Journal d’un CUTien à Cannes (saison 6, ép.4)

19 Mai
Je suis Passe-Partout... De Fort Boyard...

Je suis Passe-Partout… De Fort Boyard…

C’est grâce à un mode de vie presque spartiate que je peux me lever pour la séance de 8h30 de Jimmy P, de Arnaud Desplechin, présenté en compétition. Et il vaut mieux être bien réveillé, car le nouveau film du réalisateur de La Sentinelle se mérite. C’est en effet le dialogue, dans les Etats-Unis de la seconde moitié des année 40, entre un Indien et un anthropologue. Inspiré des travaux de Georges Devereux, cette œuvre épurée tranche avec les derniers films de Desplechin. Tandis que Conte de Noël menaçait d’un trop plein (d’acteurs, de citations, de mise en scène), le cinéaste prend de nombreux risques dans ce film au dispositif très linéaire.

Laissant de côté les facilités dramaturgiques, Desplechin se concentre sur la relation très particulière qui s’installe entre les deux hommes : une relation d’intérêt et d’estime qui devient subtilement une belle et profonde amitié. La belle alchimie du film tient également au travail de Desplechin avec ses acteurs : entre Mathieu Amalric au personnage faussement exubérant et Benicio Del Toro qui intériorise avec beaucoup de subtilité les maux et la fragilité de son personnage, le réalisateur crée une rencontre magnifique, le cœur d’un film qui laisse une empreinte profonde sur son spectateur.

Place à la Quinzaine avec la présentation de La danza de la realidad, premier film d’Alejandro Jodorowsky en 23 ans. Avec cette oeuvre, le cinéaste, auteur de BD, cartomancien et j’en passe, decrit à sa façon unique son enfance chilienne et dresse un portrait fascinant de son père, personnage aux nombreuses contradictions. Il faut vraiment connaître l’univers foisonnant de Jodorowsky pour pleinement apprécier cette fresque surréaliste, où le cinéaste apparaît lui-même et où son fils Brontis (l’enfant d’El Topo) incarne son père, provoquant une sorte de vertige temporel pour le spectateur. Les visions grotesques et hallucinées sont nombreuses et toutes les figures de son cinéma passent dans ce film lyrique et émouvant, à la fois introduction et rétrospective du travail du réalisateur de La montagne sacrée.

Après avoir envoyé mon journal cannois au grand chef et englouti un frugal sandwich entre deux trombes d’eau, je retourne à la Quinzaine pour découvrir un film dont j’entends un peu partout le plus grand bien, Blue Ruin, de Jeremy Saulnier. Ce thriller, où un SDF décide de venger le meutre de ses parents, est une très belle acclimatation cinématographique du roman noir. On se croirait chez Manchette ou Chandler, tant le cinéaste prend soin de décrire minutieusement l’entreprise de son personnage principal. Et dans ce film assez violent, il faut le reconnaître, chaque coup porté fait vraiment mal. Le tempo très posé du film et son humour à froid font merveille et on attend avec impatience des nouvelles de ce cinéaste très prometteur.

Après plusieurs heures de queue, sous la pluie puis dans une marée humaine bruyante et énervée, je ne parviens pas à rentrer à la séance de presse de Inside Llewyn Davis, des frères Coen. Dépité, je me rabats sur la séance de Bends, premier film de Flora Lau, présenté à Un Certain Regard. A travers les histoires croisées d’une femme que son mari quitte sans grande élégance et celle d’un jeune couple qui attend un deuxième enfant, la réalisatrice parle de la circulation des objets et des gens entre Hong Kong et la Chine continentale. Cette chronique douce-amère ne convainc pas complètement, mais la réalisatrice emporte quand même l’adhésion en concluant son film d’une façon simple et élégante, nous laissant, avec ses personnages dans un certain désarroi.

Pour être vraiment sûr d’oublier ma déception, je peux compter sur mes amis qui me font entrer à la soirée Kore-Eda, ou un excellent vin des invités bien choisis me réchauffent le coeur.

Demain, si je suis assez habile, je parlerais enfin de Inside Llewyn Davis des frères Coen, de Borgman (Alex Van Warmedam) et du Dernier des injustes (Claude Lanzman).

François-Xavier Taboni

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