[dvd :] BEAUTE DE LA BEAUTE – Kijû Yoshida

10 Fév
Carlotta Films

Carlotta Films

Les éditions Carlotta ont réalisé un travail d’édition aussi nécessaire que bien conçu avec ce coffret dédié aux documentaires sur l’art de Kijû Yoshida. Le cinéaste japonais, monstre du cinéma indépendant, sort d’une période prolifique lorsqu’il décide de se détourner du 7e art et d’accepter un projet lancé par une chaîne de télévision en 1973 : tourner 94 documentaires de 24 minutes sur l’art. Les vingt épisodes regroupés en trois DVD par Carlotta sont consacrés à l’art occidental, de Bosch au Caravage, de Manet à Cézanne, de Bruegel à Goya.

Réputé audacieux, volontiers percutant dans sa mise en scène, Yoshida adopte pour cette commande une réalisation beaucoup plus lisse, à la construction répétitive, un univers musical caressant et des mouvements de caméras minimalistes et stéréotypés. Derrière cette apparente simplicité se cachent plusieurs ambitions. Yoshida s’oriente vers une interprétation personnelle des œuvres qu’il donne à voir. Réalisateur, scénariste et narrateur, il apparaît toujours de dos, dans la situation d’un spectateur au musée. Une présence illustrée en voix off : « je me trouve maintenant devant… ». Le documentariste ne donne pas simplement des informations historiques, une vision académique de l’art, mais propose sa vision personnelle. En toute honnêteté, il nous en avertit, invite à réfléchir avec lui. Si par ses mouvements de caméra il dirige le regard du spectateur dans la toile, il sait aussi proposer ces séquences en silence, laissant toute latitude à chacun de se faire son idée. Si Yoshida dirige, il n’est pas dirigiste. Même pas sur l’idée du « beau », un terme qu’il s’interdit d’utiliser dans toute la série.

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Jérôme Bosch (1450-1516), Le Jugement universel (détail)

Rien de plus sage également que ces panos répétés sur des monuments, ces zooms adoucis, ces allers et venues, rien de plus conventionnel. Or, par ces choix simples, Yoshida offre ce que l’œil humain seul est incapable de faire : balayer une scène sans ces à-coups imperceptibles et irrépressibles. Le regard fixe, face à l’écran, c’est le tableau qui bouge pour nous. Enfin, Yoshida déploie son parcours européen dans une temporalité volontairement lente et rappelle cette injonction de l’art : si un tableau s’offre en entier, en un seul coup d’œil, il est aussi la succession de tous les détails qui le composent, de tous les éléments picturaux, mais aussi des éléments techniques (la touche, les couleurs). Yoshida élude souvent la technique des peintres pour ne s’intéresser qu’à la philosophie de l’œuvre, son sens dans l’Histoire ou l’émotion qu’elle suscite. Il laisse tout le temps nécessaire à ceux qui le désirent de se plonger dans ces aspects non dévoilés.

Une courte introduction par Mathieu Capel, historien du cinéma japonais, dit l’essentiel. Le reste est à voir, en attendant d’autres coffrets thématiques.

FM

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Une Réponse to “[dvd :] BEAUTE DE LA BEAUTE – Kijû Yoshida”

  1. boyan_d lundi 11 février 2013 à 140231 #

    « Si Yoshida dirige, il n’est pas dirigiste. Même pas sur l’idée du « beau », un terme qu’il s’interdit d’utiliser dans toute la série. »

    Du coup le titre du dvd est amusant…
    :-)

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