[à l’affiche :] SIDEWALK STORIES – Charles Lane

24 Oct
sidewalk stories

Ed. Carlotta

Sidewalk Stories se déroule à New York. Un jeune artiste tente de gagner sa vie en dessinant des portraits sur le trottoir des passants. Il vit de peu et habite dans un immeuble abandonné. Un soir, au détour d’une ruelle, il recueille une petite fille dont le père vient d’être assassiné. Il l’adopte et se démerde pour la nourrir, la vêtir et la loger…

Premier long-métrage de Charles Lane réalisé en 1989, ce dernier n’a pas choisit la facilité : son film est en noir et blanc et il est muet (quasiment). Rendant surtout hommage au Kid de Chaplin, Sidewalk Stories fait aussi écho à la sensibilité et au burlesque de Buster Keaton et à l’esprit vagabond du Permanent Vacation de Jim Jarmusch ou encore du Petit Fugitif de Morris Engel, Ray Ashley et Ruth Orkin. Cela dit, Charles Lane ayant endossé lui-même le rôle du personnage principal, ne cherche pas à singer ses influences que ce soit dans son jeu d’acteur ou sa mise en scène.

Le regard qu’il jette sur la ville de New York est très personnel et cynique. Ville pressée dont les habitants marchent sans vraiment regarder autour d’eux et préfèrent se disputer un taxi plutôt que d’attendre le prochain. Le film commence ainsi, d’ailleurs : il se focalise d’abord sur la classe moyenne et riche pour ensuite faire un cut sur un joli plan-séquence dévoilant la classe sociale qui demeurera l’un des sujets principaux du film, c’est-à-dire les sans-abris.

« Tous mes films sont des comédies, seulement ils ont toujours plusieurs niveaux. C’est-à-dire que je ne travaille pas uniquement pour le niveau superficiel. Tous mes films sont politiques – je n’aime pas l’admettre, mais c’est vrai : ce sont avant tout des satires sociales. » (propos de Charles Lane disponibles dans la revue de presse publiée par Carlotta). L’une des forces du film est son traitement : il ne cherche jamais à dramatiser ni à simplifier la situation de ses personnages. Et il y a en effet plusieurs niveaux dans Sidewalk Stories : on peut y voir la petite histoire d’un homme se retrouvant malgré lui responsable d’une gamine, on peut y voir un hommage au cinéma muet et une véritable satire sociale dénonçant l’indifférence que les classes « supérieures » portent à l’égard des classes « inférieures » (la dernière séquence du film, étant la seule utilisant du son direct – un peu comme dans The Artist – démontre clairement et douloureusement ce niveau là).

La réalisation est elle aussi intéressante utilisant quelques fois des plans-séquences très élégants faisant contrastes avec ce qu’ils montrent et un montage très rythmé. Mais ce qui étonne d’avantage dans Sidewalk Stories est le traitement du son. Curieux pour un film muet vous devez vous dire, mais je fais notamment allusion à la musique composée par Marc Marder. On peut entendre une basse et une guitare aux sonorités très 80’s, une musique plus jazzy et une musique rendant clairement au hommage au cinéma burlesque. La musique du film s’amuse beaucoup avec les actions des personnages, rendant les séquences particulièrement vivantes et drôles ; il peut y avoir un son particulier pour un geste particulier. Le film de Charles Lane joue aussi énormément avec la musique extradiégétique (musique accompagnant la séquence) et diégétique (musique jouée par des musiciens visibles à l’écran). Il en est de même pour les bruitages : par exemple, il y a un plan qui montre un gosse donnant un coup de pied à une poupée ; aucun son d’ambiance ne s’entend dans la scène, mais le son du coup de pied est donné et il est même un peu exagéré, annonçant la dimension comique de la séquence. Sidewalk Stories est une musique qui joue sans cesse avec les oreilles du spectateur.

Réalisé à la période du Nouveau Cinéma afro-américain dont faisait entre autres partie Spike Lee avec notamment l’excellent Do the right thing, Sidewalk Stories fait l’objet d’une ressortie dans les salles françaises depuis le 9 Octobre grâce à Carlotta. Cette version restaurée est d’ailleurs très belle et donne l’impression que le film a été tourné cette année ; une belle occasion pour (re)découvrir ce film drôle, cynique et attachant.

Rock Brenner

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