[à l’affiche :] BESTIAIRE – Denis Côté

27 Fév
Contre-Allée distribution

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Bestiaire pourrait être un jardin japonais ou du moins le fantasme de beauté et d’apaisement que j’en ai. Denis Côté filme le rien ou plutôt le peu, sans histoire, mais avec un regard qui fait surgir quelque chose de beau, en lenteur et en silence, entre rêverie et hypnose.

Bestiaire, c’est des plans fixes de scènes zoo qui se succèdent sans véritable cohérence mais avec la continuité du mouvement d’un flottement. Une promenade lente et mélancolique dans un zoo où ne seraient filmés que les moments de pause du promeneur, où le regard se fige sur une image mouvante et les sons qui l’entoure. Un exercice d’immobilité où nous revoyons le monde à travers un cadre que nous dessinerions avec nos doigts. Une ouverture de fenêtre, un trou dans un mur, dans lesquels l’action ou l’objet ne sont plus le sujet central de l’image. L’action peut se contenter de ne que passer dans le cadre, l’objet peut n’être qu’un prétexte, le motif d’une composition plus large. L’image et sa propre esthétique prennent le pas sur le reste. Die Hard en same same but different.

Denis Côté travaille sur le cadrage avec un sens esthétique précieux et une grande liberté ; sa seule contrainte, les plans fixes. Nous le suivons, il nous embarque, de cadre en cadre : des plans frontaux plus ou moins proche de l’animal, des plans plus larges d’animaux dans leurs enclos ou leur cage, des plans décentrés tendant parfois vers le non figuratifs, des plans de scènes quotidiennes de zoo, des plans de lieux… Il joue avec tout ce qu’il trouve, la matière, la couleur, la géométrie, le mouvement, la distance, les angles de vus ou la composition. Il crée un regard nouveau, comme désaxé, sur le monde. Le réel prend une autre forme, il est remodelé, redessiné. Ce regard est certes un parti-pris mais il n’en reste pas moins un regard posé sur le réel. Il n’en n’est pas une négation, au contraire, il lui porte dans sa recherche esthétique une tendresse évidente.

Le travail sur le son donne une densité supplémentaire au film. Les bruits rythment les mouvements, renforcent la présence des animaux et des lieux : ils donnent une respiration aux plans. Mais ils font également réapparaitre le hors champs qui échappe au regard, nous rappelant ainsi le parti-pris de ce regard tout en l’inscrivant dans la réalité d’où viennent ces images. Si l’image, que nous avons sous les yeux, et l’émotion qui l’accompagne sont le choix d’un cadrage, les sons eux, par ce décalage subtil, recréent la réalité environnante, nous y replonge.

Nous pourrions nous interroger sur le propos tenu – ou non – par le film sur le zoo : le spectacle triste des animaux en cage pour le plaisir des yeux du visiteur. Des visiteurs qui, ceci dit en passant, ont la malheureuse mais triste – et furieuse – tendance à tout enlaidir. Toutefois c’est un sentiment diffus de paix et de beauté qui se dégage de ce film. Un sentiment qui s’exprime avec d’autant plus d’élégance grâce à ce que Denis Côté appelle « le droit d’être spectateur ». Par la lenteur du rythme, l’absence d’histoire, de voix off ou de musique et l’objet esthétique assumé, il nous accorde la même liberté que celle qu’il s’est octroyée dans la réalisation de son film. Il n’y a pas de tyrannie de l’image, nous pouvons flotter dans un va et vient continu entre le film et nous, comme dans un état d’apesanteur de poésie silencieuse.

Adrien

BESTIAIRE de Denis Côté // avec des animaux // En salles le 27 février 2013 – 1h12

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