[dvd:] VOYAGE A TOKYO – Yasujiro Ozu

11 Nov
Ed. Carlotta.

Ed. Carlotta. Blu-ray et DVD

Presque vingt ans après avoir réalisé Le Fils Unique, Yasujrio Ozu reprend un thème qui lui est cher : la relation parents-enfants. Dans le Japon des années 1950, il raconte le voyage d’un couple âgé qui part quelques jours à Tokyo. Il y est bien mal reçu : pris par leurs activités professionnelles, cupides, vénaux, le fils et la fille du couple le néglige. Ils n’ont qu’une envie, que les deux vieillards repartent dans leur campagne. Pour couronner le tout, les petits enfants sont odieux. C’est auprès de leur belle-fille, veuve de leur fils mort à la guerre, que les deux visiteurs trouvent enfin un peu de chaleur humaine.

Ozu n’aimait pas que son film soit décrit comme un mélodrame. Pour lui, c’était un grave malentendu. Grand succès en salles dès sa sortie, Voyage à Tokyo a tiré des larmes aux spectateurs avec des scènes émouvantes. Or, Ozu voulait simplement poser un regard naturaliste, clinique, sur la famille. D’ailleurs, dès que les personnages marquent une émotion un peu forte, la caméra s’en détourne. Le jeu d’acteur reste très sobre. En dehors de tout pathos, Ozu oppose les générations, montrant qu’il y a une détérioration du lien social, au fur et à mesure que le Japon évolue.

Chishû Ryû, Setsuko Hara et Chieko Higashiyama

Chishû Ryû, Setsuko Hara et Chieko Higashiyama

La ville échappe à ce traitement naturaliste. Ozu montre une capitale qui se modernise, s’urbanise, mais évacue toute dimension politique de son propos. En 1953, Tokyo est encore marquée par la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée va sur sa fin. Rien de tout cela dans le film d’Ozu, ni dans les plans sur la cité, ni dans les propos. Le style Ozu est respecté : tout se lit dans le cadrage, les objets ont des valeurs symboliques (les vêtements, traditionnels ou occidentaux notamment), les silences sont éloquents et filmés avec insistance, la géométrie des habitats nippons ajoute des cadres dans les cadres. Le cinéma d’Ozu est une cinéma de perspective, avec des lignes de fuite, des mises en abîme.

Un mélo, c’est une belle histoire qui se passe mal, avec une certaine outrance dans la manière d’exposer les situations et les sentiments. Rien de tout ça chez Ozu, qui garde en permanence une élégance, une finesse. Il recherche la justesse, jamais les effets simplistes.

Récit de Tokyo (12 mn), Jeux de rôles (26 mn) et Voyage dans le cinéma : Voyage à Tokyo (15 mn) complètent cette édition restaurée du film, disponible en Blu-ray et DVD. A voir, notamment, un retour éloquent sur les lieux de tournage : certains n’ont quasiment pas changé, plus de cinquante ans après la version originale.

F.M.

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