Journal d’un CUTien à Cannes (saison 6, ép.3)

18 Mai
Bla Bla

Scène de la vie conjugale (à Cannes)

La fête d’ouverture de La Quinzaine des Réalisateurs et la perspective d’immersion dans l’univers d’Asghar Farhadi dès 8h30 du matin me sont totalement incompatibles. Aussi je commence ma journée de projections à 11H avec L’Inconnu du lac, de Alain Guiraudie, présenté dans la section Un Certain Regard.

Le réalisteur de Du soleil pour les gueux choisit la carte de l’épure pour ce faux thriller et vrai drame passionnel situé autour d’un lac, lieu de drague homosexuelle. De fait, avec un sujet de plus minimalistes, le cinéaste se concentre évidemment sur la mise en scène, dans un superbe Scope, d’un espace clôt et sur la vie de son groupe d’habitués. Attirance, frustrations, routine se succèdent dans une oeuvre au rythme languissant, où l’humour absurde de Guiraudie alterne avec une représentation franche de la sexualité et qui nous amène sans nous prévenir à un dernier acte saisissant, où la quotidienneté bascule peu à peu dans une atmosphère presque fantastique.

A 15h, je ne peux plus me dérober, c’est la séance de rattrapage du film de Farhadi, Le Passé, qui fait partie de la Compétition. Utilisant les mêmes ficelles que dans son précédent film, Une séparation, le cinéaste, qui travaille cette fois en France, construit un drame familial, fait de révélations successives, confrontant entre autres, une jeune femme, son compagon et son ancien mari. Dans cette enquête sentimentale, équivalent cinématographique d’un épisode de Columbo sans Peter Falk, une vérité en cache toujours une autre et il faut gratter à la surface pour comprendre le véritable sens des choses. Cette construction, systématique, impressionne au début puis finit par nous détacher d’un film où les personnages féminins sont particulièrement mal traités. Ali Mossaffa, qui incarne Ahmad, le véritable héros de ce film, est le seul à tirer son épingle de ce triste jeu.

Tel père, tel fils (notre photo), de Hirokazu Kore-Eda, autre film de la Compétition, est également un drame familial. Mais c’est bien le seul point commun de ces deux oeuvres : en racontant l’histoire de deux familles qui se rencontrent quand elles comprennent que leurs enfants, deux garçons, ont été échangés six ans plus tôt à la maternité, le réalisateur de Nobody Knows signe une oeuvre simple et lumineuse, qui pourrait bien repartir avec une Palme d’Or.

Au risque du simplisme, Kore-Eda choisit une opposition franche des deux familles, l’une est aisée et rigide, tandis que l’autre, moins argentée, est plus chaleureuse. D’une grande générosité avec tous ses personnages, le cinéaste pose de façon très simple et très claire la question de la filiation, de l’attachement, de l’inné et de l’acquis, en une démonstration cinématographique très émouvante. La direction d’acteurs, remarquable, et la beauté de cadres épurés nous impliquent immédiatement dans une oeuvre poignante.

Demain, si on y arrive, nous évoquerons Jimmy P. (Psychothérapie d’un indien des plaines) d’Arnaud Desplechin, La danza de la realidad (Alejandro Jodorowsky) et Inside Llewyn Davis (frères Coen).

François-Xavier Taboni

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