[à l’affiche :] MAMA – Andrès Muschietti

17 Mai
"Mon trésor, demain je t'emmène voir le nouveau film de Sofia Coppola !"

« Mon trésor, demain je t’emmène voir le nouveau film de Danny Boyle »

Andrès Muschietti adapte son propre matériau. Il transforme en long métrage une séquence de trois minutes qui lui a permis d’être adoubé par Guillermo Del Toro, cinéaste trop occupé mais producteur souvent avisé. Avec cette démarche d’expansion d’un récit anecdotique, on pourrait craindre que Mama se révèle très vite vide de sens, exsangue, réduit à sa dimension virtuose et spectaculaire.

Si le film use et abuse du process standard du film d’horreur et enchaine les jump scares avec un systématisme un peu épuisant, il se révèle pourtant particulièrement passionnant de prime abord. Muschietti, qui ne pense de toute évidence pas que le mieux est l’ennemi du bien, signe un récit d’enfant sauvage, un film de fantôme, de maison hantée, de monstre, et peut être un mélodrame.

C’est précisément sur ce dernier point qu’il manque un virage crucial.

Mama s’inscrit dès ses premières scènes dans une veine du cinéma d’épouvante sentimental, genre amorcé peut être par Les innocents, de Jack Clayton, et qui a trouvé un superbe représentant il y a quelques années avec  L’orphelinat, de Juan Antonio Bayona, autre production Del Toro. La force du film de Bayona tient à la place périphérique du fantastique. Le récit est précisément centré sur une mère endeuillée, figure mélodramatique qui cristallise les évènements surnaturels comme un vaste exutoire de sa peine.

Mama voudrait conter l’affirmation d’une mère. Le personnage de Jessica Chastain, satellite en premier lieu, devient rapidement central et s’incarne dans une démarche salvatrice. Au moment précis où l’horreur devrait être en retrait pour permettre au lien ténu construit entre cette mère de fortune et les enfants d’exister, Muschietti abandonne cet axe pour focaliser sur son monstre de foire.

Dans son dernier tiers, le film bascule dans le grand guignol, se raccroche au train d’un cinéma d’horreur produit en série, massivement inintéressant. Les personnages foncent de plein gré dans les pires pièges. Ils sont téméraires jusqu’à l’idiotie. Tout est prétexte à exposer le croque mitaine, à le révéler sous tous les angles, jusqu’à éventer le mystère et la fascination qui devrait l’accompagner.

Guillermo Del Toro, producteur et artiste fasciné par la représentation du fantastique, phagocyte peut être l’œuvre d’un jeune cinéaste. Le titre du film promettait deux axes, deux lectures. Mama désigne le fantôme, tout autant que le rôle de Jessica Chastain. Le plus intéressant des deux personnages n’est peut être pas celui qui prévaut à l’écran.

Greg Lauert

NB : Je parle plus haut d’un cinéma d’épouvante sentimental, qui trouverait son origine dans Les innocents, de Jack Clayton. Le terme « épouvante » est choisi précisément en lieu et place de « fantastique » pour ne pas faire d’ombre au sublime The Ghost and Mrs Muir, de Mankiewiscz.

MAMA de Andres Muschietti // Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Magan Charpentier // En salles depuis le 15 mai – 1h40

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s