Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 6, ép.4)

19 Sep
Bla Bla

Stone sans Charden.

La pluie me dispense de tous scrupules quant à l’idée de passer une nouvelle journée enfermé dans une salle obscure. Je suis donc prêt à enchainer les séances dès 14 heures, et d’emblée, je note que le programme du jour n’est pas placé sous le signe de la comédie.

The App prête à rire, mais pour de mauvaises raisons. Je précise que j’ai été mauvais élève, dans la mesure où je n’ai pas téléchargé l’application smartphone associée au film. Apparemment, j’ai raté des scènes alternatives, d’autres angles de prise de vue, à visionner sur son téléphone en même temps que le film. Apparemment, le spectacle n’est plus seulement sur l’écran, mais la dernière fois que je me suis fait cette réflexion, c’était parce qu’un clodo vidait ses sachets dans la même rangée ou qu’un couple copulait juste derrière. Je ne pensais pas être un jour encouragé à tripoter mon téléphone en pleine séance.

The app a un potentiel fou pour une exploitation dans certains multiplexes. D’ailleurs, le film, puisqu’on en parle, s’avère prodigieusement mal écrit. Le postulat de la menace virale technologique est passionnant, mais au bout d’une heure, l’idée de cohérence n’est qu’un point minuscule dans le rétroviseur.

Je suis assez craintif à l’idée de découvrir The returned à 16 heures. Mon scepticisme s’étend par principe à toute nouvelle intrusion de zombies au cinéma. Trop, c’est trop. Et puis, non.

Le film hispano-canadien de Manuel Carballo est une belle réussite, une œuvre novatrice et juste. Il s’agit sans doute de la première incursion de zombies dans un pur mélodrame. Jusque là, le genre avait flirté avec l’horreur, l’action, la comédie. Jamais il n’avait été si simplement déchirant.

For those in peril, à 18 heures, a également un grand potentiel mélodramatique. Il y fait gris comme un mercredi de septembre à Strasbourg. Aaron est revenu sauf d’un accident de pêche qui a vu périr son frère et cinq autres hommes de sa bourgade écossaise. La communauté le blâme pour son retour, et il se met en tête de ramener son frère des griffes d’un poisson rouge géant qui ne serait autre que le diable de l’océan.

Les multiples redites, la manière d’étirer le récit, de surligner chaque personnage, chaque impulsion laissent penser que le sujet aurait sans doute fait un meilleur court-métrage. On notera (méga spoiler) que le film se termine comme la Dolce Vita de Fellini. De Rome au Speyside, il n’y a qu’un pas.

La soirée débute avec un vrai choc. Xan Cassavetes, fille de John et Gena, nous offre un sublime objet de cinéma, qui va bien au delà de la curiosité de festival, du film de genre ou de la réappropriation du mythe de vampires. Kiss of the damned est une œuvre de grande classe, écrite en trois semaines, qui se fout de son prétendu classicisme, de son aspect daté, arty, désuet, artificiel ou référentiel. Outrageusement cinéphile, Xan mélange la nouvelle vague, Buñuel, et les conventions d’un genre archi codé sans sacrifier un instant sa personnalité. Une sorte de grâce, renforcée par une bande son hypnotique et traumatisante, se dégage de ce film rare.

Il est presque inespéré de rencontrer un objet aussi libre dans un festival de cinéma de genre. Si le FEFFS devait s’arrêter ce soir, je pourrais déjà dire qu’il s’agit d’un grand cru.

Greg Lauert

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