Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 6, ép.1)

14 Sep
Manuel Valls a abusé du barbecue cet été.

Manuel Valls a abusé du barbecue cet été.

Un festival, c’est une sorte de machine à voyager dans le temps : les mêmes lieux, les mêmes visages, les mêmes ambiances, un an plus tard. Jusqu’à réaliser que cela fait six ans qu’on est un an plus tard. Le festival européen du film fantastique de Strasbourg est une manifestation affirmée, un rendez vous important. Le discours d’introduction et le chapelet de remerciements sont ainsi empreints d’une certaine sérénité.

Pourtant, les enjeux sont de taille cette année. Après une cuvée 2011 exceptionnelle, marquée par la présidence de Georges Romero, véritable pape de l’horreur, et la victoire au palmarès d’un vrai grand film (The Woman, de Lucky McKee), la session 2012 s’avérait raisonnablement décevante. Mick Garris (producteur important s’il en est, indéniable trait d’union entre la télévision et le cinéma d’horreur depuis près de trente ans) était une figure trop discrète. Aucun titre majeur ne se dégageait par ailleurs de la sélection. 2013 devra confirmer l’exigence et la cohérence du festival.

Le programme, toujours plus vaste, toujours plus ambitieux, se veut une radiographie annuelle du genre, bien au delà du cadre européen. We are what we are ouvre les festivités. McKee, lauréat devenu président du jury, clame son impatience. A l’instar du précédent film de Jim Mickle (Stake Land, présenté là il y a deux ans), ce remake d’un film mexicain est la face B de tout un pan du cinéma indépendant américain de ces dernières années.

Mickle navigue à vue, il porte à l’écran ses envies de cinéma avec une certaine urgence, une indéniable générosité. Mais les envies ne sont pas des arguments, et il ne possède ni le sens du naturalisme de Debra Granik, ni la puissance évocatrice de Lucky McKee, ni l’ampleur parabolique d’un Jeff Nichols. Il fait un cinéma de seconde main, aux relents auteuristes. Pourtant, le film se suit sans déplaisir, et il faut concéder que cette démarche est nécessaire.

L’histoire du cinéma a prouvé que les grandes figures, les grands thèmes, les élans du 7ème art devaient être repris, ressassés par des cinéastes mineurs. Les plus mémorables séries B sont fondées sur ce modèle.

Mais après cette débauche d’anthropophagie, les invités du cocktail d’ouverture rechignent à se jeter sur les petits fours. L’ambiance est toutefois détendue dans la cour de l’hôtel du Bouclier. Autour d’un verre, on discute longuement de l’arrêt de CUT la radio (en fait, j’en discute avec notre organisatrice en chef, Jenny, et je fais du lobbying pour qu’on continue à s’épancher mensuellement autour d’un micro). La cause semble perdue, et je m’en remets donc au vin. Alors que je fais connaissance avec les filles de la SACEM (qui ne sont finalement pas totalement obsédées par l’idée de verbaliser les diffuseurs de musique impénitents, quoique …), Daniel Cohen, directeur artistique du festival, vient nous arracher à nos verres pour nous ramener sur le droit chemin du 7e art.

Notre petit groupe double la file règlementaire pour découvrir Wrong Cops, nouvel opus déjanté de Quentin Dupieux, en séance de minuit. C’est une histoire de rat scotché, de slip kangourou, de flic qui urine sous les yeux de Marylin Manson, de gay porn et de musique électronique. Depuis Rubber, découvert en ces lieux il y a quelques années (je m’y perds avec la machine à remonter le temps, nom de Zeus), le ton du cinéma de Dupieux n’a pas changé. Seulement, voilà, cette fois, il a plus d’une vanne et d’un argument à offrir.

Si la mise en scène et la photo ne sont pas proprement mémorables, le film remplit parfaitement son rôle. Wrong Cops est très drôle, singulier, court, percutant. Il est exactement ce que l’on pourra attendre d’une séance de minuit.

Greg Lauert

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2 Réponses to “Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 6, ép.1)”

  1. Esté dimanche 15 septembre 2013 à 180602 #

    We are what we are … peut-être (et non We know what we are)! Titre qui est d’ailleurs une tentative de traduction du film original mexicain : somos lo que hay.

  2. Romain Sublon mardi 17 septembre 2013 à 90917 #

    Dont acte.

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