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Retour sur… Grizzly Man – Werner Herzog

17 Août

Timothy Treadwell et Amie Huguenard.

Durant treize étés, Timothy Treadwell a vécu seul (ou presque) parmi les grizzlys sauvages à la recherche d’un contact très particulier avec la nature et dans le but de construire un pont entre l’Homme et l’ours. Il était persuadé de comprendre ces bêtes et les percevait comme les plus belles créatures existantes sur Terre. Au cours de ses trois dernières saisons, il a emporté une caméra avec lui et a offert une centaine d’heures d’images inédites de la vie à l’état sauvage, en se mettant en scène quotidiennement et méticuleusement aux cotés des mammifères. Mais, au cours du mois d’octobre 2003, Treadwell et sa compagne Amie Huguenard furent littéralement dévorés par l’objet de leur fascination.

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Les dilettantes (épisode 25/28)

11 Nov

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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Les dilettantes (épisode 17/28)

2 Sep

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 49)

14 Juin

// THE PROPOSITION – John Hillcoat //

La nouvelle pub Levis peut surprendre.

Depuis Ghosts of the civil dead, réalisé en 1989, John Hillcoat avait disparu de la scène cinématographique. Il se tournait alors vers la réalisation de clips pour Depeche Mode ou pour son acolyte Nick Cave. Le cinéaste australien revient sur grand écran en 2005 avec The Proposition, une œuvre singulière, à la fois classique et résolument moderne. Il contacte bien sûr Nick Cave afin d’en composer la bande originale. Ce dernier lui propose d’emblée d’écrire le scénario, et s’exécute en trois semaines à peine. Le résultat ressemble à une ballade du chanteur des Bad Seeds : irrémédiablement nostalgique et sentencieuse sans être dépourvue d’humour.

Le film est doublement singulier pour un cinéaste sur le retour. En premier lieu, il s’agit d’un western, genre tombé en désuétude depuis plusieurs décennies. Ensuite, le western en question se déroule dans l’outback. Le cadre n’a rien à envier au légendaire Far West américain, et le spectateur peut légitimement s’interroger sur le fait que le genre n’ait pas été plus prisé des cinéastes australiens. La nature hostile, la solitude face à l’immensité, le rapport aux natifs sont des thèmes qui parcourent bien souvent le cinéma australien, mais rares sont les films assumant pleinement l’héritage cinématographique.

Dans The proposition, un officier anglais, interprété par l’imposant Ray Winstone, tente de convaincre Guy Pearce de le mener à son frère, immonde chef de gang local. Le film se fonde sur un postulat historique : à la fin du XIXème siècle, la vaste contrée australienne accueillait les rebuts de l’Angleterre Victorienne. Winstone, brut et incorruptible, est un bien étrange pacificateur. Il traque les bandits australiens pour nettoyer cette terre de sang. Le comédien induit une ambigüité salutaire, il véhicule l’hypocrisie du propos. C’est un nouvel éclairage sur le perpétuel combat entre la sauvagerie et une civilisation forcenée.

Hillcoat ne choisit pas, son choix se porte sur chaque aspérité. Le film est résolument réaliste. Les costumes rapiécés, les accents abrupts, les visages burinés dominent l’écran. Les comédiens sont à l’aise dans ces rôles. Ce ne sont pas des débutants. Danny Huston, John Hurt et bien sûr Winstone et Pearce savent faire parler les corps, user de leurs gueules.

Pour sublimer le propos, Hillcoat peut compter sur la partition bénie de Nick Cave et Warren Ellis. La musique tient une place fondamentale dans le film. L’association des deux musiciens offre un résultat unique, hors du temps, très loin des standards lyriques du western américain. La bande originale une plus value indéniable. Elle définit le ton du film. Ces cordes lancinantes, ces percussions hypnotiques mènent au maitre-mot : désenchantement.

Greg Lauert

A savoir : après être resté quatre ans inédit sur nos écrans, The proposition est sorti très discrètement dans les salles françaises en décembre 2009, dans la foulée d’une autre œuvre essentielle d’Hillcoat : The Road.

THE PROPOSITION de John Hillcoat // 2005 // 104 minutes // 2.35 : 1 // Avec Ray Winstone, Guy Pearce, Danny Huston, Emily Watson, John Hurt.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 41)

18 Avr

// ELECTION – Johnnie To //

On n'imagine pas les conséquences d'une folle nuit d'amour avec Roselyne Bachelot.

Avant d’être cinéaste, Johnnie To est avant tout un producteur prolifique. Sa société de production abreuve depuis bien longtemps les écrans du Hong Kong de comédies très inégales. Mais depuis les années 90 et les exodes de John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam, Milkyway domine le polar HK.

Le nom de Johnnie To est presque devenu une marque. Il a su imposer un style, un ton, et faire évoluer le genre. Pourtant, il n’est pas aisé de dégager de sa filmographie une œuvre phare, un authentique chef d’œuvre. Mais, à bien y regarder, Election constitue sans doute l’aboutissement de sa démarche.

Un successeur doit être nommé à la tête d’une triade. Deux candidats, interprétés par Simon Yam et Tony Leung (Ka Fai, celui de l’Amant donc …) vont s’affronter pour le Graal, symbolisé par un sceptre antique. Johnnie To décrit une lutte sans merci, une sourde confrontation. Election constitue quelque part une nouvelle matrice du film de pègre.

En premier lieu, le film est court. Les personnages se définissent dans l’action. Ce qui intéresse To, ce n’est pas le classique rise and fall ou les états d’âmes de ses protagonistes. Il est un cinéaste factuel. Il part d’un postulat fort, égrène ses péripéties, se fonde sur sa mise en scène. D’autres enchainent trente plans à la minute ou font tournoyer la caméra de manière ostentatoire. To découpe l’action. Il cadre large, pose sa caméra, gère admirablement l’espace.

La scène de combat à la machette en pleine rue est peut être le point d’orgue d’un film dans lequel aucun coup de feu n’est tiré. La mort s’amène sans fracas ni tonnerre. Mais à l’écran, la violence ne s’en trouve pas amoindrie. La sensation de réalisme prédomine. Johnnie To ne fait pas de mélodrame, n’opte jamais pour l’humour, évite la surenchère. Il s’attache à une minorité en quête de pouvoir et filme des psychopathes à hauteur d’homme. Le personnage de Simon Yam entre ainsi au panthéon de l’ambivalence.

Election est un long métrage épuré et puissant, à mille lieux de certains opus fun et inconséquents du cinéaste. Dans la vaste et riche filmographie du seigneur To, il domine d’une large tête le rang des polars urbains.

Greg Lauert

A savoir : Election est en fait un dyptique. La deuxième partie ne saurait être ignorée. Elle perpétue admirablement le concept du premier film.

ELECTION de Johnnie To // 2005 // 101 minutes // 2.35 : 1 // Avec Simon Yam, Tony Leung Ka Fai, Louis Koo, Nick Cheung, Ka Tung Lam.

SITA SINGS THE BLUES – Nina Paley

12 Sep

Vodpod videos no longer available.

Un film animé en flash, marrant, touffu, des accents indiens improbables qui racontent  des bouts de Râmâyana, des extraits de blues qui tache, de l’auto-biographie … Bienvenue dans l’univers de Nina Paley.

Le film était passé en salle à Strasbourg, au Star of course, et sans être complètement convaincu (les graphismes en flash sont parfois superbes, parfois … moins) j’avais beaucoup aimé l’esprit bordélique, les légendes indiennes racontées avec l’accent local, l’humour, le contrepoint auto-biographique … bref plein de choses. J’admire aussi le fait qu’elle ait fait son film seule, avec un budget très chiche (15 000 $, je crois).

Je découvre aujourd’hui qu’elle a mis son film en libre téléchargement sur son site. Ceci pour diverses raisons, dont notamment que l’alternative aurait été de laisser son film mourir sur l’étagère d’un quelconque producteur frileux (c’est la crise pour tout le monde, et pour le cinéma indépendant aussi). Un téléchargement  libre, mais avec des contraintes, c’est-à-dire dans le cadre d’une licence Creative Commons (distribution libre – pas de modifications – pas d’usage commercial), et l’interdiction de boucler l’œuvre par des protections DRM (Digital Rights Management, mises en avant par certaines grandes compagnies de musique et cinéma). Il s’agit pour elle d’une prise de position militante qu’elle défend et explique. Je place quelques liens en fin d’article (en anglais) pour qui souhaite approfondir ce sujet.

Pour ceux qui s’inquiètent légitimement de savoir comment elle pense être rétribuée, disons en simplifiant que l’œuvre est libre, mais son support est payant. Les DVD, les t-shirts, les livres etc. sont des ressources finies, contrairement à l’œuvre numérique, fluide, incontrôlable. Mais je vous invite à la lire, en anglais seulement pour l’instant, je n’ai pas trouvé de traduction française.

En attendant, downloadez et enjoy !

(-_-)_♥

> Le site officiel de Sita sings the Blues
> Le site officiel de Sita sings the Blues (page de téléchargement)
> Dialogue sur le blog de Nina Paley entre Paley et Cory Doctorow autour de la notion de licences non-commerciales
> Sita sings the Blues sur Wikipédia [fr]

KING KONG – Peter Jackson

22 Oct

Avant (c’est-à-dire il y a encore trois ans) je snobais le genre de film que pouvait être une œuvre comme King Kong : le blockbuster ou encore le film de genre. Les gros budgets et les films fantastiques me faisaient chier. Je préférai Kids, Igby Goes Down ou encore Nowhere. Mais un soir, j’ai découvert La Nuit des morts-vivants de Romero, et arrivé au bout, j’étais étourdi, comme sonné par une claque d’une force que le pire des paternels ne serait capable de donner. C’était comme retomber en enfance : la peur du noir, l’angoisse d’une partie de cache-cache ou du monstre dans le placard. Résultats : je me méfie de Larry Clark et j’ai failli chialer comme une otarie devant le dernier Peter Jackson.

Ayant détesté Braindead, survolé les deux premiers volets du Seigneur des Anneaux et été mitigé sur The Frighteners (Fantômes contre fantômes), je me sentai réticent à l’idée de voir un autre Peter Jackson. Et pourtant son King Kong

Pour ceux ou celles qui ne connaissent pas l’histoire, elle se passe d’abord à New York en 1933, où une jeune femme nommée Ann Darrow, artiste de music-hall, se retrouve sans emploi. Parallèlement, Carl Denham, réalisateur un peu allumé, montre quelques rushes de son nouveau projet (un film d’aventure) à ses producteurs. Mais ces derniers, guère convaincus, décident de se séparer de Denham. Paniqué, il vole les négatifs de son film inachevé et décide de le terminer sans leur aide. Et il n’a que quelques heures pour trouver la nouvelle star de son film et c’est là qu’il croise Ann Darrow, voyant en elle la parfaite nouvelle figure de son oeuvre. Pour l’inciter à accepter de faire parti du projet, il lui explique qu’il sera tourné à Singapour. Mais la jeune femme n’accepte que lorsqu’elle apprend que le scénariste du film n’est autre que Jack Driscoll, grand auteur de théâtre qu’elle admire énormément. Il l’embarque donc avec ce dernier et une équipe réduite à bord du Venture censé les mener à Singapour. Mais l’ambition de Denham est toute autre : il rêve d’être le premier à découvrir la mystérieuse île nommée Skull Island et d’en ramener des images… Lire la suite

DVD Edmond (de Stuart Gordon)

31 Mar

(ed. Wild Side Vidéo)
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(Photo : IndieWIRE)

A tous les cinéphiles ou cinéphages ou simples spectateurs qui ont presque crues que direct-to-video était synonyme de nanar, s’il ne vous est toujours pas tombé dessus, préparez-vous à remuer joyeusement la queue pour Edmond, film pamphlétaire au discours anticonformiste au possible ! Réalisé par Stuart Gordon (le papa de Re-animator) et inspiré d’une pièce de théâtre écrite (pour le cinéma, à l’origine) par David Mamet (metteur en scène pour le théâtre, scénariste du film Hannibal, entre autres, et réalisateur du très intéressant Homicide).

Le film parle d’Edmond Burke, homme sans histoire de 47 ans, habitant à New York, avec un boulot stable, mais routinier, et marié avec une femme dont il n’est intéressé « ni spirituellement, ni sexuellement ». Après être passé chez une tireuse de cartes, Edmond se rend compte que sa vie a été d’une banalité et d’un ennui déprimant, et décide, tout simplement, de quitter sa femme et de faire une sortie nocturne dans les rues de sa ville. En quête de sens, de réponses et de chaire fraîche, Edmond Burke va encore plus approcher ce monde où confiance, liberté et gratuité sont incompatibles et où l’hypocrisie, le mensonge, l’arnaque, l’illusion et la violence règnent en maîtres, pour mieux remettre en question la personne qu’il est et faire émerger celui dont il ne s’est jamais donné le droit d’être. Mais cette remise en question sera loin d’être inoffensive…

Réalisé à la fois avec rage et pudeur, et sans jamais tourner autour du pot, Stuart Gordon entre directement dans le vif de son sujet et nous fait suivre son personnage en pleine crise existentielle avec qui on réussit à faire connaissance en à peine deux, trois plans révélateurs. Par des discussions (carrément bien développées) entre philosophes de comptoir ou par de simples regards, Edmond, personnage totalement confus, passe des questions absolument universelles : Suis-je à ma place ? Suis-je dans le monde auquel j’aurai voulu appartenir ? Suis-je vraiment celui que j’aurai voulu être ? Suis-je avec les bonnes personnes ? Aurais-je un jour la preuve que nous ne sommes pas seuls ? A la question « Que font les gens pour sortir ? », on lui répond par de simples mots : baise, pouvoir, argent, aventure, autodestruction, religion, libération, satisfaction. Et bizarrement, tous ces éléments prononcés d’un air anodin, croiseront la route d’Edmond Burke durant sa petite escapade de nuit dans New York.

La crise de Burke et ses incidents, lui permettront d’ouvrir les yeux sur le monde mécanique qui l’entoure. Parfois avec dégoût, il croisera des gens totalement soumis à la société, dont il est lui aussi victime ; certains ont accepté de l’être, tandis que d’autres le sont par faiblesse ou par peur, et se font donc sodomiser. Qui est le plus chanceux ? Y a-t-il des plus chanceux ? Edmond désire aller contre ça, cesser de s’apitoyer sur lui-même, de s’accepter et de tourner le dos à toutes les conditions qu’on lui a posé depuis l’enfance, et pense que tout le monde en est parfaitement capable. Mais il pétera un plomb nocif lorsqu’il se rendra compte du contraire. Et cette explosion le mènera à une destinée qu’il n’aurait jamais douté (mais peut-être fantasmé ?) et à encore plus de questions. Faut-il parfois oser pour réussir à s’accepter tel que nous sommes ?

Un film sincère, très direct, violent, à la réalisation sobre, mais bien réfléchit. Gordon narre un monde presque chaotique, qui ressemble tellement bien au notre, qu’on pourrait presque croire que l’auteur du film n’a guère beaucoup de foi en l’Homme. « Re-animator pouvait être vu comme une métaphore sur le monstre qui somnolait en chacun de nous. Dans Edmond, c’est cette idée que je cherche à démontrer. Nous sommes tous racistes, capables d’actes inhumains et qu’il faut un petit grain de sable dans la mécanique quotidienne pour que tout déraille »* déclama Gordon. Peut-être un tout petit peu moins pessimiste que son auteur David Mamet, Gordon réussit malgré tout, au bout de cette descente infernale, à ajouter une larmichette d’espoir, qui rend son film cicatrisant, mais mémorable.

Côté casting, William H. Macy est tout simplement le mec parfait pour se glisser dans la peau d’Edmond (visage fatigué par la vie, à la fois sensible et dur, et ses expressions sont aussi clairs que des mots), et à ses côtés, on a droit à quelques acteurs secondaires sympathiques, guère inconnus de nos écrans : Mena American Beauty Suvari, Denise Starship Troopers Richards, Julia Bourne Supremacy Stiles, Joe Homicide Mantegna, Bokeem Freeway Woodbine et Jeffrey Re-animator Combs.

Tandis que des plaisanteries comme Hellphone ou Shooter tireur d’élite ont eu le privilège de trôner en salles, Edmond se posait directement dans les rangés films par ordre alphabétique des Fnac et Virgin (dans un dvd maigre en bonus), avec autant de bruit qu’un ventilo en panne, et ça, c’est pas très cool…

* Propos de Stuart Gordon, recueillis par Romain le Vern pour Excessif.

(2005, 1h18mn, int-16ans, américain)

Rock Brenner