Journal d’un CUTien à Cannes (saison 6, ép.9)

24 Mai
Cette année à Cannes, les boat-people sont aussi invités à monter les marches.

Cette année, les boat-people sont aussi invités à monter les marches.

Lors de la conférence de presse annonçant les films de la Compétition, Thierry Frémeaux avait présenté Nebraska, d’Alexander Payne, comme un road movie en scope et noir et blanc. Il n’y a malheureusement pas grand chose de plus à dire sur le nouveau film du réalisateur de Sideways et The Descendants, qui poursuit sur une veine intimiste et douce-amère.
 
Les bons sentiments prédominent dans cette traversée des Etats-Unis qu’un homme effectue avec son père, personnage de prime abord obtus, qui va évidemment révéler son humanité en cours de route. Rien ne déborde dans ce récit : les gags tombent là où on les attend, Bruce Dern, qui semble à nouveau intéresser les cinéastes (Joe Dante, Francis Ford Coppola…) ronchonne comme il faut et Stacy Keach est suffisamment antipathique pour créer un peu de drame. Plus conçu pour Sundance que pour Cannes, Nebraska donne l’image d’un cinéma indépendant américain bloqué dans les années 90.
 
 
N’écoutant que mon courage, je décide d’affronter Norte, la fin de l’Histoire (en photo) de Lav Diaz, présenté à Un Certain Regard. En effet, après Le Dernier des injustes (3h40) et La Vie d’Adèle (3h), Norte, avec ses 4h10 est le troisième et dernier film fleuve de la Sélection Officielle. Cette durée hors norme permet à son cinéaste de composer des plans souvent passionnants. Qu’il s’agisse de filmer des conversations complètes en plan séquence, ou tout simplement pour étirer le temps, comme dans la vie, le réalisateur philippin use de la durée et du cinémascope pour construire des scènes qui finissent par devenir hypnotiques. Entre réflexions sur la société philippine et drame criminel, le cinéaste construit deux récits parallèles qui culminent dans un final totalement ouvert, laissant les spectateurs hébétés à la fin de la projection.
 
Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières, qui concourt pour la Palme d’Or, nous plonge, lui aussi très rapidement dans un état d’hébétude, mais pour d’autres raisons. En effet, la réalisateur rate dans sa grande majorité son adaptation d’une histoire d’Heinrich von Kleist. Cette histoire de vengeance portée par un Mads Mikkelsen inégalement convaincant déçoit à peu près toutes les attentes. Languissant, parfois prétentieux, étrangement construit, le récit s’articule autour de la vengeance d’un marchand de chevaux spolié par un seigneur dans les Cévennes au XVIe siècle. Les seconds rôles semblent aussi plaqués artificiellement sur le film, comme en témoignent notamment les apparitions de Sergi Lopez et Denis Lavant. Je sors du film entre agacement et soulagement et me dirige vers le repas rituel à La Brouette de Grand-Mère, qui me consolera très rapidement.
 
Demain, si c’est possible, on parle de The Immigrant (James Gray), de On the Job (Erik Matti) et de Only Lovers Left Alive (Jim Jarmusch).

François-Xavier Taboni

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