[dvd:] L’ATTAQUE DE FORT DOUGLAS – Kurt Neumann

8 Avr
Ed. Artus

Ed. Artus

Comme les commerçants qui se demandent régulièrement comment faire encore du neuf avec leurs vieux fonds de stock d’invendus et les cuisiniers qui cherchent à accommoder les restes de la veille, les producteurs de cinéma en arrivent parfois à des manœuvres étranges, comme d’acheter pour pas cher vingt bonnes minutes d’images d’un John Ford déjà ancien en 1956 : Sur la piste des Mohawks (1939) et de bâtir un tout nouveau film, sobrement titré Mohawk dans la langue de Steve McQueen, autour de ces stock-shots. Comme l’idée n’a pour elle que son opportunisme et la modicité de son coût mais que les producteurs sont malgré tout des malins, ils engagent un artisan doué, Kurt Neumann (La mouche noire), apte à tirer le meilleur parti de la situation.

Et il a à faire, le père Kurt, puisqu’en premier lieu, l’œuvre de Ford est un western atypique, situé au 18ème siècle. Escopettes et chapeaux triangulaires y remplacent les six coups et Stetsons habituels, obligeant le metteur en scène à des ruses de Sioux pour que les seuls personnages visibles à l’écran soient des indiens et surtout pas ces colons à fanfreluches qui éventeraient immédiatement la supercherie.

Au bout du compte, seuls les spectateurs les plus endormis n’y verront que du feu mais le talent de Neumann n’est pas en cause. Il se sort même très bien d’un scénario où il est autant question de badinages sentimentaux que de conflit amérindiens / colons. Qu’on en juge : on y suit Jonathan Adams, peintre chargé par le gouvernement de représenter la nature environnante et affecté à Fort Douglas. Sa fiancée, qui décide de lui rendre une visite surprise, le trouve très occupé à courir à la fois une rousse capiteuse et la fille d’un chef indien. Pendant ce temps, l’infâme Butler, fils d’un des premiers immigrants arrivés dans les environs, qui n’apprécie ni la présence des Mohawks, ni celles des militaires, s’emploie à les dresser les uns contre les autres, jusqu’à pousser les premiers à – roulements de tambours… – attaquer Fort Douglas !

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Le film a contre lui certaines scories inhérentes aux films de série : costumes et coiffures approximatifs ou fantaisistes, indiens interprétés par des blancs (Neville Brand est impayable !), personnages et situations parfois trop schématiques, etc. Pourtant L’attaque de Fort Douglas est un film plaisant à suivre. Le héros interprété par Dan Brady s’avère être plus qu’un simple bellâtre collectionneur de pots de fleurs : un libre-penseur non dénué de sagesse. Un personnage agréablement anachronique dans l’univers westernien habituel. On échappe, de plus, au manichéisme primaire (il y a des personnages positifs et négatifs dans les deux camps) et l’ensemble ne manque pas de rythme et d’humour. Au bout du compte, c’est un bon exemple de ces produits de série d’un autre age, mis en chantier par des producteurs un peu margoulins mais dirigés par des artisans consciencieux qui savaient tirer une heure et demi de divertissement honnête et sans prétention des matériaux les plus frelatés.

En bonus, une longue intervention du bédéaste Georges Ramaïoli, véritable mine d’information sur le cinéma classique américain comme sur les mœurs des Indiens.

Mathias Ulrich

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