[cinéphilie :] Xabi Molia

25 Sep

Xabi Molia

Xabi Molia (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son nouveau long métrage, Les conquérants (sortie le 25 septembre 2013).

Galaad (Denis Podalydès) et Noé (Mathieu Demy) sont demi-frères mais n’ont pas grandi ensemble. Leur père était un aventurier, il est mort. Enterrement au début du film. Puis retour aux affaires courantes ? Non, car ce brave papa a fait quelque chose de pas correct-correct qui lui a collé la poisse et cette poisse s’est semble-t-il transmise à la génération suivante. S’ils veulent s’en sortir, Galaad et Noé vont devoir payer de leur personne, partir à leur tour à l’aventure. De vrais conquérants… Et dans « con-qué-rants », il y a « con » : ce film bien fichu, à la fois fin et grotesque, assume totalement quelques saillies d’une réjouissantes débilité. Youpi !

En rapport ou en opposition au sien, Xabi Molia réagit aux films suivants.

8 FOIS DEBOUT (Xabi Molia) :

8 fois debout et Les conquérants pour moi ce sont des films jumeaux. Je crois que beaucoup de spectateurs ne verront pas le lien entre les deux parce que 8 fois debout est un film social et Les conquérants est plutôt une fantaisie, mais il y a la tentative dans les deux films de faire coexister deux registres. Un registre grave et un registre léger. Simplement j’ai essayé d’inverser la proportion des ingrédients. 8 fois debout est un film au début drôle qui finit par s’aggraver. Dans Les conquérants il y a la tentative de maintenir toujours la tête hors de l’eau, que toujours la comédie permette de soulager les émotions plus graves qui traversent le film.

RIO BRAVO (Howard Hawks) :

C’est un vrai bonheur de spectateur pour moi et je savais bien qu’en envoyant deux hommes dans la montagne, que je le veuille ou non, j’étais en train de faire un western. Et donc je me suis dit à un moment donné de la préparation du film : tant qu’à faire ça, autant l’assumer directement. Et donc si en plus je peux avoir un des personnages qui reprend la fameuse chanson My pony, my rifle and me autour d’un feu de camp… On n’a pas l’occasion de faire 48 films dans la vie donc dès le deuxième autant assouvir un de ses vrais fantasmes de cinéphile !

EN AVANT LA MUSIQUE (Busby Berkeley) :

Busby Berkeley est pour moi un des grands génies méconnus du cinéma. Assez bizarrement d’ailleurs, ses films ne sont pas visibles aujourd’hui en DVD, j’espère que ça va être rectifié bientôt. Busby Berkeley c’est un cinéaste de la légèreté, c’est un chorégraphe de comédies musicales de la Warner, du début des années 30, que j’aime énormément, qui m’a donné envie de légèreté. Pour moi c’est un maître de l’élégance légère. J’avais remercié Buster Keaton dans mon premier film et là j’ai voulu remercier Busby parce que ce sont souvent des films qui donnent envie de faire du cinéma.

LA VIE AQUATIQUE (Wes Anderson) :

J’ai des rapports assez mitigés au cinéma de Wes Anderson. Evidement il me plaît parce que c’est un cinéaste de la fantaisie, de la famille aussi –on aurait pu parler aussi de Darjeeling, les trois frères… Mais en même temps je trouve que c’est un cinéma un peu maison de poupée. C’est-à-dire que c’est un cinéma que je trouve un peu trop tiré au cordeau. Et souvent j’ai un manque d’émotion dans son cinéma. Moins avec ses premiers films que je trouve plus touchants, mais plus récemment. Pour moi c’était plutôt un contre-exemple. Sans vouloir dire du tout que c’est un cinéma que je n’aime pas ; mais je voulais justement faire un film assez incarné, donc ça impliquait aussi des choix de mise en scène : la caméra à l’épaule, un cinéma peut-être un peu plus granuleux, avec un peu plus de place pour le désordre. Pour ma sensibilité à moi, le cinéma de Wes Anderson manque un peu de désordre.

JUDEX (Georges Franju) :

Il y a le plaisir de la fantaisie… J’ai le sentiment que la veine fantaisiste s’est un peu tarie dans le cinéma français alors même qu’on a quand même Georges Méliès aux origines. Et j’avais envie de retrouver ce cinéma-là, un cinéma du fantastique, mais un fantastique pas forcément très inquiétant. Voilà, j’ai l’impression de reprendre une sorte de filon qui s’était un peu asséché.

EXCALIBUR (John Borman) :

C’est un film qui a très mal vieilli malheureusement ! Moi j’ai vraiment grandi avec Excalibur, Indiana Jones et Les Goonies… Il y avait quelque chose d’assez amusant dans l’idée de reprendre le motif du Graal, qui est un motif mystique, en fait assez sérieux et héroïque, mais de le transporter au 21e siècle, de le mettre entre les mains de Denis Podalydès et d’imaginer surtout que la première fois qu’il allait être vraiment évoqué entre les personnage c’était dans un kebab avec des types qui mangent des frites. Le traitement prosaïque d’un objet magique était amusant. Et en même temps, je ne voulais pas complètement non plus renoncer à la magie, je ne voulais pas que le Graal soit un objet purement décevant. Donc il a des pouvoirs dans Les conquérants le Graal, des pouvoirs dont l’utilité est assez limitée, mais en même temps faire des bonds ça devrait être un exercice obligatoire.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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