[cinéphilie :] Nolwenn Lemesle

15 Fév

Nolwenn Lemesle

Nolwenn Lemesle (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter son premier long métrage, Des morceaux de moi (sortie le 13 février 2013).

La jeune Erell (Adèle Exarchopoulos) se filme quotidiennement et questionne frontalement le monde qui l’entoure. Elle gère une mère malade souvent méchante (Zabou Breitman), un père gentil mais occupé et qui ne monte pas au créneau pour la défendre (Tchéky Karyo); elle pense à coucher pour la première fois, demande à ses amis comment ça s’est passé pour eux, écoute des histoires de doigts coupés, de chiens empoisonnés. Et puis sa sœur (Adélaïde Leroux) disparue depuis des années réapparaît enceinte et mariée…

On parlera ou non de Des morceaux de moi dans la prochaine émission de CUTlaradio, en attendant, Nolwenn Lemesle réagit aux films suivants.

TARNATION (Jonathan Caouette) :

C’est un de mes films-référence. C’est un vrai film culte pour moi par rapport à Des morceaux de moi. Ça m’a vraiment inspiré par rapport à la vidéo, par rapport à la façon dont Erell dans mon film se met en scène. Sauf que Tarnation est vraiment choc parce que moi c’est de la fiction, lui c’est la réalité. C’est un véritable autoportrait d’un gamin. Avec des scènes… Ce qui m’a vraiment marquée c’est cette scène de lui, enfant, qui fait la prostituée. Il a dix ans. Ce sont vraiment des trucs très forts. Les moments d’intimité de ce film, c’est vrai que j’y ai beaucoup pensé quand j’ai écrit Des morceaux de moi. Je me suis dit qu’il fallait que je retrouve une certaine intimité. Alors évidemment après je ne pouvais pas avoir une telle vérité, déjà je ne sais même pas si j’aurais réussi à imaginer les choses aussi loin que dans ce film de Jonathan Caouette ! Mais le processus filmique est un peu le même du coup dans la vidéo.

SE SOUVENIR DES BELLES CHOSES (Zabou Breitman) :

Ce film est très beau parce qu’il est très délicat, il est plein de sensibilité. Je n’y ai pas pensé comme référence, mais c’est un film qui m’a vraiment marquée à l’époque où je l’ai vu. Je trouvais que les comédiens étaient magnifiques et j’aimais beaucoup le regard du personnage joué par Isabelle Carré sur le monde qui est un regard en fait assez enfantin et assez poétique, qui pourrait se rapprocher d’une certaine façon du regard d’Erell. Même si elle ne voit pas les choses de la même façon. Mais je pense que ce sont des jeunes filles un peu hors normes en fait. C’est peut-être ça qu’on peut dire en commun. Outre le fait que c’est Zabou Breitman qui l’a réalisé et qu’elle joue dans mon film ! Zabou elle a vraiment fait la part entre son métier de réalisatrice et son métier de comédienne, il n’y a jamais eu de barrière franchie nulle part. Quand elle était avec moi c’était vraiment que en tant que comédienne donc finalement on a très peu parlé de cinéma et de ses films.

[REC] (Paco Plaza et Jaume Balaguero) :

C’est marrant que vous me parliez de ce film parce que je l’ai vu en avant-première à Paris avant sa sortie, il y a donc très longtemps, et j’ai été tellement violentée que je suis sortie avant la fin ! Voilà, vous pouvez le dire. Ça m’a violentée mais à un point, j’ai trouvé que c’était d’un tel réalisme. Ce qui est très fort dans ce film, c’est ce qu’on ne voit pas. C’est ça au cinéma qui est toujours beaucoup plus fort, c’est ce qu’on ne voit pas, ce qu’on imagine. Pour moi les pires films d’horreur sont ceux-là et en l’occurrence [REC], ça a été insoutenable pour moi !

LA VIE DE JESUS (Bruno Dumont) :

J’adore Bruno Dumont mais je n’ai pas vu celui-là. Mais on pourrait parler de Flandres par exemple. Flandres est un film qui m’a beaucoup marquée et d’ailleurs c’est suite à ce film que j’ai contacté Adélaïde Leroux pour le rôle de Sarah, la sœur du personnage principal. C’est un film qui m’a marquée dans sa dureté et dans sa poésie. Et puis j’ai trouvé que c’étaient des personnages très culottés. Un regard sur une jeunesse totalement désenchantée, et à la fois un naturel dans le jeu époustouflant. Je crois qu’il travaille de façon beaucoup plus forte que moi, lui, sur l’improvisation. Moi j’ai travaillé un peu sur l’improvisation avec les jeunes adolescents du film, mais c’était toujours assez encadré dans le scénario : je les faisait improviser de façon très encadrée. Quand il y avait des choses qui ne me plaisaient pas je leur demandais de les enlever pour refaire la scène, et puis d’en rajouter sur d’autres choses qui m’intéressaient. C’est comme ça qu’on arrive à recréer, je trouve, le plus grand naturel possible dans le jeu.

TOMBOY (Céline Sciamma) :

Oui. Autre film que j’aime énormément. De toute façon, Tomboy et La naissance des pieuvres ce sont deux films dont je me sens proche. Dans l’univers. Je trouve que Céline Sciamma filme avec énormément de sensibilité et c’est une sensibilité que je recherche aussi. Je me demande même s’il n’y a pas plus de points communs entre Des morceaux de moi et La naissance des pieuvres. C’est un regard sur l’adolescence, ou la jeunesse, qui je pense dans les deux films est assez commun. Après il y a un truc dans le montage aussi je crois par rapport à La naissance des pieuvres, sur lequel j’ai travaillé un peu comme elle, avec des plans qui peuvent être assez court, un rythme rapide. Moi, c’est la façon dont je filme qui m’amène à monter après comme ça, c’était pareil sur mes courts métrages. Et puis au niveau du son, Tomboy c’est un film très intéressant. Si je ne dis pas de bêtises, la première séquence du film c’est donc la petite jeune fille qui est dans la voiture, qui sort sa tête par le haut, et il n’y a pas de son à ce moment-là et on n’est jamais avec elle autant que dans ce plan là. Ce plan m’a vraiment fait beaucoup d’effet quand j’ai vu le film et d’ailleurs j’ai contacté le monteur son de ce film. J’avais vu son travail dans d’autres films aussi. Je trouvais que c’étaient de belles idées sonores comme ça qu’il me fallait pour Des morceaux de moi.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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Une Réponse to “[cinéphilie :] Nolwenn Lemesle”

  1. Claudia vendredi 15 février 2013 à 190743 #

    J’ai vu ce très bon premier film qui, injustement, passera inaperçu. Merci de lui offrir un coup de projecteur !

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