[dvd:] COFFRET NINJA – Godfrey Ho

2 Nov
Ed. Artus films

Ed. Artus films

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1981, le producteur-réalisateur Menahem Golan s’emparait de la figure japonaise du ninja et tournait l’inénarrable L’implacable ninja, où un Franco Nero en perdition venait payer ses impôts. L’histoire n’arrêtant jamais sa marche, le ninja était appelé à connaître dans l’inconscient collectif une glorieuse postérité grâce au cinématographe. Golan, suivie de son ombre Yoram Globus allaient exploiter le filon, sous l’égide de Cannon Group, durant toutes les années 1980 à coup de Ninja blanc et autre American ninja. La New Line s’associera un peu plus tard avec la Golden Harvest pour proposer la calamiteuse série des Tortues ninja. Etc.

C’est cependant du côté de Hong Kong que le pire devait arriver.

Le ninja allait en effet venir taper tout droit dans l’œil du margoulin Godfrey Ho. Réalisateur stakhanoviste, opportuniste et bricoleur, Ho allait accoucher d’une longue série de films tournés pour les marchés des salles de quartier et des vidéoclubs occidentaux. Ces chefs-d’œuvre possédant parfois plusieurs titres avec des crédits techniques totalement différents, il est difficile de déterminer le nombre exact de bandes issues de cette passion subite du réalisateur. On le situera entre 20 et 40 ! La recette – celle du deux en un emprunté à Roger Corman – était en tout cas toujours la même. Elle consistait à acheter à bas coût des films Taïwanais/Hongkongais/Coréens inachevés ou oubliés et de les caviarder avec de nouvelles scènes mise en boite n’importe comment avec des apprentis acteurs occidentaux plus ou moins férus d’arts martiaux.

L’évocation de certains titres de la série laisse toujours rêveur : Flic ou ninja, Ninja Terminator, Bionic ninja, Black ninja, Zombie versus ninja… On y voyait des ninjas blancs, jaunes, noires, roses (quand c’était des ninjas filles !) surgirent sans crier gare dans les rues – et les terrains vagues, ça coûte moins cher d’y tourner) de Hong Kong, arborant parfois fièrement un bandeau portant l’indication « Ninja » sur le front, pour le cas qu’on aurait pas compris à qui on avait affaire… Un véritable univers parallèle au sein duquel s’applique un bataillon de règles farfelues sur le code de conduite des sus-mentionnés ninjas…

Clash-01

Maintenant, si vous voulez voir de bons films de ninjas, vous pouvez essayer la série des Shinobi no mono tournée entre 1962 et 1966 avec le grand Raizo Ishikawa en vedette. Par contre, si vous êtes là pour rigoler, réjouissez-vous, Artus films, avec la complicité de nanarland.com, vient de sortir un coffret regroupant trois des impayables péloches du sieur Godfrey Ho.

Ce sont donc Clash commando, Ninja in action et Ninja : American warrior qui sont regroupés ici. Trois bons exemples d’anarchie pelliculée, d’imbécillité sur celluloïd, d’embobinage sur bobine… Les superlatifs manquent, vous l’aurez compris, lorsque l’on est parachuté dans le paradis du raccord surprise. Dans le deux en un (qui est parfois du trois, voir du quatre en un), la filouterie est évidemment reine lorsqu’on en vient à lier les nouvelles séquences au(x) film(s) d’origine(s). Un petit module proposé en bonus revient sur quelques uns des trucs utilisés : les longues conversations au téléphone (parfaites pour résumer ce qui vient d’arriver en off ou pour introduire de nouveaux personnages), les jumelles qui plongent directement dans un autre film… jusqu’au masque qui permet à un protagoniste occidental de devenir chinois dans le plan suivant ! Chez Godfrey Ho, on ne sait jamais de quoi le contrechamp sera constitué !

C’est à visionner de préférence avec des amis ayant goût pour l’aventure et l’alcool. La VF est à privilégier absolument et il faut ici encore rendre hommage à l’Auditorium Garcia Ktorza (le studio de doublage le moins cher sur le marché de la fin des 70’s au début des 90’s) pour avoir grandement contribué au surréalisme ambiant.

American-01

Niveau bonus, signalons encore deux belles interviews, touchantes pour de vrai. La première avec un Richard Harrison qui ne mâche pas ses mots envers Godfrey Ho, qu’il considère comme responsable du déclin de sa carrière. Il faut dire que ce dernier l’a pigeonné en beauté en le faisant apparaître dans une bonnes dizaine de longs métrages alors qu’il ne l’avait payé que pour un ! La seconde – radicalement différente – avec Paulo Tocha, éternellement reconnaissant à ces films de lui avoir permis d’exaucer son rêve de cinéma et d’avoir lancé une carrière discrète mais pas honteuse.

La meilleure blague dans tout ça, c’est que Godfrey Ho est aujourd’hui professeur de cinéma. Avec des metteurs en scène formés à pareille école, on comprend mieux comment le cinéma de Hong Kong récent est devenu une telle truanderie !

Mathias Ulrich

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4 Réponses to “[dvd:] COFFRET NINJA – Godfrey Ho”

  1. Sylvain dimanche 3 novembre 2013 à 180653 #

    Question : Godfrey Ho touchera-t-il des royalties sur ces rééditions ?

  2. boyan_d jeudi 7 novembre 2013 à 121214 #

    Ah mais ça donne carrément envie de s’en taper un !

  3. Greg LAUERT mercredi 13 novembre 2013 à 150320 #

    Boyan souhaite se taper un ninja. Avis aux amateurs …..

  4. boyan_d mercredi 13 novembre 2013 à 170520 #

    Un qui rend pas les coups de préférence, ok Grégou ?

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