[dvd :] SIBERIE – (Joana Preiss)

15 Avr
ed. Capricci

ed. Capricci

Sibérie met en scène le couple Joana Preiss / Bruno Dumont dans un train, le Transsibérien, pendant un laps de temps indéfini. Chacun a filmé l’autre avec sa mini caméra numérique, accumulant de la matière, puis ils se sont quittés, ainsi que le laissaient présager leurs échanges gardés au montage final par Joana Preiss. Elle signe seule la réalisation de cet objet filmique.

« Ton intérieur est cinématographique, ton extérieur est numérique » assène Bruno Dumont à sa compagne dans une de ces phrases accrocheuses qu’il lâche de loin en loin. « Je n’ai pas envie que tu me manipules » lui lance-t-elle plus tard pour la énième fois, à quoi il rétorque : « C’est pour ça que je ne travaille pas avec vous (les acteurs) ». Ambiance…

En fait, Sibérie parle du désir. Celui de Joana Preiss de faire du cinéma. Celui de Bruno Dumont de coucher avec Joana Preiss. Une scène –qui sera peut-être décryptée différemment selon le côté du lit où on se trouve– les montre dénudés sur une couchette : elle se refuse, il entreprend alors un long travail de sape pour arriver à ses fins, faisant feu de tout bois. Pas joli-joli.

Car oui, si l’Humanité avec un grand H est au coeur du cinéma de Dumont, duelle et complexe, il faut bien admettre que son personnage dans le film de Joana Preiss est plutôt médiocre –ce qui est humain aussi après tout. Son humour bizarre et son acuité transparaissent peu, c’est dommage car lui comme elle sont deux personnes qu’on devine riches et passionnantes. Ce qui justifiait d’ailleurs qu’on aille se frotter à quelque chose de potentiellement aussi embarrassant qu’une autofiction en huis-clos…

Mais tout cela est-il à prendre au premier degré ? Probablement pas. En fait Sibérie parle surtout du désir d’expérimenter. Ce qu’on perd un peu de vue à cause de la place que prennent les disputes du couple, mais dont on se souvient en visionnant Lands Close to Paterson, le moyen métrage réalisé par Joana Preiss dans la foulée de Sibérie et qui est proposé en bonus sur ce DVD édité par Capricci.

Là, parce qu’il n’y a pas de vis-à-vis, pas de contradicteur, on remarque mieux le travail qui est déjà à l’oeuvre dans Sibérie : ce sens du montage dicté par le son, ce décadrage (pour le meilleur et pour le pire), cette curiosité ; une forme de hype aussi. Et puis bonus au coeur du bonus : dans Lands Close to Paterson il y a New York et il y a, furtivement, Marie Losier.

Jenny Ulrich

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