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[dvd :] LA CHATELAINE DE LA PLACE – Joseph Morder

2 Sep
Ed. L'Harmattan

Ed. L’Harmattan

Le 16e volet de la collection D’un cinéma l’autre, édité par L’Harmattan, se consacre à une œuvre à part dans la filmographie de Joseph Morder. Cette fois, plus question d’un journal intime, mais d’un portrait de la réalisatrice belge Mara Pigeon, que le vidéaste a rencontré en 1978 lors d’un festival à Namur. A ce jour, c’est le seul tournage de Joseph Morder consacré à un autre metteur en scène. Histoire tragique et cocasse à la fois, tous les rushes d’une première mise en images ont été perdus ou volés, ce qui n’a pas découragé les deux artistes.

En novembre 2002, tout était prêt pour un nouveau montage, avec des séquences inédites. Cette version de La Châtelaine de la place est donc une deuxième mouture, totalement différente de ce qu’aurait pu être la version originale.

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[agitation :] Giuseppe Ferrara

17 Nov

Giuseppe Ferrara et Elvira Giannini au 35e FFIV

A 80 ans, le cinéaste italien Giuseppe Ferrara s’est bâti une solide réputation d’empêcheur de tourner en rond. Toute sa carrière est construite autour d’une seule idée : dénoncer les criminels qui gangrènent la société italienne. La Mafia (Cent jours à Palerme avec Lino Ventura, 1984), les politiciens corrompus et les financiers véreux (I banchieri di dio, Les Banquiers de dieu, 2002), les terroristes (Guido che sfidò le Brigate rosse, Guido qui défia les Brigades rouges, 2007) : tous y passent.

Le 35e Festival du film italien de Villerupt lui a consacré un large portrait en diffusant quatre de ses films. Le réalisateur n’a pas manqué de se montrer finement rebelle en rencontrant son public. Car jouer la mouche du coche à longueur de temps a aussi ses revers : difficulté de production, distributeurs frileux, mise à l’écart des réseaux télévisuels, sortir un film dérangeant a tout du parcours du combattant.

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Les dilettantes (épisode 20/28)

30 Sep

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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[dvd :] COFFRET FATIH AKIN

8 Sep

ed. Pyramide vidéo

Sa superbe petite amie a décidé de s’installer en Chine, malheureusement pour lui le pauvre Zinos est coincé  à Hambourg à cause de son restaurant en presque faillite, le Soul Kitchen. Jusqu’à ce qu’un fabuleux cuisinier fou à lier et une programmation musicale pêchue changent la donne : Zinos pense alors pouvoir confier la gérance de son affaire renflouée à son frère tout juste sorti de prison et sauter dans un avion pour rejoindre sa dulcinée. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu…

À sa sortie en salle en France, Soul Kitchen a un peu surpris : Fatih Akin, le réalisateur germano-turc des beaux, mais graves Head on et De l’autre côté (sans oublier son formidable documentaire musical Crossing the bridge : the sound of Istanbul), ce sérieux homme-là donc, s’était lancé dans la comédie. Ça alors ! L’édition simple du DVD Soul Kitchen, doublée d’une édition en coffret complétée par les trois premiers longs métrages (inédits chez nous) d’Akin arrive à point nommé pour remettre les pendules à l’heure : après avoir vu ceux-ci, on ne s’étonne plus de ce « soudain » virage humoristique. Le rire se tenait là, embusqué, depuis le début.

Évidemment, tout n’est pas fait pour qu’on se tape sur les cuisses ou qu’on se fasse dessous, mais on sourit souvent et à l’occasion on rigole franchement, même dans les récits plus durs. Le premier film de Fatih Akin, L’engrenage, est ainsi une histoire d’amitié à la vie à la mort entre trois copains –d’origines turque, grecque et serbe- qui glandent à Hambourg et vivent de petites combines. Jusqu’au grain de sable. Adam Bousdoukos, qui tient le rôle principal dans Soul Kitchen, fait là ses débuts sur grand écran sous la direction de son pote d’enfance –certaines des situations viennent d’ailleurs de leurs souvenirs communs. Dans le commentaire audio du film, le réalisateur explique l’influence qu’a eu sur lui le Mean Streets de Scorsese et on y pense effectivement beaucoup, mais la fraîcheur avec laquelle tout le projet est conduit évite le côté plombant d’une telle référence.

Le film suivant, Julie en juillet, une comédie romantique, bénéficie de la même fraîcheur, mais à force d’expérimentations formelles, il est aussi parfois à la limite de se casser la figure, de provoquer l’embarras –une scène de fumette en particulier… Ceci dit le côté road movie emporte le morceau et rend l’expérience très plaisante. L’histoire ? Julie, une vendeuse de rue, est amoureuse de Daniel, un prof de math dépassé. Elle l’aborde et lui fait acheter une bague ornée d’un soleil, lui assurant que l’astre lui permettra de rencontrer le grand amour –elle, pense-t-elle. Mais suite à un concours de circonstances, Daniel se met en tête que sa promise est une jeune femme hébergée le temps d’une nuit et dont il sait seulement qu’elle sera quelques jours plus tard sous tel pont d’Istanbul. Commence alors un voyage semé d’embûches en compagnie de Julie à travers les routes et les ports européens. Le commentaire audio est là particulièrement intéressant, notamment sur les repérages géographiques, les trouvailles et expérimentations qui ont abouti à Julie en Juillet.

Le dernier film du coffret, Solino, peut faire songer à un Il était une fois en Amérique en plus modeste. Une famille Italienne vient s’installer à Hambourg dans les années 60, papa ne sait pas comment gagner sa croûte alors maman a l’idée d’ouvrir une pizzeria –la première à cette époque-là-, et les deux fils aident en salle. Le plus jeune, lumineux, se passionne pour la photographie puis le cinéma, l’aîné, plus sombre, menteur, voleur et jaloux, réussit à ne pas devenir une caricature de méchant (et pourtant il n’en rate pas une), seulement un personnage tragique auquel la fin du film, une trentaine d’années plus tard, apportera ou non la rédemption. C’est une bien belle fresque familiale, pleine de nuances, d’ellipses bienvenues, de rires et de vie…

Dans aucun de ces quatre films, Fatih Akin n’évite les clichés propres au genre qu’il aborde, mais à chaque fois il transcende et étoffe ce qui chez d’autres vire généralement à la faute de goût. Son talent de conteur, son art du casting et des choix musicaux idoines, son efficacité cinématographique, sa cinéphilie populaire, son sens du montage (je l’avoue, je suis un peu fan), ses thèmes de prédilection tels la fratrie –de sang, de cœur- ou l’immigration, ses comédiens récurrents (Moritz Bleibtreu, Adam Bousdoukos, Birol Ünel, Mehmet Kurtulus) : tout ça fait qu’on ne se sent normalement pas floué lorsqu’on s’installe devant un de ses films, mineur ou majeur. Ce coffret est donc une TRES bonne idée.

Jenny Ulrich