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Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 11)

20 Sep

// STARDUST – Matthew Vaughn //

Michelle Pfeiffer jouera le rôle de Jeanne Moreau dans le prochain biopic d'Olivier Dahan.

Matthew Vaughn est devenu une figure de l’entertainment en 2010 avec Kick Ass, splendide coup de pied dans la fourmilière du film de super héros. Son premier coup de maître est toutefois sorti très discrètement en 2007, et a été sabordé par une volonté du distributeur de l’inscrire de la sillon de Narniais.

Stardust est pourtant adapté d’un roman de Neil Gaiman, auteur fantastique parmi les plus récompensés de notre temps (Coraline, The Graveyard Book, De bons présages). Gaiman jette sur le papier un roman d’apprentissage, une véritable féérie, un récit candide et puissant. Vaughn pose sur l’ouvrage un regard de producteur, qui servira admirablement l’adaptation. En effet, avant d’être cinéaste, l’homme a mis le pied à l’étrier à la coqueluche british des années 90, Guy Ritchie.

Passé derrière la caméra en 2004 pour Layer Cake, il agit avec prudence, choisit ses sujets, diversifie les genres. Vaughn pense son audience, répond à des besoins. Il a une vision globale des attentes du public. Il ne fait pas un cinéma égocentrique. Le résultat de ce processus, Stardust, est une œuvre formidablement généreuse.

Le cinéma de divertissement contemporain n’a qu’un cœur de cible : l’adolescent. Mais Vaughn vise les gamins, touche les adultes. On pourra penser à la démarche de Spielberg dans les années 80. On ne manquera pas d’évoquer Princess Bride de Rob Reiner. Stardust touche de 7 à 77 ans, avec une histoire d’une confondante naïveté qui a le mérite d’être menée avec une grande sincérité.

Mais le conte de fées, par définition, ne devrait pas toucher la corde sensible des adultes. Alors le cinéaste convie les vieilles gloires, fait jouer à Michelle Pfeiffer une sorcière avec le lifting en berne, à De Niro un pirate un peu tante qui peine à faire son coming out. La parodie ne prend jamais le pas sur l’histoire. La grande qualité de Stardust, c’est l’équilibre, entre l’humour et l’aventure, entre la candeur et la gravité, entre les promesses faites aux gosses et tenues aux adultes.

Un divertissement sans cynisme, et qui n’a pas pour fonction première de vous fourguer un jouet, ca ne se refuse pas. What do stars do ? They shine.

Greg Lauert

A savoir : le nom du personnage de De Niro (Capitaine Shakespeare) doit être vu comme un double sens. Spear, en anglais, signifiant la lance. Je n’irais pas plus loin dans l’interprétation douteuse.

Fiche technique : Stardust de Matthew Vaughn // 2007 // 127 minutes // 2.35 : 1 // Avec Charlie Cox, Claire Danes, Robert De Niro, Sienna Miller, Ricky Gervais, Mark Strong et la voix de Ian Mc Kellen

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[dvd :] 12 – Nikita Mikhalkov

12 Sep

En 2010, Nikita Mikhalkov était à Cannes pour défendre Soleil trompeur 2. Au mois de février, près de trois ans après la Russie, sortait en France 12, son adaptation du classique Douze Hommes en colèrede Sidney Lumet (1957), d’après la pièce de Reginald Rose. Le cinéaste n’avait plus rien tourné depuis Le Barbier de Sibérie en 1998. Dans sa version, Mikhalkov reprend l’intrigue – douze jurés sont enfermés pour statuer sur la culpabilité d’un jeune homme accusé de parricide -, tout en la transposant dans la Russie contemporaine. Hispanique dans la version de Lumet, l’accusé devient un jeune Tchétchène dans 12, et son père adoptif, un officier russe.

Sans se dérouler dans la salle d’audience comme Autopsie d’un meurtre, d’Otto Preminger (1959), Douze Hommes en colère s’inscrit dans une longue tradition de films de prétoire, profondément ancrés dans la culture américaine où les institutions sont reines. Qu’ils glorifient les vertus de leurs institutions judiciaires ou au contraire qu’ils en dénoncent les failles, ces films finissent d’ailleurs tous, consciemment ou non, par leur rendre hommage. Douze Hommes en colère s’intéresse ainsi de près à l’établissement des faits, et s’interroge sur la manière dont les préjugés des uns et des autres, positifs ou négatifs, peuvent interférer avec l’administration de la preuve. Ici, les doutes d’un seul finissent par épargner la chaise électrique à un innocent. Là, c’est la plaidoirie pleine d’éloquence d’un avocat qui pourra emporter l’adhésion du jury. Dans chaque cas, le spectre de l’erreur judiciaire est écarté grâce à toutes sortes de rebondissements qui ne doivent bien souvent pas grand-chose à la vérité elle-même. Le Bûcher des vanités, de Brian de Palma (1990), est à cet égard exemplaire. Victime d’accusations mensongères, le personnage de Tom Hanks ne s’en sort que grâce à un autre mensonge. On retrouve une telle mise en évidence des faiblesses du système chez Mikhalkov. Chaque juré vient avec ses motivations propres – l’un d’eux veut aller vite parce qu’il a un rendez-vous d’affaires, donc il se rangera à l’opinion de la majorité quelle qu’elle soit – ou avec son histoire propre – un autre juré a déjà été agressé par des Tchétchènes -: autant d’éléments à charge ou à décharge sans rapport avec la vérité.

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[dvd :] TICKETS – Ermanno Olmi, Abbas Kiarostami, Ken Loach

12 Juin

tickets-dvd

Présenté au festival de Berlin en 2005, Tickets n’est discrètement sorti en salle, en France, que fin 2007. Et qui l’a vu à l’époque ? Qui s’est aventuré dans ce saut d’obstacles que constitue : un « film à sketchs » réalisé par trois metteurs en scène à la réputation certes flatteuse, mais pas particulièrement fédérateurs –seuls les films (parfois surévalués) de Ken Loach bénéficient d’une large diffusion… Aller voir Tickets n’allait pas de soi, pourtant, une fois ces barrières franchies, l’expérience s’avérait plaisante ; Tickets = bonne surprise.

Alors pourquoi est-ce qu’au moment de chroniquer le dvd : re-belotte, re-réticences ? Réticences aggravées par le fait que la présente édition ne comporte pas de supplément. Le film se suffit-il à lui-même ? Gagne-t-il à être revu ? Sur un petit écran en plus ? Réponse : dans la catégorie des films que l’on s’impose, Tickets passe aussi l’épreuve du dvd…

Tickets a pour décor principal un train européen à destination de Rome. On commence élégamment ce périple avec Olmi qui insère un pharmacologue rêveur dans un environnement bondé et ultra sécuritaire. Ce segment navigue hors du temps, mais les fantasmagories qui traversent le personnage principal s’érodent finalement face à une situation honteuse dont l’élément déclencheur est un militaire habilement escamoté sitôt son rôle accompli. Changement de wagon, d’histoire, d’univers. Kiarostami prend la relève et nous fait voyager en 1e classe avec une Madame-sans-gène irascible, flanquée d’un joli jeune homme qu’elle tyrannise. On rigole, on suppute, on s’attriste fugacement et puis on change encore une fois de wagon. Dans le dernier segment, Loach confronte trois turbulents jeunes supporters d’un club de football, des Ecossais, à une famille d’Albanais. Un ticket manque, un cas de conscience se pose…

Outre évidemment le train (formidable microcosme propice à toutes sortes d’observations, d’extrapolations), ces trois histoires ont en commun une vision bienveillante de l’Homme –malgré la grossièreté ou l’indifférence de certains individus. C’est par moments un chouïa trop édifiant, mais ce que l’on retient, in fine, ce sont bien ces estimables  bonnes dispositions envers le genre humain…

…Hum. À quand un Tickets 2 réalisé par Gaspar Noé, Lars von Trier et Bruno Dumont ?

Jenny Ulrich

[dvd :] FRAGMENTS SUR LA GRÂCE – Vincent Dieutre

17 Fév

fragments

Éd. Montparnasse

Encore marqué par Leçons de ténèbres, il est difficile de ressentir autant d’enthousiasme à la vision de Fragments sur la grâce. Vincent Dieutre explore pourtant une forme qui lui a déjà réussi, entre essai, documentaire, journal intime et reconstitution. Mais le discours du réalisateur, qui mène une enquête cinématographique sur le jansénisme et sur son centre névralgique, l’abbaye de Port Royal, est beaucoup trop pointu pour un non initié. De plus, la forme éclatée du film nuit à la compréhension de l’ensemble et laisse rapidement son spectateur sur le bord du chemin.

Et c’est là, pour une fois, qu’on éprouve plus de plaisir à la vision des suppléments qu’à celui du film lui-même. En bonus est en effet proposé Sur la grâce (esquisse), captation d’un spectacle donné à Beaubourg, à un moment où Vincent Dieutre ne parvenait pas à monter son film. Le dispositif de ce work in progress est d’une simplicité exemplaire : Vincent Dieutre et Mathieu Amalric, sur scène, devant des projections vidéos d’images tournées par Dieutre, lisent tour à tour des extraits choisis de textes que l’on retrouvera dans le film, ainsi que plusieurs notes d’intention du cinéaste. Tourné en plan fixe, avec une qualité d’image et de son limitées, ce document fascine immédiatement, à l’inverse du produit fini.

L’épure visuelle et scénique semble mieux convenir à l’évocation de la pensée des premiers jansénistes et la recherche de la grâce espérée par Vincent Dieutre.

François-Xavier Taboni

[dvd :] J’AI TRÈS MAL AU TRAVAIL – Jean-Michel Carré

13 Fév

travail

Éd. Montparnasse

D’après une enquête menée auprès de 6000 personnes, le travail arrive en deuxième position comme condition du bonheur, juste après la santé mais devant la famille. Voilà une des réalités qu’on apprend en visionnant J’ai très mal au travail (de Jean-Michel Carré). Déconcertant. Et forcément on s’interroge. Et moi, qu’aurais-je répondu ? Car ce film appelle sans cesse à ramener la couverture à soi. C’est déjà une bonne chose.

En donnant la parole à différents corps de métiers, Jean-Michel Carré tente de démontrer, ce qui est résumé, de façon abrupte, dans le dossier de presse : travailler tue. Trop souvent encore, on pense que si on a la chance d’avoir un travail, il est mal vu de se plaindre. Jean-Michel Carré n’est pas de cet avis. Son point de vue est absolument limpide. Auprès de salariés, de psychologue ou de politologues, il propose une approche, à charge, de ce qu’est devenu aujourd’hui le monde du travail. Stress, dépression, harcèlement, suicide. C’est la dure réalité du monde du travail ; les chiffres, que le réalisateur ne se prive pas de donner, le prouvent. Mais ce sont encore les salariés qui en parlent le mieux. Comme cette femme qui travaille dans une usine de tissu et qui ne supporte plus de voir les fils toujours orientés dans le même sens. Ou cet agent de sécurité chez Carrefour obligé de monter des coups tordus parce qu’il faut trouver un motif de licenciement à telle ou telle salariée.

Les managers expliquent, quant à eux, qu’il est normal d’évaluer les salariés, qu’ils le font avec humanité, mais il suffit d’assister à un entretien dans une entreprise de télémarketing pour réaliser à quel point c’est avilissant. Côté multinationale, le stress est là mais de façon beaucoup plus insidieuse. Ceux qui témoignent le font à visage caché. L’un d’eux choisit comme tenue de camouflage un écran d’ordinateur, dans lequel il a mis la tête (sans blague…). Il raconte ainsi son expérience, éprouvante, en dodelinant de la tête, un coup à droite, un coup à gauche, la tête enfournée dans l’écran d’un vieux PC. À ce stade-là, on ne frise même plus le ridicule, on s’y jette à pieds joints. Passons. Cet homme a choisi l’anonymat, ce qui en dit long sur la solitude qui règne dans ces milieux. On est loin des élans de solidarité que peuvent représenter les piquets de grève.

On est partagé, à la vision de ce documentaire, car il inspire deux sentiments opposés. En ponctuant ses entretiens d’extraits de films ou de publicités ayant attrait au travail, Jean-Michel Carré lui donne un côté léger souvent même très drôle car les extraits ont été majoritairement bien choisis. D’un autre côté, les entretiens avec un sociologue, un politologue ou une psychiatre sont très riches, à tel point qu’on en perd le fil. Le film prend alors une tournure plus encyclopédique, voire universitaire. Sentiment qui se confirme avec les bonus. On y retrouve l’intégralité de certains entretiens clés, chapitrés. Au total plus de 3 heures de programmes. C’est long et peu instructif, car si on arrive au bout, on n’en retient pas grand chose.

A noter aussi, dans les bonus, un moyen-métrage de Basile Carré-Agostini Cinq hommes et un garage, ou comme son nom l’indique, la chronique, au quotidien, de cinq hommes qui travaillent dans le même garage mais n’ont pas la même fonction ni la même place dans l’échelle sociale. C’est, en quelque sorte, le microcosme de la vie en entreprise. On pense très fort à « Strip-Tease », l’émission belge diffusée sur France 3. C’est pourtant une bonne façon d’illustrer le propos du documentaire.

Si le sujet vous intéresse, sachez qu’il a intéressé aussi d’autres réalisateurs. Comme Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau dans Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés (2006) ou Pierre Carles, avec Attention danger travail (2003) et Volem rien foutre al païs (2007). De quoi nourrir sa réflexion sur un sujet, dont on n’a certainement pas tout dit.

Fanny Lépine

CALIFORNIA DREAMIN’ – Cristian Nemescu

28 Oct

Éd. Carlotta

Les observateurs attentifs auront pu noter que le cinéma roumain s’exporte très bien depuis deux ans. Une Palme d’or à Cannes est la garantie d’une attention particulière portée à un courant cinématographique. Après le succès de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, de Cristian Mungiu, les distributeurs embrayent donc sur d’autres cinéastes du même terroir. Carlotta n’est pas en reste, puisque le très exigent éditeur français propose une édition soignée de California Dreamin’ de Cristian Nemescu.

Egalement primé à Cannes, mais dans la compétition Un certain regard, cette œuvre ambitieuse restera une œuvre unique. En effet, son auteur est décédé l’année passée, et il ne laissera à la postérité cinéphile que le contenu du coffret chroniqué dans ces lignes. California Dreamin’ s’attache à conter l’histoire d’un train de l’OTAN bloqué en 1999 dans la campagne roumaine. La puissance militaire y est soumise au bon vouloir d’un petit truand local. Les soldats s’attardent dans ces terres reculées, fréquentent la population locale, cultivent avec eux les différences et les accointances. Nemescu évoque les différents entre les nations, et expose surtout l’espoir insensé des jeunes roumains voyant dans ce train, dans ces soldats, une projection de leurs désirs. Mais l’ampleur de la fresque, le ton tantôt désuet, tantôt grave et les personnages loufoques ramènent le cinéphile à un autre grand cinéaste ayant approché le dialogue entre les peuples, à savoir Emir Kusturica. De fait, Nemescu peine à convaincre avec une histoire à la fois très ambitieuse, et un concept bien peu original.

Le moyen métrage présent sur le second disque du coffret laisse entrevoir une facette bien plus intéressante du cinéaste. Marilena de la P7 est une œuvre urbaine, une sorte de conte initiatique narrant la fascination d’un adolescent pour une prostituée. Si le film est court, il n’en est pas moins intense, passionné. La jeunesse roumaine semble là évoquée avec bien plus de justesse et de truculence. Cette sincérité dans la description de la fin de l’enfance pourra rappeler à certains la première heure de Once upon a time in America de Leone. Le film n’est toutefois pas une simple boutade adolescente, mais une œuvre tragique sur le désir, et l’espoir déçu. Cet espoir déçu d’une jeunesse rivée à sa terre, à ses racines et à son béton, pourrait être la jonction entre les deux films de Nemescu.

Le cinéaste embrasse les désirs de son peuple à l’heure de l’Europe et de l’ouverture vers l’ouest. Il présente une Roumanie affranchie de son passé, fougueuse et volontaire, mais qui n’a pas (encore) les moyens de ses ambitions.

Greg Lauert

Spider (court-métrage de Nash Edgerton)

23 Août

Voici une petite « parenthèse » sur une découverte plutôt intéressante : le court métrage Spider. Avant de parler du film, il serait peut-être préférable de présenter un peu son jeune réalisateur : l’australien Nash Edgerton, au CV bien rempli.

Entre 18 et 20 ans, Edgerton débuta dans le cinéma en tant que cascadeur professionnel dans des films comme Street Fighter ou Power Rangers, le film (fallait bien commencer quelque part…) pour enchaîner avec Dark City, La Ligne rouge, la trilogie Matrix et récemment Solitaire (pour être plus précis, il a déjà collaboré à près d’une centaine de films (pour le cinéma et la télévision) et séries). Parallèlement, il fit ses premières expériences en tant que réalisateur avec le court métrage Loaded (1996). Mais c’est Deadline (1997) qui lui permis de se faire un peu remarquer et de remporter un prix à Tropfest. Il réalisera ensuite quelques clips musicaux et d’autres courts métrages (dans lesquels il assurera presque à chaque fois la production, le montage, le rôle principal et la plupart des cascades). Il vient de réaliser son premier long-métrage : The Square, prévu dans nos salles françaises pour le 21 janvier 2009, théoriquement.

Si Nash Edgerton est intéressant en tant que jeune réalisateur, c’est pour sa jolie maîtrise du plan séquence et de la cascade, son utilisation élégante du cinémascope, et la modération avec laquelle il utilise les paroles et la musique (principalement dans les courts Lucky et Spider). En voyant ses films, on pourrait peut-être lui reprocher de ne pas toujours être assez objectif, de s’attacher un peu trop à l’aspect technique et de livrer des twists quelques fois prévisibles, mais pour un réalisateur qui s’essaie, les résultats sont carrément honorables.

Et parmi ces résultats, il y a Spider. En partant d’une idée des plus simples (au volant d’une voiture, une femme fait la gueule à son copain parce que celui-ci lui fait des blagues qui vont souvent trop loin) et en faisant part d’une réelle sensibilité envers les personnages et les choses qu’ils croisent, Edgerton parvient à livrer un regard intéressant sur la conséquence de leurs actes (pourtant si simples et naïfs) et de leurs intentions (parfois bonnes) et à livrer un final surprenant, à la fois drôle et triste, dans lequel il nous est offert un plan séquence qui stimule la curiosité. Lire la suite

DVD : 24 mesures (de Jalil Lespert)

20 Août

24 mesures, ce n’est pas ce qu’il faut pour jouer un morceau de jazz ou de blues. En fait, il en faut juste 12. Cela, Jalil Lespert ne l’a su qu’après. Une fois qu’il avait déjà choisi le nom de son film. Alors tant pis. Ce nom lui a plu, il n’a pas voulu en changer.
La référence musicale ne tombe pas par hasard. La musique est partout dans ce film, premier long-métrage d’un acteur reconnu (et cesarisé pour son rôle dans Ressources humaines, de Laurent Cantet). Jalil Lespert a écrit l’histoire comme un morceau de free jazz. A quatre mains, avec Yann Appery, un ami écrivain (auteur de Farrago, Prix Goncourt des Lycéens). Ses personnages, il les a envisagés comme des instruments de musique au service d’une même composition.
Et puis, 24 mesures, cela tombait bien puisque que c’est justement en 24 heures que se déroule le film. Ou plus exactement la nuit de Noël, un 24 décembre. Tiens ? …Unité de temps mais surtout pas de lieu en encore moins d’intrigue. On est donc loin de la bienséance dramaturgique.
A l’origine, il y a Helly, une jeune droguée, forcément paumée, qui espère bientôt récupérer la garde de son fils. Helly grimpe dans le taxi de Didier, le soir de Noël. Puis elle se fait renverser par Marie et danse avec Chris. À la fin, on aura croisé quatre paumés. Quatre personnages, non pas en quête d’auteur, mais d’une raison de vivre.
Vaste entreprise dans laquelle Jalil Lespert se jette à corps perdu. Avec plus ou moins de succès. Benoît Magimel est fantastique et son personnage délicieusement ambigu. Prépare-t-il un sale coup ? On ne veut pas y croire.
Lubna Azabal qui interprète Helly est moins convaincante. Le rôle de la mère junkie est sans doute trop éculé. Peut-être n’a-t-elle pas su renouveler le genre. Bérangère Allaux ne sauve pas la mise et manque de passer à la trappe. Rendons donc hommage à Clothilde Hesme, la lumineuse, qui brille dans une scène de lesbiennes trash. Quant à Sami Bouajila, on regrette qu’il apparaisse si tard et si peu.
Malgré tout Jalil Lespert est un réalisateur prometteur. Et 24 mesures un film audacieux.

Fanny Lépine

24 mesures, de Jalil Lespert (Ed. MK2)
Avec Lubna Azabal, Benoît Magimel, Sami Bouajila, Bérangère Allaux

Sortie DVD le 21 août. Bonus : De retour (un court-métrage de 23 minutes de Jalil Lespert) et un Making of de 12 minutes.