[dvd :] LES GARÇONS DE LA BANDE – William Friedkin

4 Mar
ed. Carlotta

ed. Carlotta

L’éditeur Carlotta a raison de profiter du récent succès de William Friedkin avec Killer Joe pour exhumer l’une de ses toutes premières fictions, Les garçons de la bande, puisque dans un cas comme dans l’autre il s’agit de l’adaptation d’une de pièce de théâtre.

Killer Joe (2012), dernier film en date ; Les garçons de la bande (1970), premier film d’importance pour son auteur qui ajoute, dans un des suppléments de cette édition DVD, que c’est l’un des rares qu’il peut revoir sans problème.

Une affirmation qui mène à trois alternatives :

-Friedkin est un grand sentimental nostalgique de cette période de sa vie, juste avant son tournant vers un cinéma plus mainstream (French connection sort un an après) et il est content de la façon dont il a relevé les défis présentés par ce projet (huis-clos, casting d’origine de la pièce, sans vedettes).

-Friedkin est en plein exercice promotionnel dans la plus pure tradition hollywoodienne où tout et tout le monde est « so wonderful » (pluie de louanges sur le casting d’origine de la pièce sans vedettes).

-L’auteure de ces lignes n’a pas su reconnaître un film fort, touchant et historique.

Le sujet de la pièce écrite par Mart Crowley, était, nous dit-on, culotté en 1968 au moment de sa création sur scène. L’histoire se déroule en l’espace d’une soirée : un groupe d’amis, tous homosexuels, se retrouve dans un appartement pour l’anniversaire de l’un d’entre eux. Mais l’hôte, dont on apprend dès le début au détour d’une conversation qu’il a le vin mauvais, est stressé car un de ses anciens camarades de classe, hétérosexuel, débarque à l’improviste. Et la soirée de dégénérer… Qui a peur de Virginia Woolf ? Oui, Mart Crowley y a pensé lui aussi, ne serait-ce qu’au moment où il a été question d’adapter son œuvre sur grand écran : il a naturellement suggéré de faire appel à Richard Barr, qui avait collaboré avec Mike Nichols.

Ça aurait pu être tout à la fois jouissif, embarrassant et émouvant, mais, pardon pour le manque de sensibilité, c’est juste lourd, théorique et appliqué. On a en effet là tous les « types » d’homosexuels possibles : celui qui s’assume, celui qui ne s’assume pas et le fait payer aux autres, le placardisé amoureux, le volage, le Noir, la folle, le dandy, la pute… Un vrai catalogue.

Friedkin collant au matériau de base, réussit tout de même à en faire du cinéma ; le début en particulier est stimulant grâce à son côté « photographie d’une ville à une époque » (New York à la fin des années 60). Mais comme son parti-pris est de resserrer progressivement le cadre autour des personnages tandis que le jour décline, que la lumière baisse et que les émotions s’exacerbent… Euh… On a le droit réécrire que tout ça semble bien lourd, théorique et appliqué ?

Et puis pour en revenir à l’aspect historique : concernant la représentation de l’homosexualité à l’écran, Kenneth Anger (Scorpio Rising en 1965) ou le duo Morrissey/Wahrol (Trash en 1969), pour ne citer qu’eux, étaient déjà passés par là de manière bien plus excitante. Trop undergrounds ? Ok, alors Macadam Cowboy (John Schlesinger, 1969) aussi dans un autre genre.  Là où tout de même on entre réellement dans l’Histoire, de manière périphérique, c’est que pratiquement tout le casting a été tué par le virus du Sida au cours des années 80… Ajoutons également que Les garçons de la bande offre un pendant plus vertueux au soi-disant homophobe Cruising réalisé par Friedkin en 1980.

Quoiqu’il en soit : oui-oui-oui aux adaptations de pièces de théâtre par William Friedkin, mais avec une nette préférence pour celles, tardives, qui viennent de Tracy Letts (Bug en 2006, Killer Joe en 2012).

Jenny Ulrich

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