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[dvd :] THE HOLE – Joe Dante

20 Oct

Ed. CTV

Comme John Carpenter ou John Landis, Joe Dante a intégré il y a quelques années le groupe en apparence prestigieux des Masters of Horror. Ces cinéastes, avec d’autres collègues plus ou moins talentueux, ont en effet participé à l’anthologie horrifique diffusée en 2006 sur le câble aux Etats-Unis. Cette exposition médiatique a peut-être permis à des cinéastes qui ne tournaient plus beaucoup de retrouver le chemin des salles. Malheureusement, l’intérêt limité des distributeurs, et probablement du public, pour ces vieilles gloires du fantastique ne garantit plus une sortie au cinéma de leurs films. Si Cadavres à la pelle (le plus réussi des trois) a connu une petite sortie en salles, The Ward, de Carpenter, et The Hole, qui nous intéresse ici passent directement par la case vidéo.

Et le cercle vicieux semble insoluble : Joe Dante a bénéficié d’un budget apparemment modeste, qui, du casting aux effets spéciaux, ne lui donne pas de quoi livrer un film qui pourra entrer en compétition avec des productions plus fortunées. Pourtant, malgré son évidente limitation de moyens et un scénario extrêmement classique, Joe Dante parvient à insuffler son esprit et son style à un film qui navigue de façon touchante entre deux eaux.

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[cinép(h)age:] STAR TREK (ép. 25/25)

25 Juin

Un film de J.J. ABRAMS (2009)

Un livre d’Alan Dean Foster (2009)

Pour une fois, prenons le processus à l’envers : que devient un film quand il se transforme en livre. La Règle du jeu (Raymond Varinot), La Dolce Vita (Lo Duca), eXistenZ (Luther Novak), Basic Instinct (Richard Osborne) : les arbres ne doivent pas cacher la forêt. La novellisation n’a pas bonne presse, autant auprès des professionnels du cinéma que chez les critiques littéraires. Et souvent à juste titre. Située à peu près au niveau des romans à l’eau de rose, la novellisation fait mauvais genre. Vite et mal écrites, généralement à partir du scénario, sans imagination et sans style, les productions n’ont souvent qu’une vocation : surfer à peu de frais sur le succès annoncé d’un film.

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Les dilettantes (épisode 27/28)

25 Nov

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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[dvd :] TRIANGLE – Christopher Smith

11 Sep

Ed. CTV

Triangle arrive dans nos bacs auréolé du prix de l’inédit vidéo décerné en janvier à Fantastic’arts. Les plus chanceux auront pu le découvrir il y a deux ans déjà, dans une première tournée de festivals, à l’heure où Christopher Smith bénéficiait encore du crédit critique obtenu pour Severance.

Triangle n’a donc pas eu les honneurs d’une sortie classique sur les écrans français. Smith, comme beaucoup de cinéastes anglais évoluant dans le genre, est condamné à être découvert sur DVD dans nos contrées. Son dernier opus, Black Death, a précisément suivi le même chemin. En l’occurrence, avec un budget de 15 millions de dollars, Triangle fait figure d’inédit luxueux, et il faudrait être de bien mauvaise foi pour justifier sa condamnation à une si mauvaise exposition.

Le making- of présenté en supplément confirme d’emblée l’ambition du cinéaste. Le point de départ du long métrage est singulier mais l’exécution graphique est irréprochable. Ce que l’on pourra à l’inverse reprocher à Christopher Smith, c’est de s’improviser scénariste de son œuvre. Parce qu’il est évident qu’il fonctionne comme un admirable faiseur d’images : son film est parsemé de grandes idées, de plans fantastiques, de séquences palpitantes. On retiendra notamment Rachael Carpani et ses ersatz agonisants sur le pont supérieur envahi de mouettes.

Le problème de Triangle tient au fait que l’histoire a été maladroitement bricolée autour d’une poignée d’idées vagues, autour d’une envie forte de cinéma. Smith l’avoue lui-même dans le documentaire : son troisième long métrage est né d’une envie de paquebot abandonné sur l’océan. La narration greffée en complément est bancale. Le film fonctionne sur l’empathie supposée du spectateur pour le personnage de Melissa Georges. Sans ce sentiment et sans cette implication, il ne reste qu’un tourniquet vide. L’auteur-réalisateur amène la clé du récit à dix minutes du terme. Auparavant, il n’y a qu’une poignée d’indices et la plupart d’entre nous n’auront pas la coquetterie de fureter pour les trouver. Dans l’incompréhension, et malgré le mouvement endiablé, Triangle tourne à vide. On se fout des personnages. Le film se suit sans déplaisir et sans grand intérêt.

C’est un bel objet, soigné, ambitieux et surtout foutraque. C’est une malle dans laquelle on devine l’imaginaire du cinéaste, mais qui serait dépourvue de poignée pour nous permettre de nous accrocher et de le suivre. Il serait toutefois légitime que Christopher Smith retrouve à l’avenir le chemin des salles obscures, ne serait ce que pour pouvoir saluer son ambition en un lieu approprié.

Greg Lauert

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 50)

20 Juin

// THE BOX – Richard Kelly //

DSK peut piloter une femme depuis chez lui. Impressionnant.

Un homme gravement défiguré transporte une boite mystérieuse de porte en porte, de famille en famille. Celui qui appuie sur le bouton ornant la mystérieuse boite gagne un million de dollars. Le geste provoquera toutefois la mort d’une personne inconnue en un lieu inconnu. Sur ce postulat moral, Richard Matheson écrit une amusante nouvelle de science fiction. Le jeune cinéaste surdoué Richard Kelly exploite de manière inespérée le potentiel d’un tel synopsis.

La jeunesse du réalisateur, en l’état, pouvait apparaitre comme un obstacle. La tendance de la nouvelle génération à la surenchère visuelle et au cynisme délirant aurait pu sacrifier la candeur et la force simple de la nouvelle. Mais Kelly surprend : son film est étonnamment mature, old school, classique et brillant.

Le fait de replacer l’histoire dans les années 70 était une orientation risquée. Il fallait toutefois user de ce stratagème pour capitaliser sur une imagerie à la fois désuète et intemporelle. Les personnages évoluent dans le fantasme de la conquête de l’espace, dans la proximité des récits de science fiction, dans un univers simple, presque affranchi au niveau domestique de toute technologie. Le cadre ne manquera pas de rappeler les meilleurs épisodes de Twilight Zone. Le réalisateur en est conscient. Il assume pleinement, s’appuie sur la musique, les tons, un montage lent et une grande lisibilité. Il met en avant ses personnages.

The Box n’est pas un accessoire, un film hommage. C’est un long métrage, qui voudrait interroger son spectateur sur la responsabilité de chaque acte. Un geste anodin permet de devenir millionnaire, et tue insidieusement. L’humanité est mise à l’épreuve. Les personnages pourront ils vivre avec un geste dont ils mesurent progressivement les conséquences ? Le cinéaste ne badine pas avec son thème. Il tend vers le tragique, penche vers le mélodrame. Il décrit un engrenage infernal, et n’en masque pas l’issue malheureuse. On pourrait craindre l’association d’une grande problématique avec une imagerie aussi datée. Le nanar n’est jamais loin. Le film évolue sur un fil ténu. Il est souvent proche de basculer vers un risible ratage. Il est sauvé par la foi de Richard Kelly. Ce dernier met chaque plan en scène comme s’il s’agissait du dernier, avec une conviction inébranlable.

L’amour du cinéma qui transpire de cette œuvre va au-delà de la référence stérile. C’est l’amour d’une grande histoire, d’une passion contrariée, de la peur, de l’horreur et de l’angoisse en scope et en 24 images par seconde.

Greg Lauert

A savoir : la nouvelle originale, Button Button, avait déjà été porté sur le petit écran dans le cadre d’un épisode de La quatrième dimension.

THE BOX de Richard Kelly // 2009 // 115 minutes // 2.35 : 1 // Avec Cameron Diaz, James Mardsen, Franck Langella, James Rebhorn, Holmes Osborne.

[dvd :] LA DANSE – Frederick Wiseman

26 Sep

Ed. Montparnasse

En France, me semble-t-il, on « connaît » la musique, le chant, mais pas forcément la danse : qui a déjà été voir un concert (tous genres musicaux confondus) et qui a déjà assisté à un spectacle de danse (de quelque style chorégraphique que ce soit) ? Certes, depuis quelques années, Hollywood pallie notre méconnaissance du genre à grands coups de Sexy Dance, et autres Street Dancers –et même avant, il y avait Grease, La fièvre du samedi soir, etc… Mais bon, concrètement, par chez nous ça reste un domaine assez hermétique, non ?

Eh bien c’est une partie de cet univers que Frederick Wiseman nous propose d’appréhender avec La danse, dont le sous-titre, Le ballet de l’opéra de Paris, dit bien mieux de quoi il s’agit. Car, comme on pouvait s’en douter de la part d’un réalisateur fameux pour ses fins portraits d’institutions, ce nouveau film ne nous invite pas à un tour du monde calibré de qui danse comment et pourquoi dans tel ou tel pays, non, la danse dont il est question ici est solidement ancrée au lieu dans lequel elle s’épanouit. Et c’est cela, bien sûr, qui est intéressant.

Exit donc, dans un premier temps, les morceaux de bravoure, la danse performance qui en met plein la vue : ici l’on travaille d’arrache-pied (c’était trop tentant) aussi bien dans les salles de répétitions que dans les bureaux où on comprend qu’il ne doit pas être aisé de faire tenir financièrement un édifice si lourd et fragile. Les films de Wiseman, sensibles et précis, sont connectés à une réalité sociale –là, il est par exemple troublant d’assister à une réunion avec les danseurs concernant la réforme des retraites (40 ans pour eux) dont il était déjà question au moment du tournage, il y a un peu plus d’un an de cela… On y saisit également, parce qu’il nous en laisse le temps, des choses essentielles –le lien entre l’intelligence et la capacité à transcender sa façon de danser par exemple.

Bref, si La danse n’est dans un premier temps pas super sexy, sur la durée (2h38), grâce à l’immersion subtile que Frederick Wiseman, l’homme sage (c’était trop tentant) nous propose, l’expérience s’inscrit tout aussi durablement dans l’esprit.

Jenny Ulrich

[dvd :] La merditude des choses

10 Mai

Ed. MK2

Adaptation du roman éponyme de Dimitri Verhulst,  La merditude des choses de Félix Van Groeningen sort en dvd chez Mk2, un an après son passage à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes. Vacillant constamment entre le drame et l’humour décalé, le film arrive à préserver son équilibre sur un fil de sincérité qui, au moindre faux pas, aurait cédé dans l’humour gras ou le côté racoleur.

Le making of, judicieusement appelé Strobbitudes, se base sur une interview du réalisateur, illustrée d’images de tournage. On y découvre des anecdotes et méthodes de travail très intéressantes, un contenu riche mais pas forcément précis, handicapé par le nombre de thèmes abordés.  Il retranscrit surtout l’ambiance générale du tournage en mettant l’accent sur les acteurs. A noter, une fin alternative qui donne un nouvel horizon à la vie de Gunther Strobbe, personnage principal du film. Une scène coupée qui le renferme dans son passé et qui prouve que les dernières images d’un film peuvent en modifier la tonalité.

On trouve aussi un épisode de l’émission Striptease, concept belge à la base et diffusé au début des années 90 sur France 3. Portrait de famille sans artifice propre à l’univers brut de la  série, ce bonus nous propose Les aventures de la famille De Becker ayant été une source d’inspiration pour la famille des Strobbe de La merditude des choses.

Il est dommage de ne pas pouvoir découvrir les premières œuvres de Felix Von Groeningen, espérons qu’un jour Dager Zonder lief et Steve + Sky, ses deux premiers long-métrage, soit édité en dvd en France.

A lire aussi, la cinéphile de Félix Van Groeningen : cliquez ici.

David Erhard

[dvd :] La République Marseille

19 Avr

Ed. Montparnasse

Marseille n’est pas seulement le berceau de Zinédine Zidane, de Plus Belle La Vie, ou du groupe IAM ; non, à Marseille, il y a aussi des gens comme vous et moi, qui ne réussiront peut-être jamais de roulettes entre trois défenseurs, ne se feront jamais enlever et/ou agresser toutes les deux semaines pour en rigoler le lendemain avec Roland au bar du Mistral, et ne savent pas danser le MIA… Le documentariste Denis Gheerbrant l’a bien compris, et c’est donc à ces gens-là, qu’il a décidé de donner la parole, dans La République Marseille.

En 7 films, il apporte une vision trop rare de la cosmopolite cité phocéenne. Ainsi, il montre le Marseille d’aujourd’hui, au travers du regard d’habitants des quartiers populaires ; du communiste militant et nostalgique, au père de cet adolescent assassiné, auteur d’un témoignage bouleversant. Il capte de beaux moments de cinéma, lorsque des débats imprévus s’organisent sous l’oeil de sa caméra, qui n’en perd pas une miette…

De ces morceaux de vie, entrecoupés de plans poétiques de la ville, on retiendra principalement Les Quais, où Rolf le docker, raconte l’amour qu’il éprouve pour son métier, et se lamente sur les décisions prises par la ville, de laisser plus de place au port de plaisance ; et Le Centre des Rosiers, tour d’horizon d’une cité, où les jeunes jouent au foot, et tentent de se construire un avenir, malgré les obstacles inhérents à cet environnement parfois hostile.

Loin du sensationnalisme que donnent à voir les reportages télévisés,  Denis Gheerbrant apporte ici un nouveau regard sur Marseille (que l’on a trop tendance à réduire à une ville attachée à son équipe de foot), nous apprend au passage que l’expression « y a pas d’arrangement », n’est pas l’invention du groupe Zebda, mais bien un gimmick dans la bouche des habitants des quartiers populaires Marseillais ; et nous en dit finalement long sur le fonctionnement de nos sociétés occidentales.

Bonus : Il n’y en a pas, mais ils sont remplacés par un livret de 20 pages, comprenant surtout une interview du réalisateur, et un poster géant du JPP de la grande époque (nan j’déconne).

Marcel Ramirez