Journal d’un CUTien à Cannes (saison 6, ép.8)

23 Mai
Finalement, la teinture bleue des mamies était avant-gardiste.

Finalement, la teinture bleue des mamies était avant-gardiste.

Only God Forgives. Les festivaliers (et, plus largement, les spectateurs) pardonneront-ils à Nicolas Winding Refn son nouveau film, présenté en Compétition ?

Il faut dire qu’après le succès de Drive, le cinéaste prend à malin plaisir à casser tous ses jouets en signant ce thriller onirique, dédié à Alejandro Jodorowsky, et qui peut se présenter comme une séance d’humiliation d’une heure et demie pour Ryan Gosling. A la frontière de l’abstraction, cette pièce d’art contemporain est d’une forme éblouissante mais peine à titiller les affects du spectateur. Mais l’ultraviolence du film, son humour malsain et une Kristin Scott Thomas méconnaissable sont quand même de bonnes raisons d’aller y jeter un œil en salles.

Verrons nous en salles Le plus grand combat de Mohamed Ali, de Stephen Frears, produit par la chaîne HBO et présenté Hors Compétition ? Quel que soit son support de diffusion, cette évocation du travail de la Cour suprême, qui devait statuer sur le sort de Mohamed Ali, refusant d’aller combattre au Vietnam, est tout à fait passionnante. Utilisant des images d’archives de l’ex-Cassius Clay, et reconstruisant autour sous forme de fiction le travail de la Cour suprême, Frears construit une œuvre modeste et remarquable. Courtroom drama dans la lignée de 12 hommes en colère, ce film passionnant sur le fonctionnement de la démocratie américaine est un film aussi didactique que passionnante. Autour des remarquables Christopher Plummer et Frank Langella, ont retrouve un admirable casting de vieilles trogne, parmi lesquels Fritz Weaver, Harris Yulin et un Danny Glover à la voix superbement éraillée. Constamment stimulante, cette récréation dans l’œuvre de Frears est hautement recommandable.

Après une queue infructueuse sous la pluie, j’assiste à la seconde projection de La vie d’Adèle : chapitre I & II, d’Abdellatif Kechiche, présenté en Compétition. C’est peu de dire que cette fresque sentimentale de trois heures, histoire d’amour passionnée entre deux jeunes femmes, est l’un des grands chocs du cinéma français contemporain. En adaptant la BD de Julie Maroh à son style inimitable, le cinéaste signe un impressionnant morceau de cinéma. Sa mise en scène au plus près des acteurs, en scope et caméra portée, déconcerte au premier abord, mais elle prend rapidement tout son sens tant elle nous installe dans l’intimité des deux jeunes femmes, que nous allons suivre sur plusieurs années. C’est quand il déploie ses ambitions romanesques que Kechiche est à son meilleur, et il le prouve encore une fois ici.

Mais au delà du travail sur le temps effectué par le cinéaste ainsi que ses discrètes recherches plastiques sur la couleur bleue, c’est probablement le rapport qu’il instaure entre nous et ses deux magnifiques comédiennes, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, qui impressionne le plus. Un double prix d’interprétation féminine semble envisageable tant leur talent et leur investissement portent leur fruits durant les trois heures de projection. Une Palme d’Or n’est pas non plus à exclure, si le jury n’est pas effarouché par les quelques scènes de sexe qui rythment brillamment l’ample narration de ce mélodrame amoureux d’aujourd’hui.

François-Xavier Taboni

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s