[festival :] WAR ON SCREEN (1/3)

11 Oct

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La guerre, c’est un peu le dada de CUT ces derniers temps[1]. Aussi, c’est presque naturellement que nous nous sommes rendus à Châlons-en-Champagne, The City Formerly Known As Châlons-sur-Marne, pour la toute première édition du festival War On Screen qui se tenait du 2 au 6 octobre dans la « Venise pétillante ». On y revient en trois parties. Et pour la première : Présentation du festival – Rétro rire.

La programmation du festival, aussi pléthorique que bien fichue, est l’oeuvre d’une équipe au-dessus de tout soupçon (dont l’incontournable – mais pourquoi voudrait-on le contourner ? – Jean-Baptiste Thoret). Outre les dix longs métrages en compétition, elle offre des tas d’angles d’attaques et d’entrées différents : un focus sur la bataille de Stalingrad ; un autre sur les évènements d’octobre 1970 au Québec ; la guerre vue par Robert Aldrich en cinq films ; des débats ; une sélection de courts (eux aussi en compétition) ; une présentation d’archives et de reportages ; des séances spéciales et même trois films à destination du jeune public. Enfin, la grande et salvatrice idée du festival est de présenter une rétro « rire et guerre » allant de To be or not to be (Ernst Lubitsch, 1942) à We are four lions (Chris Morris, 2010).

Car en effet, si le festivalier gourmand fond sur cette programmation tel un moustique sur un camp de nudistes, il se retrouve rapidement gorgé de sang, risquant l’écoeurement voire l’explosion. Et je vous parle en connaissance de cause : arrivé 24 heures après le début des hostilités, j’avais à cœur de combler mon retard et de voir un maximum de films ; il faut bien reconnaître qu’après 3 jours, 5 courts métrages, 14 longs, 32 séances de tortures, 67 membres arrachés, 248 viols et 130 millions de morts dont 6 Québécois, je ne m’en serais pas sorti sans la projection dominicale de Rien que pour vos cheveux (You don’t mess with the Zohan, Dennis Dugan, 2008). A entendre les cascades de rires dans la salle, je n’étais pas le seul.

Rien que pour vos cheveux, c’est un éléphant qui marche sur un fil. On connaît l’histoire, celle de Zohan, super agent du Mossad doublé d’un gentil crétin obsédé sexuel, qui décide de disparaître de la circulation et de s’exiler afin de poursuivre son rêve : devenir coiffeur. Le film cumule deux exploits. Primo : évoquer joyeusement le conflit israélo-palestinien et la façon dont il s’exporte loin du Moyen-Orient, de manière certes simplifiée mais sans sombrer dans la niaiserie. Secundo : s’autoriser toutes les potacheries du monde (de tous les Apatow movies – Judd est ici co-scénariste – celle-ci est probablement la plus débile et crue), sans se noyer dans la vulgarité crasse. Cela tient à une grande fraîcheur qui ferait presque oublier l’étrange happy end du film (attention spoiler) : les adversaires d’hier, enfin réconciliés, ouvrent chacun une boutique dans un centre commercial flambant neuf, soit l’économie de marché (ici, une forme de « capitalisme raisonné ») comme quintessence du rêve américain et idéal de paix. On retrouve ici cette tendance de l’Apatow movie à finir dans le mall (Funny People, Supergrave). Un jour, il faudra donc se pencher sur la signification du mall chez Apatow (qui n’est vraisemblablement pas la même que chez Amy Heckerling (Aperçu) ou Jody Hill), mais pour le moment, on va se contenter de rire.

Autre revigorante bouffée d’air frais : Les folles années du twist (Mohamoud Zemmouri, 1984), comédie franco-algérienne suivant les micros aventures de deux marioles, en 1960, dans la petite ville de Boufarik (lieu de naissance de l’Orangina, ce qui n’est pas négligeable). La guerre d’indépendance tire à sa fin mais nos deux compères s’en balancent un peu. Ils ont 20 ans, ils aiment les filles, le twist, faire un nœud à la taille de leurs chemises et se la couler douce.

Si les ressorts comiques font un peu blagues-à-papa, le rythme est bon et tout ça est très divertissant, mais surtout, l’incompréhension entre les deux communautés/camps est joliment décrite, sans épargner personne mais sans méchanceté non plus, et l’air de rien, Zemmouri saisit parfaitement cet inextricable mélange de bonnes et de mauvaises raisons qui préside aux actes de chacun en temps de guerre.

Je ne vous le cache pas, j’aurais aimé (re)voir chaque film de cette « rétro rire » en me tapant sur la cuisse jusqu’au sang, malheureusement, malgré des efforts constants, je n’ai toujours pas le don d’ubiquité. Aussi me suis-je limité à deux films de cette section, une section bien nécessaire au sein d’un festival à la thématique pas forcément évidente et qu’on devrait retrouver avec plaisir dans les prochaines éditions.

Ah… Pour nous spectateurs, les festivals de cinéma sont une école du choix radical et de la joyeuse renonciation. Il nous faut apprendre à vivre sans regret aussi, dans les deux prochaines parties, vous ne saurez rien (ou presque) des débats Comment filmer la guerre aujourd’hui ? ; Les traumas post-conflit ; La guerre et sa représentation dans le jeu vidéo ou encore du cinéma de Robert Aldrich (il faut vivre sans regret vous disais-je) sur lesquels j’ai dû faire l’impasse… On reviendra en revanche sur le Québec, Stalingrad et deux trois autres choses avant de se plonger corps et biens dans la compétition. A suivre donc…

Mathias Duperray


[1] cf. notre numéro 3 et ses soirées de lancement strasbourgeoises

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