Journal d’un CUTien à Cannes (saison 6, ép.6)

21 Mai
A Cannes, si t'as le bon badge, la file d'attente est plus confortable.

A Cannes, si t’as le bon badge, la file d’attente est plus confortable.

Après mon premier Petit Majestic cette année, c’est bien fatigué que j’aborde à 8h30 la projection du Bouclier de paille, de Takashi Miike, présenté en Compétition. Heureusement pour moi, Miike rythme son polar en faisant passer régulièrement et bruyamment dans le champ un avion ou un hélicoptère. Ces effets de manche, entre autres, ont pour effet de donner un look de Direct to DVD à ce qui s’annonçait sur le papier comme une haletante traque d’un tueur en série protégé par quelques policiers et recherché par tout le Japon après que sa tête a été mise à prix par un milliardaire.

Passé une introduction assez stimulante, le cinéaste s’enfonce ensuite dans des péripéties extrêmement répétitives et dans de longues explications de texte déclamées par des acteurs peu inspirés. On finit par se demander pourquoi le film a intégré la Compétition.

La séance de presse suivante est l’occasion d’une double réjouissance, d’abord parce qu’il s’agit du nouveau film de Johnnie To, Blind Detective, mais aussi parce que Brian De Palma est assis à seulement quelques fauteuils de moi. Du coup, on ne peut s’empêcher de penser au réalisateur de Phantom of the Paradise, quand débute ce thriller où un policier aveugle travaille à sa façon toute particulière pour résoudre ses enquêtes. Comme chez De Palma, la virtuosité et les scènes chocs ne sont pas dénuées de grotesque et c’est d’ailleurs ce qui fait fuir une partite de la salle au bout d’une demi-heure, quand Johnnie To se met allègrement à mélanger les genres. Cette profusion d’effets et et d’intrigues est à la fois la force et la faiblesse du film.

On est séduit par tant de générosité, mais le film, qui dure 2h10, se perd parfois dans ses propres digressions. Andy Lau, aussi excentrique que la mise en scène, s’en donne à cœur joie dans le rôle titre et la conclusion, assez touchante, finit par emporter l’adhésion. Le film, présenté la veille à minuit en séance Hors Compétition, avait peut-être plus sa place que le Miike dans la course à la Palme.

Comme Brian semble m’apprécier, il me suit à l’unique séance officielle d’Un château en Italie, présenté en Compétition. Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Valeria Bruni-Tedeschi poursuit dans une veine tragi-comique où la fiction masque à peine les références à sa propre vie. Malheureusement, de film en film, le procédé donne l’impression de s’essouffler un peu. Mais si le charme de la découverte opère moins, le talent de la cinéaste pour passer du drame à la comédie au sein d’une même scène reste impressionnant. Et sa direction d’acteurs fait parfois des merveilles, notamment avec Xavier Beauvois, parfait en bouffon alcoolique, à la fois parasite et ami de la famille.

Un apéro bien mérité me fait louper la projection publique de Seduced and Abandoned de James Toback : c’est aussi ça, Cannes, la frustration permanente devant les multiples possibilités offertes en permanence par le festival. Je retourne néanmoins un peu reposé aux affaires avec la deuxième projection de presse, à 22h, de la nouvelle entrée de la Compétition, La grande bellezza (en photo) de Paolo Sorrentino.

En 2h22, rythmée par plusieurs scènes quasi-exclusivement musicales et souvent réussies, le réalisateur de Il Divo trace le portrait d’une Rome nocturne à travers les yeux d’un interwiewer mondain, écrivain d’un unique roman, incarné par un Toni Servillo suave à souhait. Cette sorte de Dolce vita moderne, qui doit autant à Fellini, qu’à Argento ou parfois au caractère outrancier de certains films mondo est un film profondément italien, qui laisse encore une belle impression quelques heures après sa vision.

Ce soir, je me couche tôt pour essayer de parler demain de Ma vie avec Liberace (Steven Soderbergh), We Are What We Are (Jim Mickle) et de Grigris (Mahamat-Saleh Haroun).

François-Xavier Taboni

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