[dvd:] LE FILS UNIQUE – Yasujiro Ozu

1 Nov
Ed. Carlotta

Ed. Carlotta. En Blu-ray et DVD

Dans le Japon en crise des années 1930, une veuve (Chôko Iida) se sacrifie pour offrir des études à son fils (Shin’ichi Himori). Les années passent. Alors qu’il donne des cours du soir et vit pauvrement à Tokyo, le jeune homme reçoit sa mère pour un court séjour.

Tout tient dans ce scénario minimaliste, car Le Fils unique (1936) est un film sur la relation parent-enfant, au cœur d’une culture nippone qui place le lien familial au centre de la vie sociale. Ce qu’apporte Ozu dans cette œuvre intime, c’est une douceur crue et réaliste, une élégance désenchantée. A cheval sur les années 1920 et 1930, son long métrage montre que les lumières de la ville sont souvent des mirages pour les exilés de la campagne. Il s’attelle aussi à illustrer le fossé des générations, qui déjà signe la modernité des temps. Une mère, prête à vendre tout ce qu’elle possède pour assurer un avenir à son fils, comprend que celui-ci est moins marqué par la dévotion, plus prompt à baisser les bras. Ozu ne donne pas de leçon de morale, il se veut plus documentaire.

Chôko Iida

Chôko Iida

Le style Ozu, surtout, force l’admiration. Une utilisation minimaliste des sons d’ambiance, une caméra presque toujours fixe, souvent à ras du sol et sans effets de contre-plongée, renforce une impression de distanciation. Ozu ne cherche pas à guider notre regard dans le plan. Il offre l’ensemble, une suite de tableaux, chacun représentant une idée. Si un personnage se lève et sort du champ, la caméra reste indifférente. De même s’il quitte une pièce, le lieu reste vide un temps avant de passer à une autre séquence. Dans Le Fils unique, le temps qui passe est presque palpable. Le fils est souvent plongé dans ses pensées, la mère aussi, avec une certaine pudeur réciproque, puis une gêne, avant l’explication nécessaire.

Rien que pour ces quelques traits, la chronique sociale et familiale d’Ozu fait partie des incontournables du cinéma japonais et du cinéma en général. Ozu a inventé son langage personnel pour faire passer ses idées. Il se joue de la dimension industrielle du cinéma, des codes de narration simplistes. Certes, cette fin des années 1930,  période à laquelle a été tourné le film, y aide. Mais le déploiement du parlant aurait pu l’inciter à surjouer les effets, à saturer la bande son, ce que Ozu s’est intelligemment interdit.

Dans un documentaire en bonus (22 mn), le cinéaste Jean-Jacques Beineix apporte une fine analyse de l’oeuvre.

F.M.

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