[à l’affiche :] OBSESSION – Brian De Palma

10 Oct
Ed. Carlotta (version restaurée)

Ed. Carlotta (version restaurée)

Dire que le cinéma de Brian De Palma est référentiel est devenu une banalité, tant les clins d’œil appuyés à Hitchcock sont prépondérants dans ses films. Obsession, réalisé en 1976, ne fait pas exception. Il cumule des liens très forts avec Sueurs froides et Vertigo, L’Homme qui en savait trop et même Le crime était presque parfait. Car chez Hitchcock, tout est souvent affaire de manipulation : réelle ou inconsciente.

Après avoir refusé de payer la rançon exigée par les ravisseurs de sa femme et de sa fille, un homme d’affaires (Cliff Robertson) assiste, impuissant, à un fatal accident. Le véhicule des kidnappeurs, pris en chasse par la police, sombre dans l’eau après avoir quitté la route. Il n’y a plus aucune chance de retrouver les victimes, lui avoue la police. Inconsolable, Michael Courtland vit un deuil impossible. Il perd pied, obnubilé par cette double perte. Lors d’un voyage en Italie, sur les traces d’un bonheur enfui, il croise une femme (Geneviève Bujold), qui ressemble étrangement à sa défunte épouse. Michael veut la revoir.

Geneviève Bujold

Geneviève Bujold

Oppressant, Obsession donne le vertige, notamment parce que De Palma utilise la musique de la même manière que son mentor, maître du suspense. D’ailleurs, le réalisateur n’a pas hésité à faire appel à Bernard Herrmann pour habiller la bande sonore de son film. Herrmann n’est autre que le compositeur inséparable de Hitchcock (Mais qui a tué Harry ? (1955), L’homme qui en savait trop (1956), Sueurs froides (1958), Psychose (1960),…). A tel point que les scènes semblent construites pour illustrer la musique, et non l’inverse. De longs plans sans dialogues suivent les personnages dans de lents déplacements, sur un fond symphonique enrobant. La musique a aussi pour ambition d’accompagner le trouble qui se transforme en angoisse, la peur qui devient délire.

images

Geneviève Bujold et Cliff Robertson

Mais De Palma a sa personnalité et sa vision personnelle des drames humains. Pas question pour lui de faire uniquement un film « à la manière de ». Il ajoute sa patte : l’usage des ralentis notamment, le jeu sur les focales. Et s’il reprend le superbe travelling circulaire de Sueurs froides, il n’oublie pas de placer différemment ses caméras, très souvent en contre-plongée, ce qui donne un point de vue tout à fait original au spectateur et renforce la sensation d’écrasement. Autre différence, les rebondissements et révélations en enfilades, qui rendent l’intrigue plus complexe et tiennent le spectateur en haleine. La lumière, enfin, joue un rôle crucial, ouatée pour renforcer l’impression de mystère, dirigée directement sur un regard, pour en accentuer  l’effroi.

Obsession se révèle diablement réussi dans son intention, captivant et dérangeant tout à la fois, parfois outrancier dans ses effets, un peu excessif, mais reste incontournable dans la filmographie de De Palma.

F.M.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s