un brin démonstratif) et de cette folie qu’il rend familière, la légitimité du rapport parents enfants et, la tension entre famille et affranchissement de la filiation, on n’échappe pas à ce sentiment diffus de solitude qui paradoxalement lie tous les différents personnages. Ce sentiment douloureux qui peut faire de nous tous à tour de rôle des bourreaux et des victimes, et dans ce cas présent, on s’autoriserait à dire, des parents et des enfants.

Il faut également faire mention en bonus du DVD d’un documentaire de 25 minutes sur la création et réalisation de la bande originale que Florent Marchet a composée pour le film.

Adrien

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