[à l’affiche :] LA VENUS A LA FOURRURE – Roman Polanski

21 Nov
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Rendez moi ma fourrure !

Il aura fallu à Roman Polanski un acteur de la stature de Mathieu Amalric pour l’inciter à tourner en langue française au crépuscule de sa carrière. Si l’on excepte ce fait nouveau, La vénus à la fourrure, récit d’une longue audition sur un texte teinté de sadomasochisme, ne dénote en rien dans la filmographie du cinéaste.

Le huis clos, le travestissement, l’inversion des rapports dominant / dominé, le goût de l’absurde : cette Vénus transpire le cinéma de Polanski, et le cinéphile pourra s’amuser longuement à compter les correspondances, les liens tissés depuis Le locataire, Répulsion, Cul de sac ou La jeune fille et la mort. Pourtant, si cette adaptation théâtrale nous replonge dans un univers familier, il ne s’agit pas là de rejouer des accords nostalgiques et passéistes, à la manière d’un De Palma réalisant Passion. Jusque dans ses choix minimalistes, Polanski demeure un cinéaste ambitieux.

Cette Vénus à la fourrure est une œuvre furieusement drôle, une véritable comédie,  genre que le cinéaste n’avait plus abordé aussi frontalement depuis  Che ? en 1972. Son cinéma a toujours été traversé de fulgurances humoristiques, intimement liées à son culte de l’absurde, à une fraternisation originelle  avec le surréalisme.

Dès les premières minutes de son nouvel opus, dès les premières répliques d’Emmanuelle Seigner, il apparait évident que l’auteur a souhaité franchir un cap, se libérer des probables accusations de pédanterie inhérentes au sujet. Le rire est assumé, provoqué dans un premier temps par le personnage de Seigner, plus tard par la soumission béate d’Amalric.

Dans son discours global, dans ses problématiques sexistes, sexuées, sociales, le film peut ouvrir la voie à un torrent d’interprétations. Très habilement, dans un ourlet scénaristique d’un cynisme absolu, le personnage du metteur en scène désamorce les théories en engueulant son actrice. Il s’emporte à l’idée que, dans ce monde contemporain, il faille tout corréler à un sujet de société.

Nous épargnerons donc au cinéaste les théories hasardeuses, pour ne retenir qu’une grande idée : la faiblesse et la dérision du créateur. La vénus à la fourrure dévoile un auteur nu face à son œuvre, dépendant, ridicule et sublime dans son avilissement. Créer, c’est se soumettre, se tenir à découvert, se faire l’esclave de ses obsessions.

Amalric, virevoltant dans le spectre des émotions abordées, est un choix providentiel pour incarner Thomas, metteur en scène à son tour mis en scène, puppet master victime d’une bacchante. Aucun autre comédien de ce temps ne saurait ainsi conjuguer l’émerveillement et le romantisme cru avec cette parfaite et désarmante suffisance.

Beaucoup voient là une incarnation de l’homme Polanski, dominé au fil du récit par sa propre matrone. Peut-être faut-il y voir un regard sur l’Auteur, avec un grand A ? Un regard mêlé d’un grand éclat de rire.

Greg Lauert

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