[dvd :] KILLER JOE – William Friedkin

7 Avr
Killer Joe dvd

Pyramide Video

L’année dernière, j’avais loupé quelques films. Dont Killer Joe. Lorsque ce dernier était sorti en salle, j’avais privilégié The Secret de Pascal Laugier (bonne idée) ou encore Wrong de Quentin Dupieux (mauvaise idée). Résultat, parmi mes amis et connaissances, j’étais le seul pékin à ne pas être allé voir le dernier film de Friedkin, tout le monde m’en parlait avec un étrange smile dessiné sur la gueule comme s’ils venaient d’embrasser le cul de Sasha Grey et pratiquement chacune de ces personnes n’a pu s’empêcher de me sortir : « Toi, tu vas sûrement kiffer une scène ! Celle de l’aile de poulet frit ! » Surpris d’avoir une réputation de fanatique du KFC, j’ai attendu le jour hasardeux où le grand manitou derrière Cut a proposé de faire un texte sur le dvd de Killer Joe. Cette histoire d’aile de poulet m’intriguait…

En résumé, Killer Joe se passe au Texas et parle de Chris, un petit dealer qui doit absolument trouver 6000$ pour sauver sa peau. Il a alors une merveilleuse idée : toucher les 50 000$ de l’assurance-vie de sa connasse de mère avec la complicité de son père. Mais, évidemment, pour ça, il faut la buter, donc il engage un certain Joe, flic de jour, tueur à gages la nuit. Ce dernier réclame une avance, mais Chris n’a pas de thune. Joe n’aime pas faire crédit, alors il veut une caution : Dottie, la jolie sœur de Chris. Joe accepte d’être payé sur le fric de l’assurance si on le laisse faire joujou avec Dottie…

Basé sur une pièce de théâtre écrite par Tracy Letts (qui avait déjà collaboré avec Friedkin sur l’excellent Bug en 2006) et scénarisé par lui-même, Killer Joe est le portrait dérangeant d’une famille américaine qui n’a vraiment rien pour nous rassurer ; aucun personnage n’est attachant, ils sont tous stupides, irresponsables et malsains. Excepté peut-être Dottie, la sœur (interprétée par Juno Temple, habitée jusqu’au bout des ongles), qui incarne le personnage le plus sage, le plus innocent, mais qui renferme une colère prête à exploser.

Avec ce film, William Friedkin ne trahit pas sa réputation de cinéaste controversé : Killer Joe, de manière assez cynique, dépeint un monde violent, absurde et cruel (la vision du monde actuel selon Friedkin) dans lequel un môme tabassé par deux gorilles suscite moins de réaction qu’une télévision jetée au sol. Subversif et surprenant, rarement dans le cinéma actuel et populaire il est donné de voir une telle rage portée à l’écran et encore moins avec autant de talent. Le réalisateur de The Exorcist raconte une histoire initialement écrite pour les planches et parvient aisément à dépasser toutes les difficultés d’une adaptation de pièce de théâtre (comme il l’avait déjà prouvé avec Bug) : Killer Joe est une véritable œuvre cinématographique qui, sous plusieurs aspects, rappelle l’esprit de révolte et le courage du Nouvel Hollywood des 70’s dont Friedkin en était l’une des grandes figures.

Le casting demeure lui aussi surprenant : Matthew McConaughey qui devenait de plus en plus habitué aux comédies romantiques se glisse ici dans la peau de Joe (son rôle le plus intéressant et sombre depuis… Emprise (Bill Paxton, 2001) ?) avec une classe et une froideur remarquable. Thomas Haden Church (Sideways, Alexander Payne) est juste parfait dans son rôle de père débile et complètement dépassé par les événements. Gina Gershon, courageuse à en pleurer (cf. : la fameuse scène de l’aile de poulet frit) trouve probablement ici son rôle le plus marquant depuis Bound (Lana & Andy Wachowski, 1996). Juno Temple (notamment remarquée dans Kaboom de Gregg Araki) est sûrement la plus grande révélation du film avec son interprétation hallucinante de gamine fragile et torturée à la limite de l’explosion. En plus elle est canon. Et enfin Emile Hirsch (Into the Wild, Speed Racer), simplement excellent, et qui, comme l’a souligné Friedkin, rappel très clairement la vulnérabilité et le talent d’acteurs tels que Montgomery Clift ou James Dean.

Les bonus du dvd proposent un entretien très intéressant d’une durée de 33 minutes avec William Friedkin et les acteurs du film. Friedkin aborde aussi la plupart de ses précédents films ainsi que ses influences dont le dramaturge Harold Pinter. L’édition spéciale Fnac a la gentillesse d’offrir un deuxième dvd avec une masterclass d’1h30 avec Friedkin enregistrée au Festival de Deauville en 2012.

Rock Brenner

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s