Archive | Films années 1920 RSS feed for this section

[dvd :] Le cinéma de Max Linder

26 Nov

Ed. Montparnasse

Depuis bien longtemps déjà, Maud Linder, fille de Max Linder, tente de faire revivre pour le public le cinéma de son père, pionnier du cinéma muet, de la comédie, et inspirateur, entre autres de Charles Chaplin.

Présenté comme le premier pas d’une entreprise de mise en lumière de l’œuvre de Linder, ce coffret est une parfaite introduction pour les néophytes.

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[dvd :] ERICH VON STROHEIM MYSTÉRIEUX

28 Juil

Éd. Artus films

Erich von Stroheim, le cinéaste intransigeant, scandaleux et dépensier des Rapaces et de Folies de femmes, « l’homme que vous aimerez haïr » des studios Hollywoodiens, stoppe sa carrière de réalisateur au début des années 1930. Le parlant ne le convainc pas et il en a assez de se battre pour imposer sa vision d’auteur en avance sur son temps. Il devient acteur mais pour l’Amérique son emploi ne change pas. Il est et restera l’homme que vous aimerez haïr. Le coffret DVD concocté par Artus – contenant quatre films tournés entre 1929 et 1946 – le présente invariablement dans le même rôle d’arrogant détestable éternellement malheureux en amour du fait de son caractère exécrable.

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[dvd :] L’AURORE / CITY GIRL – F.W. Murnau

16 Déc

Ed. Carlotta

Tombée en amour pour les films de Frank Borzage récemment édités par Carlotta, j’ai évidemment trépigné de joie quand s’est profilée à l’horizon la possibilité de découvrir/chroniquer, chez le même éditeur, les œuvres contemporaines de Friedrich Wilhem Murnau. D’autant que les deux réalisateurs travaillaient pour le même studio, celui de William Fox, et que quand Borzage employait Janet Gaynor dans son Heure suprême c’était de nuit car le jour elle était mobilisée par Murnau pour L’Aurore (si je me souviens bien)…

L’Aurore, voilà un titre qui résonne dans la grande mémoire cinéphile collective. On en a tous, c’est presque sûr, vu au moins des extraits et entendu parler, etc. Mais moi, je n’avais jamais eu l’occasion de le voir en entier. Et évidemment ce qui devait arriver arriva : déception. Mais hop-hop-hop, pas de crime de lèse majesté sur ce coup-là, la déception n’a pas duré, le film a fait son nid et avec le temps (peu de temps), il s’est imposé comme quelque chose de beau et fort. Le seul bout de réserve qui me reste concerne la structure que je trouve un peu déséquilibrée : un brin trop lourd, trop noir, trop larmoyant au début –cette impression se corrigera peut-être, sans doute, lors d’un prochain visionnage, car j’ai déjà envie de revoir le film. Au départ, ça se passe à la campagne, une vamp de la ville détourne le mari d’une courageuse femme au foyer (Janet Gaynor affublée d’une ignoble perruque blonde : là, le temps ne fera probablement jamais rien pour me réconcilier avec ce malheureux choix capillaire). La vamp pousse le mari à noyer sa femme, il accepte. Mais ne réussit pas à passer à l’acte et poursuit son épouse traumatisée jusqu’à la ville, implorant son pardon. Une fois réconciliés, ils goûteront aux charmes vibrionnants de la cité, avant de s’en retourner chez eux pour un troisième acte où le destin soufflera le chaud et le froid. Pas à dire, ça s’imprime sur la rétine, surtout les scènes de ville.

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[cinéphilie :] Jean-Claude Carrière

15 Déc

Jean-Claude Carrière (scénariste, écrivain) était à Strasbourg pour présenter, dans le cadre de la rétrospective Pierre Etaix, Yoyo (si vous le souhaitez vous pouvez écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star), co-écrit avec et pour Etaix, l’homme avec lequel il a fait, dans les années 60, ses premiers pas cinématographiques : Le soupirant est leur premier long métrage, ils en ont co-signé quatre en tout. Les films d’Etaix ont été invisibles pendant des années à cause d’un embrouillamini juridique, mais désormais on peut les revoir en salle distribués par Carlotta (jusqu’au 28 décembre au cinéma Star à Strasbourg, par exemple) ou en DVD co-édité par Studio 37 et Arte. Étaix le Clown qui a collaboré avec Tati a eu le même genre de problèmes que son aîné pour continuer à faire des films, mais avec ce regain d’intérêt pour son œuvre, les financiers se réveillent et Jean-Claude Carrière évoque un nouveau projet en gestation… En attendant, il nous livre ses souvenirs et impressions à l’énoncé des titres suivants.

AVIDA (Gustave Kervern et Benoît Delépine)

J’étais très heureux quand on m’a proposé de participer à Avida –non pas du tout que j’aime ces gens-là hein, non pas du tout, au contraire-, j’étais très heureux parce qu’on m’a proposé un rôle de méchant : personne n’a jamais résisté à ça !

LES VACANCES DE MONSIEUR HULOT (Jacques Tati)

Je crois que dans l’œuvre de Tati, Les vacances de Monsieur Hulot, qui est le deuxième film qu’il a réalisé, reste quelque chose de très-très rare. Il y a un mystérieux équilibre dans le film, il y a une grâce. C’est un film sans aucune histoire, c’est comme une chronique de quelques journées de vacances et en même temps on est constamment attaché par ce qui arrive, non pas AU personnage mais A CAUSE du personnage. J’ai écrit un roman d’après Les vacances de Monsieur Hulot, ça a été un de mes premiers travaux littéraires, et j’avais imaginé qu’un des personnages secondaires du film, le petit vieux qui se balade toujours avec sa femme et qui dit « Ah un bateau », « Ah un coquillage », etc., cette année-là a ses vacances métamorphosées par la présence de Hulot. Et en un sens, Les vacances de Monsieur Hulot, à l’époque, avait métamorphosé le cinéma français.

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Retour sur… THE LODGER – Alfred Hitchcock

2 Déc

Premier « Hitchcock Movie », comme le dit à l’époque le maître au cours de son entretien fleuve avec François Truffaut dans l’indispensable Hitchcock-Truffaut (Ed. Gallimard), The Lodger : A Story of the London Fog est évidemment une histoire criminelle. C’est aussi la matrice du cinéma à venir du cinéaste anglais.

On y retrouve deux thèmes importants : celui du faux coupable et celui du protagoniste au comportement ambigu (comme on en verra plus tard dans L’Ombre d’un doute ou Soupçons).

Toujours dans le même entretien, Hitchcock révèle que sa défiance vis à vis du star system date de ce film, la célébrité de l’acteur principal (Ivor Novello, qui jouera dans le Hitchcock suivant, C’est la vie) l’empêchant de pousser jusqu’au bout sa logique d’ambiguïté et lui refusant la fin ouverte qu’il avait envisagée au départ. Ce classicisme imposé de l’intrigue est la faiblesse d’un film qui vaut surtout pour les inventions plastiques du réalisateur, qui sont, comme à l’habitude chez lui, au service de la narration.

Celles-ci sont concentrées dans la première partie du récit et on retiendra notamment le plancher invisible et l’astuce qui permit au réalisateur de mettre en évidence les cheveux blonds de la première victime retrouvée dans la rue. Cheveux blonds qui semblent être à l’origine d’un des titres français du film, Les Cheveux d’or (avec Meurtres et L’Eventreur), même s’il est difficile de retrouver aujourd’hui des traces d’une sortie en salles à l’époque (mis à part une affiche francophone mentionnant un distributeur, Mappemonde Film). Ce qui explique pourquoi le distributeur, Carlotta, annonce The Lodger comme un film « inédit » du maître.

François-Xavier Taboni

Note : Si The Lodger est le premier « Hitchcock Movie », le cinéaste avait auparavant tourné un thriller qui reste inachevé, Number 13, repris en main un court métrage, Always Tell Your Wife, et signé deux films, The Pleasure Garden et The Mountain Eagle, dont le second, considéré comme perdu, n’est pas tenu en très haute estime par son réalisateur.

[dvd :] Coffret Frank Borzage

1 Déc

Ed. Carlotta

L’éditeur l’annonce fièrement, il s’agit d’une exclusivité mondiale. Pour la première fois ces quatre films, pièces maîtresses de la carrière du cinéaste Frank Borzage, sont réunis en coffret DVD –aussi disponibles en Blu-ray. Comme souvent Carlotta use légitimement d’effets d’annonce qui ailleurs paraîtraient creusement tapageurs : Frank Borzage, à la fin de l’ère richissime du cinéma muet était bien (et demeure post mortem) « un maître du cinéma hollywoodien ! ».

Avec mon camarade FX, nous nous faisions récemment la réflexion qu’il y aurait des choses passionnantes à découvrir du côté du cinéma muet made in USA, mais que les studios hollywoodiens ne se préoccupent pas beaucoup de valoriser leur catalogue dans ce domaine. Fait-on mieux en Europe, en Russie ? On peut le penser…

Quoi qu’il en soit, c’est un Suisse, Hervé Dumont, qui supervise l’édition de ces quatre films longtemps considérés comme perdus à jamais alors qu’ils étaient simplement mal rangés. Petits bouts par petits bouts retrouvés, ils ont ainsi pu être reconstitués au mieux et c’est impeccable en ce qui concerne L’heure suprême, L’ange de la rue et Lucky star. En revanche pour La femme au corbeau il manque pas mal de métrage, mais les bobines restantes et le commentaire audio de Dumont, qui s’appuie aussi sur des photos de tournage, justifient amplement la place de ce petit bijou sur un DVD !

C’est d’ailleurs par La femme au corbeau (1928/1929) que j’ai commencé mon visionnage parce qu’en feuilletant les trois livrets accompagnant les DVD, je suis tombée en arrêt devant cette photo d’un avenant jeune homme se hissant nu, TOUT NU, sur un bord de rivière d’où une jeune femme habillée l’observe avec amusement. Coquin-coquin : le vilain sénateur Hays n’était pas encore passé par là avec son code « moral ». Mais c’est une autre scène, encore plus osée, qui a fait la réputation de ce film… L’histoire est celle d’un jeune homme naïf (Charles Farrell) qui tombe amoureux d’une jeune femme aguerrie (Mary Duncan) dans un coin de montagne isolé. Elle se joue de lui, il fait bonne figure, mais, à la fin, il craque et va se perdre dans la neige où il gèle : vient alors LA scène d’anthologie où la femme l’allonge nu dans son lit et se couche sur lui pour le réchauffer. Là ce n’est plus coquin, c’est franchement érotique. Sur le même DVD, il y a une autre pépite, Lucky Star, où l’on retrouve le géant Farrell face à la minuscule Janet Gaynor, sa partenaire la plus régulière (un duo inventé par Borzage dans L’heure suprême). Il s’agit là encore d’un film qui se déroule dans un coin reculé des USA : Gaynor incarne une pauvresse insolente et âpre au gain, Farrell lui colle une fessée à leur première rencontre parce qu’elle a exagéré, alors elle le mord ce qui lui vaut cette réplique scandalisée : « Tu n’es qu’une cannibale ! ». Puis Farrell part à la guerre (ça se passe en 1917) et revient dans un fauteuil roulant. Gaynor cherche d’abord à l’arnaquer, surtaxant les produits qu’elle lui vend en arguant du fait que certes c’est moins cher ailleurs, mais qu’il faut des jambes pour y aller (et toc). Puis peu à peu les choses s’arrangent entre ces deux-là qui ont beaucoup à s’apporter. Drôle, vif, inventif, beau… C’est BEAU.

Les deux autres DVD contiennent respectivement L’heure suprême (1927) et L’ange de la rue (1928), deux films ayant beaucoup de points communs : ils se passent en Europe (la France pour le premier, l’Italie pour le second) et sont interprétés par Janet Gaynor et Charles Farrell, pauvres parmi les pauvres qui tentent de se créer une vie commune malgré les obstacles. On dit de Borzage qu’il fait des mélodrames, mais ces deux films, apparentés au genre, sont loin d’avoir les côtés excessifs, dégoulinants, ridicules ou larmoyants qui entachent le genre (pour les non amateurs s’entend) : au contraire on rit souvent, les personnages ont des réactions surprenantes que la sobre direction d’acteur accentue, la mise en scène est élégante, créative, les décors –tout en studio- sont impressionnants, le récit prenant… Bref, c’est la classe ! D’ailleurs, apprend-t-on, L’heure suprême a valu à Frank Borzage le tout premier Oscar du meilleur réalisateur de l’histoire des Oscars. Ce n’est pas toujours un gage de qualité, mais là si.

Chacun de ces disques est complété par des analyses et des contextualisations intéressantes, le plus souvent signées Hervé Dumont. Et puis il y a aussi trois épisodes tournés par Borzage pour une série TV intitulée Screen directors playhouse : est-ce le format télé ou le passage au parlant (je suis une ignare, Borzage a une longue carrière très fournie aussi bien du temps du muet que du parlant, mais je n’avais jamais rien vu de lui et je n’ai donc aucun élément de comparaison auquel me raccrocher), toujours est-il que ces courtes histoires semblent bien édifiantes, bien lourdingues… En y regardant de plus près elles sont un peu plus subtiles qu’il n’y paraît, mais on est loin de l’état de grâce éprouvé devant les films. Car ces films, ahlala !!!

Voir la fiche du coffret et des extraits des films sur le site de Carlotta.

Jenny Ulrich

[dvd :] LES CŒURS DU MONDE – D.W. Griffith

24 Mar

ed. Bach Films

Évidemment, à force de lire les hommages élogieux faits par des cinéastes imposants (Welles, Hitchcock) sur D.W. -« le père de la grammaire cinématographique »- Griffith, j’ai sauté sur l’occasion de chroniquer cette édition des Cœurs du monde quand elle s’est présentée. Bon, bien sûr il aurait peut-être été plus pertinent de commencer avec ses films les plus importants, tels Naissance d’une nation ou Intolérance. Mais Les cœurs du monde, pourquoi pas.

Tourné juste après Naissance d’une nation et Intolérance, Les cœurs du monde est, à la base, un film de propagande commandé à Griffith pour sensibiliser le public Américain à la guerre qui se déroule alors en Europe. Nous sommes en 1918, la Première Guerre Mondiale est sur le point de s’achever, l’objet premier du projet est donc obsolète au moment de sa sortie en salle. Mais comme il s’agit d’un vrai film avec une petite histoire –d’amour- liée à la grande –la guerre-, presque un siècle plus tard ça fonctionne néanmoins toujours.

Les scènes de guerre, très réalistes, ont en partie été tournées sur le terrain en France et en Angleterre –il y a même quelques éléments purement documentaires. Elles arrivent après une longue introduction où nous faisons connaissance avec plusieurs personnages dont on retiendra principalement le couple formé par Lilian Gish et Robert Harron : ces deux amoureux sont sur le point de se marier quand la guerre éclate et les sépare… Pourront-ils convoler en juste noce ?… Mais le personnage vraiment étonnant de cette histoire, c’est la jeune fille interprétée par Dorothy Gish qui aimerait elle aussi mettre le grappin sur le jeune homme qu’incarne Harron : il faut la voir le draguer de manière éhonté, avec force mimiques obscènes ! Très très drôle… Heureusement, parce que pour le reste, avec tout le respect qu’on doit à un homme si respecté par des gens tout à fait respectables eux-mêmes (où en suis-je ? ah oui) : heureusement, parce ce que pour le reste, il y a tout de même quelques longueurs. Mais peut-être aussi est-ce la faute du pianiste qui martèle pendant presque deux heures, ALLEGRO FORTISSIMO, un mélange récurrent de Marseillaise et de Auprès de ma blonde qu’il fait bon, fait bon… C’est approprié, mais à la longue ça fatigue.

Griffith, qui avait déjà travaillé avec elles –il les a d’ailleurs fait débuter en 1912- réunira une dernière fois les sœurs Gish en 1921 dans Les deux orphelines qui marque la fin de la foisonnante collaboration entre Lilian et son Monsieur Griffith : ils auront tourné quatorze films ensemble. Le bon vieux temps… (Ça s’est ensuite gâté pour tous les deux avec l’arrivée du cinéma parlant et le système des gros studios hollywoodiens ; même si elle s’en est mieux, plus durablement, sorti que lui).

En supplément sur ce dvd (qui appartient, c’est à signaler, à une collection consacrée par Bach Films à David Wark Griffith) il y a un court métrage amusant et bien foutu réalisé par D.W.G. en 1911 et puis il y a également une contextualisation intéressante des Cœurs du monde par Patrick Brion.

Jenny Ulrich

[dvd :] AELITA – Yakov Protazanov

22 Fév

« Les terriens doivent être anéantis ! Ils n’infecteront pas Mars avec leurs révoltes »

D’une certaine manière, Aelita est bien ce que l’on pourrait croire, le premier film de science-fiction soviétique, une curiosité destinée aux cinéphiles blasés, aux sens émoussés par la débauche, auxquels Metropolis ne suffit plus – étant pour ainsi tombé dans le domaine public le jour où une Angelina Jolie presque adolescente bouda, avec le brio qui a fait sa réputation, sous une affiche certes rare du film de Fritz Lang (Hackers, 1995 – j’invente peut-être).

J’avance toutefois qu’Aelita est bien davantage qu’une friandise pour élitistes repus. Le long métrage est l’adaptation d’un roman de Tolstoï, et s’ouvre sur un disclaimer courtois – les faiblesses du film ne seraient imputable qu’aux libertés prises vis-à-vis du texte. Tolstoï n’y est donc pour rien. De toute façon, Aelita est tout sauf maladroit. Au contraire, il frappe par son élégance et la complexité de sa trame narrative. Le lunaire et buster-keatonien ingénieur Los est aux prises avec les spectres de la jalousie dans le Moscou miséreux de 1921 et, pour soulager ses peines, il rêve d’une dystopie martienne dominée par la ravissante impératrice Aelita. Tandis qu’un faux camarade-vrai profiteur courtise son épouse bien-aimée au Centre d’évacuation, Los s’enfonce dans un univers rêvé. La trame narrative se scinde alors et se décline en une gamme d’irréels. Peu à peu la situation de départ, mise en mouvement par la réception d’un étrange message radiophonique dans lequel Los croit deviner la possibilité d’une présence sur Mars, se ramifie et, peu à peu, se déréalise. La peinture sans concession de l’Union soviétique quatre ans après la révolution, qui ne cache rien de la misère ni de la corruption et constitue un intérêt majeur du film, se creuse de lignes de fuite. L’une est l’évocation en flash-back des privilèges révolus, dans une société qui a perdu en élégance ce qu’elle a gagné en égalité. L’autre est Mars, sur laquelle règne Aelita, impératrice sans réel pouvoir, quoique charmante.

La trame narrative, qui se fragmente au risque de se décomposer, est en proie à une réelle force centrifuge, servie par une riche galerie de personnages dont aucun ne paraît au bout du compte secondaire. Aelita, qui est paradoxalement critique et célébration du bolchévisme, est hanté par la tentation de s’abstraire du monde, de le quitter : l’ingénieur Spiritov déserte Moscou car, de son propre aveu, il échoue à se faire à ce Nouveau Monde ; son collègue Los s’en évade en rêvant à Aelita et à son arrivée sur Mars. Los et Spiridonov, tentés par ces deux irréels que sont le passé et la fiction, sont joués par le même acteur, Nikolai Tsereteli. Cependant ce jeu de miroirs et de lignes de fuite se referme, se résorbe et tout rentre dans l’ordre. Aelita est un document précieux et une prouesse narrative. Que les décors martiens évoquent cubisme et constructivisme ajoute à sa beauté, surtout si on choisit de l’exprimer ainsi : Oh ! Les jolis pharaons du futur aux coiffes en celluloïd !

En revanche, les bonus sont restés au Centre d’évacuation. Le ticket de rationnement n’inclut que des liens internet.

Jakuts