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[cinép(h)age:] ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND (ép. 17/25)

16 Avr

Des oeuvres multiples.

Un film de Michel Gondry (2004)

En matière d’adaptations littéraires au cinéma, il y a les fidèles (Tous les matins du monde Quignard / Cornau), les audacieux, qui transposent l’intrigue et transforment les personnages (La Chevauchée fantastique de John Ford, très librement inspirée de Boule de Suif de Maupassant) et ceux qui glanent des idées dans différents livres pour créer leur œuvre. Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, en fait partie.

Tout commence par le titre, une citation d’un long poème d’Alexander Pope, Epitre d’Eloïse à Abélard. Aucune traduction française (à ma connaissance), ne fait honneur aux sonorités de ce vers qui est déjà un poème à lui seul. Autant lui laisser son étincelle originelle. Le personnage de Marie (Kirsten Dunst) en reprend un passage tronqué : « Vous, qui dans les langueurs d’un esprit monastique, ignorez de l’amour l’empire tyrannique, que vos coeurs sont heureux puisqu’ils sont insensibles, que vos jours sont sereins, toutes vos nuits paisibles ».

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Les dilettantes (épisode 8/28)

24 Juin

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 29)

24 Jan

// KEKEXILI MOUNTAIN PATROL – Chuan Lu //

Sofia Coppola s'éclate.

Une milice civile pourchasse des braconniers au sein du plus grand désert de Chine, à près de 5 000 mètres d’altitude. Dans cet univers hostile, qui n’a pas le statut de réserve naturelle, ils tentent de sauver l’antilope du Tibet, traquée pour sa fourrure. Un journaliste aventureux se joint à cette patrouille désespérée. Kekexili est le nom de cet immense désert aux abords du Tibet, une zone parmi les moins peuplées de la planète. L’univers est hostile : les personnages sont confrontés aux sables mouvants, à la neige, aux risques d’œdèmes pulmonaires. Il défendent une espèce. Pourtant, ils ne sont investis d’aucune fonction, n’ont aucune légitimité. Ils ne peuvent emprisonner les braconniers, et ne font que confisquer le butin. Mais ils risquent leur vie, au bout du monde.

Mountain Patrol se rapproche d’un western en confrontant l’homme à sa solitude, à l’espace, à la terre vierge. A l’aube du XXIème siècle, ces territoires inexplorés apparaissent comme un ultime Far East. Là bas, les valeurs se déplacent.

Un colonel de l’armée tibétaine à la retraite traque un ennemi invisible. Il le rejoint à la limite d’une immense chaine de montagnes. L’ennemi et la nature se confondent perpétuellement. Les braconniers sont une sorte de chimère, une entité en mouvement, peut être en fuite. La patrouille se dissout dans sa quête. Même la mort n’est pas un frein à la volonté de cette poignée de kamikazes. Et pour parvenir à leurs fins, ils usent de méthodes condamnables, revendant par exemple les peaux saisies. Leur univers n’a pas de cadre légal. La morale se construit chaque jour, sur le fondement du rapport à l’immensité, au désert, à la nature.

Chuan Lu, jeune cinéaste chinois, raconte une histoire vraie. Il tourne sur les lieux même de l’action. Filmer ailleurs, ce serait mentir, ce serait faire injure au courage des pionniers et des patrouilleurs. Le spectateur doit prendre la mesure de cette vaste zone de sécheresse dont l’altitude excède largement celle de notre Mont Blanc. Personne n’avait encore posé la caméra en ces lieux.

Mais le réalisateur n’officie pas pour National Geographic. Il s’emploie à conter le quotidien de ces hommes, leur connivence, leur tendresse. Il s’attarde un peu sur ses destins brisés aux confins de la Chine. Il s’attache à leur poétique déraison. A leur folie ? Je suppose que si l’on interrogeait les protagonistes du récit, ils diraient que la véritable folie, c’est de ne pas vivre selon ses propres règles.

Greg Lauert

A savoir : pour son dernier film, City of Life and Death, Chuan Lu met à nouveau en scène une histoire vraie.

KEKEXILI Mountain Patrol de Chuan Lu // 2004 // 2.35 : 1 // 85 minutes // Avec Duobuji, Zhang Lei, Liang Qi, Xueying Zhao

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 14)

11 Oct

// KEANE – Lodge Kerrigan //

Son jour viendra.

Certains films ont un effet immédiat sur leur spectateur. Dès la première seconde, dès les premières images, on se sent happé au cœur d’une intrigue, d’un univers. Keane est de ceux ci. Mais en lieu et place d’un univers, c’est une douleur que l’on pénètre. Celle d’un père qui a perdu sa fille de six ans, quelques mois plus tôt, dans une gare, alors qu’il ne l’avait quitté des yeux que quelques secondes.

Le film s’ouvre sur Damian Lewis qui interroge un guichetier. Il montre une photo. Il est hors champ. Panoramique sur son visage. On saisit d’emblée la performance du comédien, l’intensité du personnage. Le visage d’un homme était selon  John Ford la plus belle chose que l’on puisse filmer. Kerrigan ne s’en prive pas. Le visage de son protagoniste sera sa porte d’entrée. On en saisira chaque tressautement, chaque rictus.

Le premier quart d’heure est à l’image de la scène d’ouverture. C’est une plongée dans la détresse du personnage, dans sa marginalisation, dans sa folie qui suinte. Il tourne en rond, balbutie, perd pied, et repart. Il s’obstine dans sa quête. On ne voit rien de l’enfant disparu. On élude judicieusement les flashbacks et les violons. On ne voit que l’absence.

Le cinéaste réussit un incroyable tour de force en donnant corps à la solitude des âmes au sein d’une mégalopole, dans des lieux bondés. Il  cadre serré, très serré. Autour, la masse grouillante est une forme de vide. L’absence, toujours, et la solitude. Le personnage de Damian Lewis n’a rien de pathétique. Il lutte pour retrouver sa fille dans un New York gris et déshumanisé. Il est une ombre traquant un fantôme, un souvenir. Il est un anonyme qui mène une lutte acharnée pour conserver une intégrité mentale.

Le film de Lodge Kerrigan est court et très intense. Il passe comme une brise hivernale. Il glace l’échine, avec ses plans courts, ses longues focales, et son espoir idiot. Il évoque l’impuissance, ce sentiment qui  un jour tiraille chaque père, et puis le regret, comme un souffle qui se bloque et que l’on expire jamais. Il fait peur, enfin. Sans boogeyman, sans diable, sans porte qui claque. Juste avec un visage dans la foule.

Greg Lauert

A savoir : le film est produit par Steven Soderbergh par l’intermédiaire de sa société Section Eight.

KEANE de Lodge Kerrigan // 2004 // 100 minutes // 1.85 : 1 // Avec Damian Lewis, Abigail Breslin, Amy Ryan

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 10)

13 Sep

// THE MACHINIST – Brad Anderson //

Robert de Niro a eu un Oscar pour moins que ça, lui.

Avant d’être gueulard en chef sur les plateaux de cinéma, ou grosse voix sous un masque de chauve souris, Christian Bale était un comédien appliqué et impliqué. Pour The Machinist, film indépendant tourné en 2003, il perd plus de 25 kilos et s’offre un look cadavérique, supposé accentuer le trouble de son personnage. Trevor Reznik, ouvrier machiniste dans une usine terne, est assailli de toutes parts, par ses visions, par ses mauvaises rencontres, par un sentiment étrange. Le fil de sa vie lui échappe.

Le réalisateur, Brad Anderson, égare le spectateur dans un dédale psychologique et narratif. Il promène le personnage dans une galerie des horreurs, dans un univers subtilement fantasmagorique. Le contexte est plus paranoïaque que fantastique. Aux abords de la normalité, on perçoit une réalité sous jacente, et terrifiante. Le corps de Bale est placé au centre du récit. Le comédien est de chaque plan. Ses angles, ses os saillants deviennent une attraction de foire. Son masochisme est jeté en pâture à l’écran, mais il sert totalement l’histoire.

A l’ère du fake et du numérique, un jeune cinéaste exhume le corps dans toute sa laideur. Il offre le malaise, et des sensations palpables et oubliées. Il veut coupler la douleur morale du personnage à une douleur physique qui transpirerait de l’écran. Reznik est malade, il crève doucement, il se désagrège, il fond, il devient transparent.

Anderson lance une multitude de fausses pistes, mais on sent bien, tout au long du métrage, que le corps est la clé de l’intrigue. Le personnage principal est un pantin dont on assiste à la désarticulation. Bale confirme d’ailleurs qu’il peut être un comédien d’exception, qu’il peut s’engager pleinement dans un rôle et servir la vision d’un cinéaste.

Malgré les manœuvres, The Machinist n’est pas un film maniériste et complaisant. Mais son propos ne se dévoile que dans sa dernière scène. Le film souffrira ainsi aisément une deuxième vision. Alors débarrassé de ces interrogations, on pourra l’apprécier comme un drame psychologique, une réflexion sur la décrépitude de l’âme, sur la culpabilité.

Greg Lauert

A savoir : Supposé prendre place aux Etats Unis, le film a toutefois été intégralement tourné à Barcelone.

Fiche technique : The Machinist de Brad Anderson // 2004 // 2.35 : 1 // Avec Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Michael Ironside, John Sharian.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 6)

16 Août

// FEUX ROUGES – Cédric Kahn //

Quoi ? Ca vous étonne Carole Bouquet qui mange des groseilles ?

C’est un roman américain, écrit par un auteur français, adapté pour l’écran dans l’Hexagone, à l’américaine. Feux rouges, polar de Cédric Kahn, cultive le paradoxe. Simenon avait signé l’adaptation de sa propre nouvelle, pour Burt Lancaster. Dans la version de 2004, c’est Jean Pierre Darroussin qui découvre l’enfer des routes estivales.

Ce n’est pas tout à fait un road movie, bien que Kahn s’emploie à filmer le bitume, le reflet des enseignes de bar et les traces de pneu du véhicule. Mais le voyage importe peu. Ce qui passionne le réalisateur, c’est la déraison de son personnage. Comme les protagonistes de L’ennui, de Roberto Succo, ou des Regrets, le héros de Feux rouges est en rupture.

Il exprime son mal être, cultive une faille psychologique. Il se sent à l’étroit, comme un train lancé sur des rails. Alors, il s’autorise un détour, un crochet, pour concrétiser sa vision du mâle qui sommeille en lui. La sortie de route devient un dérapage incontrôlé. L’écart devait être fictif : quelques détours sous les néons, quelques whiskys dans le gosier. Mais inconsciemment, et selon ses termes, Darroussin va tout salir pendant une nuit.

La mauvaise rencontre importe peu. Ses mésaventures ne sont que l’inavouable consécration de ses pensées. Dans un flash back embrumé, le personnage principal se revoit, alangui sur son lit, fumant un joint avec sa femme en fin de soirée. La scène ne manque pas d’évoquer Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Les deux films se répondent, dans leur exposition d’une âme médiocre qui explore ses fantasmes inassumés. Bien sûr, chez Kahn, il y a un passage à l’acte, une résurgence du drame, une responsabilité.

Darroussin continue ainsi à boire au matin. Il voudrait prolonger vainement l’hébétude et la schizophrénie. Son personnage ne sera toutefois jamais rattrapé par sa réalité criminelle. La punition de ses actes, ce sera la paix sociale. Il reprend la route, en serrant la main de sa femme, en se promettant de laisser derrière eux les conséquences de ses actes.

Comme Série Noire, d’Alain Corneau, Feux rouges est une adaptation de roman noir fondée sur un grand personnage gris. Le polar, c’est l’art de nuancer les couleurs.

Greg Lauert

A savoir : Feux rouges est une nouvelle de Simenon écrite pendant sa période américaine. Elle a été proposée à Cédric Kahn par son agent Dominique Besnehard, dans une sélection de nouvelles de l’auteur prolixe qui n’auraient encore jamais fait l’objet d’une adaptation au cinéma.

Fiche technique : Feux rouges de Cédric Kahn // 2004 // 105 minutes // 1.85 : 1 // Avec Jean Pierre Darroussin, Carole Bouquet, Vincent Deniard