[à l’affiche :] SPRING BREAKERS – Harmony Korine

12 Mar
La collection H&M été 2013 peut surprendre.

La collection H&M été 2013 peut surprendre.

Trop souvent, la bande annonce déflore le film.

Dans le cas de Spring Breakers, le film lui même n’est qu’une méta-bande annonce, un objet spontané, rapiécé, rassemblé. Les mêmes images reviennent sans cesse. Un doigt ensanglanté sur le piano annonce une scène postérieure, la même paire de seins danse sans fin sur une plage de Floride. Et les Disney Babes posent, encore et encore, alanguies et suggestives, trop fières de leur prétendue débauche.

Le film d’Harmony Korine est une célébration de la puriputain, concept américano-américain où la fascination de la virginité côtoie en une même figure la provocation sexuelle éhontée.

James Franco est un thug, dans son expression adolescente, évidente et simpliste. Spring Breakers est une vaste collection de figures imposées et d’archétypes sans relief. C’est un ensemble de plans, que l’on intervertit sans fin, dans une vaine tentative d’iconisation. Pourtant, malgré les cagoules roses, les bikinis fluos et les dentiers argentés, il ne restera rien du film.

Pour choquer, pour marquer, pour impressionner, il faudrait aller au delà des lieux communs. Il faudrait faire des adolescentes incendiaires de réels personnages. Il faudrait franchir un interdit, filmer un tabou ou créer une image inédite. Chaque scène intrigante se solde par un pas en arrière, par un geste de recul. La nudité est proscrite pour les protagonistes. Le cul se résume à un baiser langoureux dans une piscine.

Harmony Korine, scénariste puis cinéaste ultra indépendant, défenseur de freaks en tous genres, sert la soupe aux adolescents. Il racole sans bousculer. Il se veut libre et transgressif, mais il est si vain, à l’image du personnage de Franco, qui parle, parle, voudrait agir, et sombre en un plan.

Spring Breakers souffre d’un problème insurmontable : il donne l’impression d’avoir été écrit par ses personnages. Dans l’art, il est indispensable de dissocier l’artiste de son œuvre. C’est une question de distance, d’élévation. Aucun cinéaste ne peut se confondre trop longuement avec ses personnages. C’est ce que l’on appellera la vision. Le film d’Harmony Korine en manque cruellement. Il confond foisonnement et matière. Il fait beaucoup de bruit pour que jamais l’on ne parvienne au silence et à cet instant de sourde plénitude pendant lequel on pourrait comprendre qu’il n’y a rien à comprendre.

Les princesses pétasses parviennent, quant à elle, à une vague épiphanie. Indemnes, dominantes, mêmes pas souillées, elles repartent en bus, vers d’autres aventures. On n’est pas si loin de Disney, finalement.

Greg Lauert

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