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[entretiens:] Ulrich Seidl

17 Nov
Ulrich Seidl

Ulrich Seidl

Invité par le festival Augenblick, le cinéaste autrichien Ulrich Seidl accompagne la diffusion de sept de ses films dans les salles d’Alsace. Seidl est le fer de lance d’un cinéma au réalisme militant, qui donne à voir des êtres en déserrance sociale, sentimentale ou sexuelle : le constat cru d’une civilisation en crise.

Cut : Le festival Augenblick vous consacre une section Hommage, qui récompense un cinéma exigeant. Pensez-vous occuper une niche dans le cinéma actuel ?

Ulrich Seidl : Sans vouloir être arrogant, il est clair que j’ai une position particulière dans le cinéma européen, mais aussi au niveau international. Cela s’explique par le langage particulier de mes films et aussi une dimension visuelle, qui est particulière et unique en son genre.

Paradoxalement, je n’ai pas cette position en France. C’est le seul pays européen où mes films ont eu des scores aussi mauvais au box-office. Je pense que c’est surtout lié à leur esthétique. Je présente une vision sans concession de la réalité, un peu crue, ce qui pose problème avec la culture française. Les Français ne sont pas habitués à cette présentation de la réalité. Lire la suite

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VF, le monde du doublage

24 Mai

Roger Carel et Brigitte Lecordier : Benny Hill et Son Gokû dans la même pièce ; la tension est omniprésente.

Bruce Willis, Tom Cruise, Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Whoopi Goldberg, Tom Hanks, Johnny Depp, Julia Roberts, Jim Carrey, Harrison Ford sont des noms que l’on entend assez souvent, imitez une réplique de Die Hard ou Rocky, on l’attribuera souvent, avec son intonation et avec nostalgie, à l’acteur américain. Si on est un adepte pur et dur de la version originale, ce n’est pas étonnant, mais dans l’autre cas, on oublie souvent quelqu’un : le doubleur. « Yipikaye ! Pauvre con ! », « Tu aimes les omelettes ? Tiens, je te casse les œufs » ou autres « Ssssssplendide ! » ont contribué au succès des films auxquels ces répliques appartiennent.

Et les noms de Patrick Poivey, Daniel Bereta, Alain Dorval, Maik Darah, Jean-Philippe Puymartin, Bruno Choel, Céline Monsarrat, Emmanuel Curtil, Richard Darbois sont des noms qui, à part chez certains cinéphiles avertis et malgré leur voix grandement populaire, n’évoquent pas grand-chose pour un grand nombre de spectateurs français. Et c’est entre autres avec ce regret qu’un certain Julien Leloup s’est décidé qu’il fallait essayer de s’intéresser un peu plus à leur travail souvent oublié et sous-estimé. Il réalise alors de manière indépendante un documentaire très simplement titré VF, le monde du doublage dans lequel les visages des voix sont dévoilés et discutent du travail que représente le doublage d’un film.

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[Entretien :] Jacques Doillon et Agathe Bonitzer

26 Avr

Jacques Doillon et Agathe Bonitzer étaient présents à Strasbourg pour l’avant-première du film Mariage à trois, sortie le 14 avril. Un dramaturge, Auguste, reçoit chez lui les protagonistes de sa nouvelle pièce. Mais la présence conjuguée de son ex-femme, de son nouvel amant, et d’une jeune assistante (Fanny, joué par Agathe Bonitzer), va rendre la journée particulièrement tumultueuse, entremêlant création et enjeux sentimentaux. La cinéphilie, cette fois-ci,  n’a pas joué son rôle, ne donnant pas la réplique et les inspirant peu. En proposant le film Les valseuses de Bertrand Blier, une idée ressort sur le personnage d’Auguste, joué par Pascal Greggory. Je décide donc de dériver vers l’interview et d’axer mes questions sur le rôle d’Agathe et la mise en scène.

Jacques Doillon : Le personnage principal de Mariage à trois tourne un peu à la farce, il en rajoute beaucoup, il dit tout ce qu’il a en tête, il n’a pas de dialogue extérieur et intérieur en quelques sortes. Comme dans Les acteurs si je me souviens bien, les comédiens se disent tout, de ce que côté on peut faire un rapprochement avec Les valseuses. Dans Mariage à trois, c’est le personnage d’Auguste qui a ce comportement, c’est aussi un peu un clown qui n’a pas de sentiment. Ce n’est quasiment pas une œuvre dramatique mais un journal intime, d’une noirceur terrible. Le personnage ne garde rien pour lui et livre tout au spectateur.

CUT : Agathe, vous êtes vous inspirée d’un personnage existant pour votre rôle ?

Agathe Bonitzer : Non, je n’y ai pas pensé précisément, je voulais créer mon propre personnage, un mélange de timidité et presque de perversité, ou plutôt de malignité. Je n’ai pas de personnage existant en tête et ça me rassure.

Jacques Doillon : Lorsque le personnage de Louis Garrel rejoint Fanny dans le bureau, on découvre qu’elle a une certaine fantaisie, alors qu’au début, elle était une espèce de machine sur son siège, plus une fonction qu’une personne. Petit à petit, on découvre un personnage qui semblait être en dehors de l’action, elle n’a pas l’air de compter, et puis au final ce n’est plus Auguste qui tire les ficelles, qui fait avancer l’action, l’amour principal est celui qu‘elle porte à Auguste. On a au départ du mal à penser qu ‘elle peut descendre de son bureau, investiguer du côté de la chambre d’Auguste, qu’elle peut trouver sa place dans la chambre et pas dans le bureau.  La scène où l’ex-femme d’Auguste vient pratiquement vendre ce dernier au personnage d’Agathe est assez marrante car on n’imagine pas qu’elle ai une importance telle qu’il puisse se nouer des choses et l’ex femme semble abattue découvrant une présence forte qui semble la déstabiliser.

CUT : Y a-t-il une part d’improvisation dans votre film ?

Agathe Bonitzer : Non, plutôt des discussions, avant et pendant le tournage sur le bien fondé du texte.

Jacques Doillon : Moi, je suis pour ce procédé ; on donne un début de quelque chose, de façon un peu paresseuse mais excité par l’imagination et l’invention des autres qui vaut bien la mienne. Un acteur n’est jamais plus libre que lorsqu’il a un texte maîtrisé, des places indiquées, lorsqu’on arrive à savoir au fur et à mesure vers quoi on tend et à partir de là, la liberté peut être trouvée. Le sentiment d’improvisation est donné par la certitude de la liberté trouvée, qui est accessible par la maîtrise du texte, des déplacements, il est rassurant de savoir qu’on  va de là, à  là, on peut commencer à respirer. Par contre, si on vous dit « voilà, c’est à peu près ça le texte, je veux à peu près ce sentiment et vous vous baladez où vous voulez », il faut des génies pour s’en sortir. Il faut travailler pour trouver des choses, il y a ce mot un peu crétin de Picasso qu’on entend partout, « je ne cherche pas, je trouve », quand on voit les photos de Dora Maar suivant pendant des jours et des jours  le travail de Picasso sur Guernica, certes c’est une grande toile, mais on voit bien que ça évolue. On voit que c’est la quantité de travail et la réflexion devant sa toile qui fait que jour après jour, ce tableau vit. Picasso était une personne qui avait une force d’invention très grande, la plus grande peut être du siècle, mais il passait par beaucoup de travail, il passait ses nuits à travailler. C’est aussi pour cela qu’il était plus fort que d’autres. Nous, on fait un film tous les ans, on tourne quelques semaines et ce n’est pas assez.

Propos recueillis par David Erhard

Crédit photo : David Erhard

[entretien et cinéphilie :] Felix van Groeningen

31 Déc

Felix van Groeningen

Le 30 décembre sortira dans les salles La merditude des choses, adaptation du roman de Dimitri Verhulst. Le réalisateur Félix Van Groeningen était présent à Strasbourg pour l’avant-première de son film, au Star.
L’histoire nous plonge dans la vie de Gunther Strobbe, 13 ans, qui partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles. Quotidiennement, Gunther baigne dans un climat de beuveries effrénées, de drague éhontée et de glande constante… Tout porte à croire qu’il subira le même sort. À moins qu’il ne parvienne à se démerder de là…
Son troisième film à seulement 31 ans, le premier à sortir sur les écrans français, sera l’atout de la Belgique dans le cas où celle-ci serait représentée lors de la cérémonie des Oscar en 2010.
Cet article bâtard, mi-entretien mi-cinéphilie, m’a permis de ne pas avoir à improviser dans le cas où il n’aurait vu aucun des 45 (à quarante près) films proposés. Le risque d’infliger des questions du type « qu’est ce qui vous a donné l’idée du film ? » ou « je…euh…et… pas vous ? »  aurait été trop important.

CUT : Comment réussir à tenir cette tension pendant tout le film sans basculer vers la comédie, malgré tous ces personnages hauts en couleurs ?
Felix van Groeningen: L’écriture du scénario était très longue, mais c’était nécessaire, je devais garder en tête que ce film devait toucher. Dans le fond, c’est une histoire assez tragique et en même temps, il y a dans le livre beaucoup de scènes très drôles, il fallait que je pense au contrepoids, au drame de ce petit garçon dans l’écriture, dans la mise en scène et dans le montage aussi car on a beaucoup modifié la structure du film au montage. On devait se concentrer sur l’histoire de ce gamin, on comprend très vite qu’il adore être là, que cet endroit bizarre est aussi très chaleureux mais que ce n’est pas un endroit pour grandir, il le réalise mais pense aussi qu’il n’a pas de moyen pour s’enfuir. Donc, pour me concentrer sur le drame, je devais doser un peu.
Pendant le tournage on s’est vraiment marré et quand les acteurs ont vu le film pour la première fois ils disaient, « on pensait que c’était plus drôle… ». Il y avait des scènes qui étaient beaucoup plus longues et hilarantes, mais au montage j’ai fais le choix de mettre le drame en avant. Tout ce qui se passait devait être en relation avec l’enfant ou montrer que ça changeait son regard sur sa famille.

Le film dépeint les hauts et les bas de cette famille, est-ce que la construction et le rythme du film sont basés là-dessus ?
Je ne l’ai pas fait consciemment, on suit ce gamin, pur, et on le retrouve 15 ans plus tard, très fâché avec le monde. Au milieu du film il est hyper cynique et il dit des choses affreuses comme « Il y a deux personnes que je hais, deux femmes. La première m’a donné le jour, l’autre est en train de me faire un gosse » et en même temps on plonge dans le passé et on voit ce gamin qui est en train de découvrir comment trouver sa place dans l’internat, quand il commence à écrire.
Je crois que le film fonctionne car il joue un peu avec ça : quand le gamin trouve sa place, on le retrouve 15 ans plus tard, le plus bas possible et puis pas longtemps après, presque à la fin, on voit qu’il peut s’en sortir. Le film nous montre qu’il prend beaucoup de temps à s’épanouir et que c’est très dur.

C’est la première fois que vous adaptez un roman, pour le prochain film quelle direction prendrez-vous?
Je vais adapter une pièce de théâtre…

Vous savez déjà laquelle ?
Oui, je sais…

Le silence de Felix van Groeningen en dit long. Il nous faudra être patient. La merditude des choses, par son affiche et son prix au festival Grolandais, semble être une comédie potache de prime abord (même si les Grolandais ont tout compris, ils n’ont pas une réputation de chanteurs d’opéra). Ne vous laissez pas berner, l’humour est parfaitement dosé, les concours de bière et les courses de vélo à poil ne vous ne séparent jamais du jeune Gunther. Un film qui fait ressortir le côté poétique des chansons grasses.

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[Entretien :] Emmanuel Burdeau

13 Oct

Herzog

Récemment, avec un ami, alors que nous étions tranquillement assis dans un parc, nous avons été attaqués par une horde de jeunes bourgeois en bermudas chics, jouant au golf comme des pieds, et qui faillirent d’ailleurs nous atteindre en pleine tête, à coups de drives de fer 5 complètement ratés… J’appris par la suite qu’il s’agissait en fait d’une nouvelle caste : les street-golfeurs. Comme je suis poli, je ne m’étendrai pas plus longuement sur cette anecdote… Tout ça pour vous dire que c’est le genre d’aventure rocambolesque qui arrive, assez souvent, au cinéaste Werner Herzog.

Mais oui , Werner Herzog ! Le réalisateur de Fitzcarraldo, de Aguirre, la Colère de Dieu, entre autres, mais aussi de Bad Lieutenant, Port of  Call New Orleans avec Nicolas Cage, à sortir prochainement, et dont on a déjà parlé sur ce site merveilleux. Werner Herzog est d’ailleurs l’objet d’un livre d’entretien : Manuel de Survie de Hervé Aubron et Emmanuel Burdeau (paru en décembre 2008). Le livre a été édité chez Capricci, dans le cadre de la rétrospective Werner Herzog, l’aventure cinéma organisée au Centre Pompidou, de décembre 2008 à mars 2009.
On nous y présente certains aspects de l’oeuvre du grand Werner, puis un long entretien lui est accordée, au cours duquel il nous conte, notamment, nombres de ses lubies (se promener dans les Vosges et squatter des maisons d’inconnus par exemple), mais aussi certaines de ces aventures dont je parlais précédemment : sans trop en dire, il a notamment sauvé la vie de l’acteur Joaquin Phoenix, sur qui il tomba par hasard, en voiture, à L.A. ; il s’est aussi fait tiré dessus en pleine interview…
A la lecture de ce long entretien, on constate qu’Herzog est à l’image de plusieurs des héros de ses films. Comme Fitzcarraldo décidant de remonter le courant du grand fleuve Amazone, Werner Herzog décide seul, s’en fiche pas mal d’être ou non à la mode, ou d’agir contre l’avis du plus grand nombre. C’est un personnage, à part entière.

Emmanuel Burdeau, co-auteur avec Hervé Aubron de Manuel de Survie, directeur de collection aux éditions Capricci, critique cinématographique, et ex-rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma a gentiment accepté de répondre à nos questions.

En quatrième de couverture, on apprend que Manuel de survie est le premier livre d’entretien avec Werner Herzog publié en français. Comment cela se fait-il ? Werner Herzog est-il si difficile d’accès ? Y a t’il un trop grand manque d’intérêt des francophones pour son oeuvre ?
Difficile d’accès, non. Werner Herzog a traversé une longue période du désert après Fitzcarraldo. Il est alors devenu persona non grata. Cette période est finie. Heureusement.

Pouvez-vous expliquer le titre du livre : Manuel de Survie ?
La survie est partout, chez Herzog. La sur-vie du sur-homme et la survie du rescapé. Son cinéma pense, montre le rapport entre les deux.
En outre, le livre parle autant de vie que de cinéma, c’est un livre sur l’expérience ; l’expérience d’un sur-homme et d’un rescapé. Nous tenions à ce que, dès le titre, le lecteur sente qu’il ne serait pas question seulement de films : l’enseignement est plus large. Et le manuel est un herbier, comme veut le montrer la page de garde.

Werner Herzog semble être comparable à certains des personnages de ces films : un être « bigger than life » comme disent les américains. L’entretien a-t-il parfois été compliqué du fait de sa personnalité exacerbée ?
Il est resté assis quatre heures. Pas un café, rien. Imperturbable. Trois sourires, une poignée de main. Quelques imitations. Parfait. Hervé Aubron et moi étions comblés.

Par moment, on ne sait pas s’il fait de l’humour, ou s’il est totalement sérieux, comme lorsqu’il vous parle de son prochain film : Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans, et qu’il dit ne pas connaître Abel Ferrara (« Ferrero, Ferrari ?… ») et encore moins ses films… Qu’en pensez-vous ?
Ferrero, Ferrari : blague dont nous avons peut-être été parmi les premiers auditeurs, et qu’il a depuis répétée partout, de Beaubourg à Venise.

Puisqu’on en parle, avez-vous vu Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans ? Si oui, votre avis…
Pas vu.

On a l’impression que Werner Herzog ne s’intéresse guère au cinéma récent, il ne parle que très peu de ses contemporains. Est-ce vraiment le cas ?
Je crois que c’est en effet le cas. Lascaux, la grotte Chauvet, les pingouins l’intéressent davantage. Mais quand il parle de pingouins, il n’oublie pas de moquer un film récent, La Marche de l’Empereur !

On est fasciné, dans l’entretien, par les divers anecdotes, parfois farfelues, parfois sidérantes, que vous conte Werner Herzog. Mais lors de l’entretien qu’il vous a consacré, s’est-il passé quelque chose d’étonnant ? Avez-vous été attaqué ?..
Tout était étonnant. Tout. Sa fluidité de conteur, son accent allemand, la moindre anecdote.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans l’oeuvre d’Herzog ?
La survie, encore une fois : sa pensée de la puissance et de l’impuissance, son amour des sauteurs à ski et des aveugles, des champions et des animaux.
Vu d’aujourd’hui, aussi, il aura été longtemps en avance, avec ses fables écologiques.

Quel est votre film préféré de Werner Herzog ?
Plusieurs. Signes de vie, Le Pays du silence et de l’obscurité, La Grande Extase du Sculpteur sur bois Steiner, L’Énigme de Kaspar Hauser, Grizzly Man.

Vous êtes au départ critique de cinéma. Y a-t-il un film récent qui vous a marqué ?
Les deux derniers : Funny People de Judd Apatow et District 9 de Neill Blomkamp.

Quels sont vos prochains projets ? Vous avez  un nouveau livre en préparation ?
Capricci publie début 2010 The Brakhage Lectures, de Stan Brakhage. Puis une nouvelle traduction , nouvelle édition, de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lacan sans oser le demander à Hitchcock, de Slavoj Zizek.

Enfin, ça n’a rien à voir, mais que pensez-vous du Street-Golf ?
Connais pas.

Propos recueillis par Marcel Ramirez

Interview Ruggero Deodato

23 Sep

Connu comme le « Monsieur Cannibale » du cinéma italien pour avoir réalisé Cannibal holocaust, Ruggero Deodato tourne des films depuis la fin des années 60 et a abordé tous les genres possibles et imaginables. Présent à Strasbourg, où il faisait parti du jury de la deuxième édition du FFEFS, il a accepté de se repencher sur sa carrière pour Cut.

Après plusieurs années d’assistanat, vous avez fait vos débuts officiels de metteur en scène avec Fenomenal et le trésor de Toutânkhamon en 1968. Comment avez vous été amené à le réaliser et pourquoi avoir débuté sur ce film-là ?

(rires) Je voulais arrêter de travailler comme assistant et on m’a proposé de passer à la réalisation. J’avais peur parce qu’il y avait beaucoup de bons réalisateurs à l’époque. Donc, un producteur m’a demandé si je voulais faire Fenomenal. C’était un film commercial que je ne devais pas signer de mon nom (Roger Rockfeller étant le patronyme qui figure au générique, NDR). J’ai dit ok parce que cela me permettait d’aller à Paris et Tunis. Et c’était l’occasion d’avoir une première expérience de réalisateur, ce dont j’avais très envie. C’était une opportunité.

Silvia Dionisio dans Una ondata di piacere

Silvia Dionisio dans Una ondata di piacere

Parmi vos premiers films, j’aime beaucoup Una ondata di piacere (1975).

Le film est venu plus tard. J’ai tourné beaucoup de comédies avant puis je me suis marié avec une actrice (Silvia Dionisio, NDR) qui a rapidement été très demandée. J’en ai eu assez de faire des films parce que quand mon agent m’appelait, ce n’était pas seulement pour moi, mais aussi pour avoir ma femme. Finalement je suis parti à Milan pour faire des publicités. Puis deux ans après, on m’a proposé Una ondata di piacere. Le film devait se tourner en Sicile. C’était un thriller avec des éléments érotiques. J’avais envie d’accepter, mais ma femme m’a dit « Non, tu ne peux pas le faire, ou alors avec moi. » (rires) Elle s’est arrangée pour pouvoir le tourner, malgré son statut de star. Elle m’a dit: « Ça ne fait rien, je le fais pour un petit cachet parce que sinon, tu ne peux pas le réaliser ! » (rires) Sur le moment, j’ai détesté ce film parce qu’il y avait ma femme pour la première fois nue à l’écran, mais quand je le revois maintenant, je me dis qu’il est pas mal dans son atmosphère érotique et criminelle.

C’est difficile de tourner sur un bateau ?

Terrible ! Le capitaine, comme le bateau, étaient anglais. Tous les jours, on partait avec le soleil, de Palerme – on tournait à Cefalu – et le capitaine disait: « On va avoir une tempête dans dix minutes ! ». C’était jamais vrai, il faisait un grand soleil ! (rires) Mais le film a été très dur à faire.

Vous vous souvenez un peu des acteurs, John Steiner et Al Cliver ?

J’ai tourné beaucoup d’autres films avec John Steiner par la suite. Avec Al Cliver non, parce que…

Il avait un beau visage mais c’était pas un grand acteur. Je l’ai revu il y a deux mois à une convention en Allemagne, il n’a plus de voix (Al Cliver est atteint d’un cancer de la gorge, NDR). (rires) C’est triste.

Le grand John Steiner, Una ondata di piacere

Le grand John Steiner, Una ondata di piacere

Live like a cop, die like a man, que vous avez fait juste après, m’a laissé assez perplexe. Le film est très divertissant, mais on y voit quand même des policiers tirer sans sommation sur des malfrats avant même que ceux-ci n’entrent dans la banque qu’ils ont prévu d’attaquer !

C’est une espèce de western (rires). Avec des chasseurs de primes. J’aime beaucoup ce film parce qu’il a eu un grand succès et que grâce à ce succès, ma vraie carrière a commencée. Un producteur m’a appelé pour faire Le dernier monde cannibale. Tarantino m’a dit qu’il trouvait la poursuite en moto fantastique. Elle a été tournée en pleine ville. C’était possible à l’époque, mais ça ne le serait plus aujourd’hui. Je l’aime beaucoup aussi parce que c’est mon premier film qui a été fait avec le style Deodato. En mettant une musique douce sur une scène cruelle, par exemple. Pour moi, c’est mon vrai début de carrière. Lire la suite

Entretien avec François-Xavier Taboni et Mathias Ulrich

31 Août

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Mathias et FX ont fait une petite infidélité à Cut : ils sont co-signataires d’un ouvrage collectif dédié au cinéaste Lucio Fulci. La sortie de ce livre unique, par ces auteurs exceptionnels, ne pouvait logiquement pas ne pas être signalée ici. C’est chose faite. En bonus, retrouvez ci-dessous Mathias et FX en interview audio –ils réagissent à trois images (photos, dessins) qui se rapportent au livre et ça dure 15 minutes.

Le livre, lui, est disponible sur le site des éditions Bazaar & Co.

Twenty Show

17 Juil

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Il y a quelques mois avait lieue la première diffusion du Twenty Show sur la chaîne de télévision Arte à 23h10. Le Twenty Show est né de l’esprit de Bruno Nahon, 34 ans, producteur de télévision membre de Zadig Productions. Très inspiré par le film Hitler… connais pas ! de Bertrand Blier et par les vidéos-blogs américains, Bruno Nahon s’est décidé d’engager cinq acteurs d’environ vingt ans : François Civil, Leila Bekhti, Julien Bouanich, Anna Mihalcea et Bourouka Mohamed, qui se sont glissé sous la peau de Victor, Yasmine, Martin, Mia et Oumi pour réaliser des vidéos-blogs de fictions dans lesquels ils aborderaient des situations et des réflexions. Le vidéo-blog, pour résumer de façon ultra brève, consiste à se filmer avec sa caméra ou webcam et de s’y confier. Dans le cadre du Twenty Show, les vidéos ont été mises en ligne sur MySpace sous forme de « webizodes » d’environ 3 minutes. Le but était d’attirer l’attention et peut-être de donner envie à d’autres personnes de faire leur propre vidéo… ce qui est arrivé et ce qui en a constitué le film Twenty Show, véritable ovni télévisuel.

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