[dvd :] UN TRAIN POUR DURANGO – Mario Caiano

9 Mai
Ed. Artus Films

Ed. Artus Films

En pleine révolution mexicaine, Gringo et Lucas, deux aventuriers en quête d’une fortune qui ne leur sourit évidemment jamais, s’embarquent dans le train pour Durango, première étape pour regagner les Etats-Unis. Mais le train est attaqué par des bandits qui massacrent les passagers et dérobent un coffre rempli d’or, dont les clés se retrouvent inopinément entre les mains de nos héros…

Etonnement pour un western spaghetti de 1968, avec Un train pour Durango on a autant affaire à une comédie qu’à un western. Pour l’amateur coutumier des territoires colonisés par les pistoleros de Cinecitta, 1968, c’est deux ans avant la pantalonnade On l’appelle Trinita qui réorientera tout le genre vers la grosse farce et la décadence. C’est l’année du Grand silence de Sergio Corbucci, soit le point d’apothéose de la tendance noire et masochiste du genre. En cette année-là, l’un des rares à mettre un peu de fantaisie dans un monde de ténèbres, c’est Enzo G. Castellari avec des films comme Aujourd’hui ma peau, demain la tienne. Le ton d’Un train pour Durango constitue donc une surprise aussi incongrue que réjouissante.

D’autant plus réjouissante que l’humour reste léger et qu’Anthony Steffen, le pistolero triste, ténébreux, infaillible et souvent à baffer de dizaines de westerns se révèle absolument parfait dans le registre de la comédie. Sa silhouette élancée et athlétique, son visage monolithique au regard pseudo-magnétique, sa prestance naturelle (l’acteur vient d’une famille aristocratique et en a gardé quelques traces) constituent ici autant d’éléments de décalage. Pour donner le ton, l’ouverture du film le montre râlant comme un putois, couché sur son cheval, une rafale de chevrotine dans les fesses ! Le duo qu’il forme avec Enrico Maria Salerno, issu d’une longue tradition comique italienne, est par ailleurs parfaitement rodé et on ne se lasse pas de leurs dérisoires exploits.

L’ensemble du casting, composé d’italiens, d’espagnols, de l’américain Mark Damon et de la française Dominique Boschero, n’est pas en reste, truculent ce qu’il faut. Le film, fait rare pour un western se passant durant la révolution mexicaine, est vierge de tout sous texte politique. L’important ici est de divertir et le scénario ménage un certain nombre de bonnes idées et de morceaux de bravoure (les personnages enterrés jusqu’au cou chargés par des cavaliers au galop) et de ruptures de ton (les cadavres tombent à la pelle et l’humour se fait parfois très noir).

Durango-02

Mario Caiano, metteur en scène à tout faire capable du pire (La griffe du coyote, Erik le viking) comme du meilleur (Les amants d’outre tombe, L’œil dans le labyrinthe ou encore Shanghai Joe dans le registre du western) insuffle à l’ensemble le sens du rythme nécessaire à la réussite tant d’un film d’action que d’une comédie.

Bandes-annonces et intervention passionnée de Curd Ridel constituent les bonus. La copie est de très bonne qualité. La version française, dont un bon quart ne fut jamais doublé pour cause de coupes sauvages effectuées par le distributeur de l’époque, permet de se replonger quarante ans en arrière, au sein d’un système de diffusion où l’intégrité des films comptait moins que les nombre de séances journalières que l’on pouvait caser. Les scènes coupées étant présentées en italien sous-titré, on a une idée précise de ce qui a été tailladé et les coupes en question concernent autant la progression dramatique que certains gags désopilants ! Exploitation, quand tu nous tiens !

Mathias Ulrich

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