[à l’affiche :] JEUNE & JOLIE – François Ozon

9 Sep
Ozon le dire, c'est chiant.

Ozon le dire, c’est chiant.

François Ozon a commencé sa carrière dans la transgression absolue, à cuire des rats au micro-ondes pour jouer les ersatz de John Waters. Son cinéma s’est peu à peu institutionnalisé et flirte maintenant avec le classicisme absolu. De ses jeunes années, il ne reste que le stakhanovisme et un goût immodéré pour la référence (Sirk, Cukor, Fassbinder).

Jeune et jolie promettait un retour à l’ambiguïté salace, au trouble nécessaire. Mais Ozon, cinéaste bourgeois trop longtemps occupé à faire tourner les vieilles gloires, peut-il encore s’employer à choquer le bourgeois ?

Sa livraison annuelle n’est que l’aveu d’une sensibilité abdiquée, étouffée sous les standards de la production cinématographique contemporaine. Jeune et jolie aurait pu être nauséabond et déstabilisant, majeur dans la perversion comme un Buñuel ou joyeusement frondeur comme un Ferreri. Il est beaucoup, beaucoup de choses, et puis il n’est rien. Il est moderne, dans sa manière de servir le critique, le spectateur, le journaliste, le festivalier. Il faut se remémorer la métaphore du joueur de tennis, énoncée par Serge Daney. Le cinéaste sert, le critique renvoie. Le cinéma devient un jeu de dialogue entre le créateur et l’analyste.

Mais Ozon, peu sûr de son service, jette cent balles à la fois, toutes plus inconstantes les unes que les autres. Son nouveau film est un foutoir aux mille arguments. Isabelle entretient une relation quasi incestueuse avec son jeune frère. Isabelle interpelle sa mère sur sa propre infidélité. Isabelle est le miroir des excès de l’adolescence. Isabelle est le produit d’une société de consommation. Isabelle cherche dans ses errances  une figure paternelle. Isabelle est juste une petite emmerdeuse qui fait la gueule en permanence et s’emploie à faire chier son entourage.

Ozon propose, et le spectateur est libre de saisir, d’interpréter, d’affirmer. Or, l’affirmation devrait être le propre du cinéaste. Sans militantisme, le réalisateur a pour rôle de faire un choix. Jeune et jolie est une œuvre à la carte, polie, caressante, doucereuse, à l’image de son personnage principal dépouillé de tout éclat. Même son terme prend la dimension de poupées russes.

François Ozon pourrait clore son œuvre par un baiser sur un pont, l’image d’une jeune fille qui danse, mais il en ferait un geste romantique. Il pourrait s’arrêter sur le téléphone qui redémarre et serait alors cynique. Il pourrait faire du rapport sexuel expert avec le jeune homme sa coda, et la note serait presque humoristique. Le fait d’introduire Charlotte Rampling n’est qu’un rappel à sa propre œuvre, un détour narcissique et une fois encore évasif.

Jeune et jolie ne satisfait que le critique, dans la mesure où son imprécision est une porte ouverte à toutes les interprétations. Si certains y verront une œuvre stimulante, il n’est pas impensable de voir en Ozon un roi fainéant, trop régulier et sûr de son cinéma jusqu’à l’arrogance.

En l’occurrence, dire qu’il s’agit d’un film de pute aurait été un compliment. Il n’a même pas assez à cœur de satisfaire son public pour mériter ce qualificatif.

Greg Lauert

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Une Réponse to “[à l’affiche :] JEUNE & JOLIE – François Ozon”

  1. Ange d'Houblevet lundi 30 décembre 2013 à 70709 #

    Assez juste, je me suis également beaucoup ennuyé. Comprendre le cinéma d’Ozon, c’est admettre l’inconstance et la superficialité des temps modernes…

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