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[agitation :] Giuseppe Ferrara

17 Nov

Giuseppe Ferrara et Elvira Giannini au 35e FFIV

A 80 ans, le cinéaste italien Giuseppe Ferrara s’est bâti une solide réputation d’empêcheur de tourner en rond. Toute sa carrière est construite autour d’une seule idée : dénoncer les criminels qui gangrènent la société italienne. La Mafia (Cent jours à Palerme avec Lino Ventura, 1984), les politiciens corrompus et les financiers véreux (I banchieri di dio, Les Banquiers de dieu, 2002), les terroristes (Guido che sfidò le Brigate rosse, Guido qui défia les Brigades rouges, 2007) : tous y passent.

Le 35e Festival du film italien de Villerupt lui a consacré un large portrait en diffusant quatre de ses films. Le réalisateur n’a pas manqué de se montrer finement rebelle en rencontrant son public. Car jouer la mouche du coche à longueur de temps a aussi ses revers : difficulté de production, distributeurs frileux, mise à l’écart des réseaux télévisuels, sortir un film dérangeant a tout du parcours du combattant.

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Retour sur… THE MAN FROM EARTH – Richard Schenkman

14 Nov

Allez John, fais pas ton intéressant !

Après une dizaine d’années d’enseignement, John Oldman a décidé de démissioner et de déménager. Apprécié par ses étudiants et ses collègues, sa décision est mal comprise, et ceux-ci aimeraient comprendre ce geste soudain. Ils viennent le saluer dans sa maison aux portes du désert. Quelques déménageurs emportent les derniers meubles au fil de la journée. C’est dans son salon, où subsistent quelques objets personnels, que l’histoire se déroule.

Après s’être montré curieusement renfermé, John annonce tout à trac qu’il serait en réalité un homme de Crô-Magnon, qui n’a pas pris une ride depuis 14 000 ans. Ça fait bien plaisir à ses amis de voir que son sens de l’humour se porte bien, et ils se prennent à son jeu en traquant les incohérences de sa position. Ça donnera lieu à des échanges intéressants, jusqu’au petit matin, sur des chemins menant à des remises en question pas nécessairement confortables, voire même parfois à des démonstrations d’anxiété assez spectaculaires pour certains.

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Les dilettantes (épisode 16/28)

26 Août

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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Les dilettantes (épisode 10/28)

8 Juil

/// Pendant un peu plus d’un an, Guérine Regnaut et Romain Sublon se sont prêtés au jeu de la correspondance cinéphile. Un film, un échange. L’un propose, l’autre répond… é basta!  ///

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Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 45)

16 Mai

// GONE, BABY GONE – Ben Affleck //

L'Apartheid, acte 2.

Le grand auteur de polar est souvent indissociable de sa ville. Comment évoquer Ellroy sans évoquer Los Angeles ? Pour Dennis Lehane, le terreau, c’est Boston, ses faubourgs, son immense communauté irlandaise. Ben Affleck, acteur ultra brite et nouveau cinéaste mésestimé, a grandi sur les trottoirs en question. Il en avait notamment tiré le scénario de Good Will Hunting avec Matt Damon, compère de la première heure. La rencontre entre la mécanique du polar de Lehane et la connaissance du milieu par Affleck donne naissance à une œuvre passionnante.

Gone, baby, gone raconte un kidnapping, dans un quartier populo-populaire de Boston. Guère de surprise au niveau du thriller, rondement mené mais classique en diable. L’intérêt du métrage est ailleurs, et il est double.

En premier lieu, il y a Casey Affleck, trop jeune pour son rôle, trop roublard pour être pleinement crédible, et pourtant trop brillant pour être ignoré. Gone, baby gone confirme le talent entrevu dans L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Ce mec à l’ œil torve, le regard par en dessous des très grands. Il est tout ce que son frère n’est pas : ambigu, finaud, charismatique.

Et puis il y a le regard du réalisateur. Ben Affleck semble suffisamment intelligent pour saisir qu’il n’est pas Eastwood. Il adapte Lehane une poignée d’années après le succès de Mystic River.  Il s’éloigne donc de la veine mélodramatique, franchement casse gueule quand on n’a pas la carrure, pour aborder le film sous un angle sociologique. Il s’affranchit du lyrisme exacerbé. Gone, baby, gone, c’est avant tout la loi du contexte.

L’histoire d’un privé qui évolue dans une zone sinistrée, qu’il connait pour y avoir grandi. Sur la populace, le regard de l’auteur n’est jamais condescendant. Le film dégage un humanisme naïf et désespéré, quelque part très courageux.

Son final est une véritable gifle. Sans sensationnalisme, Affleck tord le cou au romantisme classique. Kenzie, le privé doucereux, croit en son trottoir, garde un semblant de foi dans ses semblables. Ou peut être est il simplement trop lâche pour assumer une grande décision. Le doute plane.

Gone, baby, gone, c’est l’histoire très simple d’une compromission, d’un choix assumé dans le doute et sans héroïsme.

Greg Lauert

A savoir : il s’agit sans le moindre doute de l’adaptation la plus discrète de Lehane au cinéma. Ses deux autres romans portés à l’écran sont Mystic River, par Clint Eastwood, et Shutter Island par Martin Scorsese.

GONE BABY GONE de Ben Affleck // 2007 // 114 minutes // 1.85 : 1 // Avec Casey Affleck, Michelle Monaghan, Morgan Freeman, Ed Harris.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 35)

7 Mar

// LIVE – Bill Guttentag //

Grâce aux ASSEDIC, MAM commence une nouvelle vie.

Guttentag est un réalisateur de documentaires. Il lui apparait donc naturel de conférer à son premier long métrage de fiction l’esthétique et l’apparence de son genre de prédilection. Une caméra suit Eva Mendes, insupportable productrice de shows unscripted (qu’ils disent), qui tente de mettre sur pied un jeu de roulette russe pour un grand network.

La première heure verse sciemment dans le grotesque. Les personnages sont odieux. Ils parlent chiffres, audience, bénéfice, encarts publicitaires. Les dilemmes moraux sont éludés d’un sourire lumineux et d’une pose langoureuse. Mendes, sculpturale et supposée sympathique, s’amuse de cette fantastique caricature de carriérisme au sein des média. La liberté d’expression est mise en exergue. Si de bons américains veulent se faire sauter la cervelle à l’écran pour 5 millions de dollars, c’est leur droit. Le film questionne platement, ne théorise pas. Il  se pose comme une cible idéale au jugement du spectateur moral, distancié, et intelligent. Ce dernier a la tâche aisée à l’heure de condamner les inbouffables crétins qui roulent des mécaniques sur l’écran.

Puis vient le jeu en question. Le long métrage quitte son style documenteur. On aura des champs / contre champs, des gros plans angoissés, un montage alterné entre différents protagonistes. Le cinéaste prône d’un coup l’immersion. Il sert le voyeur. La victime sera idéale, le personnage le plus caricatural sera sacrifié et le plus noble sanctifié. Nos plus bas instincts seront satisfaits. Le jeu ne veut pas le contrepied. Il contente le téléspectateur. Insidieusement, il contente le cinéphile.

De par un changement de mise en scène, de par un décalage de point de vue, nous devenons clients de l’obscénité. En quelques plans, ce film cynique et satirique, dont on riait à distance, suscite l’inconfort. L’objet putassier masquait sa roublardise. On pourra oublier le final expiatoire et franchement inutile. Le long métrage exploite admirablement son cœur, cette demi-heure qui se clôt sur le visage du personnage principal, défait au dessus d’un lavabo, écœuré et grisé à la fois.

Live est un conte habile et obscène, un film peu soigné mais explosif, une œuvre moderne et surprenante.

Greg Lauert

A savoir : Paul Michael Glaser (sans gilet blanc ni Gran Torino) joue ici le directeur de la chaîne. Il a lui-même mis en scène un film sur les dérives de la société spectacle en 1987 : Running Man.

LIVE de Bill Guttentag // 2007 // 96 minutes // 1.85 : 1 // Avec Eva Mendes, Andre Braugher, Paul Michael Glaser, David Krumholz.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 27)

10 Jan

// THE MIST – Frank Darabont //

En 2011, il sera difficile d'échapper aux "griffes" de Monica Lewinsky.

The Mist est la troisième adaptation de Stephen King signée par Frank Darabont. Les deux premières tentatives ont été largement saluées par le public, mais les cinéphiles auront émis quelques réserves devant ces parpaings binaires et un rien racoleurs. On attendait donc plus Darabont sur la voie du mélo que sur celle de l’horreur. Pourtant, dans cette production Dimension distribuée en catimini en France, il ne déçoit pas.

Le matériau de King n’est ni récent, ni particulièrement original. Brumes est une nouvelle écrite en 1985, et qui ne figure pas au panthéon du prolifique écrivain. Mais d’un postulat très simple, à savoir un groupe de survivants bloqués dans un supermarché, hésitant à sortir pour se faire dévorer par les créatures tapies dans le brouillard, le cinéaste américain tire une œuvre quintessentielle, puissante et quelque part désuète.

En premier lieu, il ne recule pas devant les obligations du genre. Le film est primaire, et violent. Jusqu’à cette dernière scène traumatisante, la lente montée de l’horreur est admirablement orchestrée. Il s’encombre de l’éveil du fanatisme religieux, thème cher à Stephen King, et se tire de cette pente glissante avec les honneurs. L’œuvre ne suscite que peu de reproches, et l’on est alors en droit de s’interroger sur ce qui la rend unique et admirable dans le cinéma de genre contemporain.

En plein boom du zombie flick, le vieux Frank signe un film de monstre à l’ancienne, qui lorgne vers les productions Universal de Jack Arnold. Il confesse sa nostalgie pour un sous genre cinématographique bloqué dans les années 50. Il aime les grosses bestioles, les héros impuissants. A la manière d’un Steven Spielberg, il fait de la science fiction sincère et datée, ancrée dans un référentiel pré-Corman. Il n’y a pas de pépée en bikini, pas de cynisme dévorant.

Darabont pousse le vice jusqu’à livrer sa version du film en noir et blanc. L’apport est indéniable. Le film y gagne une austérité salutaire. La brume devient une aura monochrome où les personnages vont se perdre dans l’espace et dans le temps. Le cinéaste pousse les limites du cadre, tire King hors de ses récurrentes adaptations télévisuelles, et fait du grand cinoche avec un récit minimaliste. Avec son approche du genre, il satisfait à la fois les fans d’horreur, et les cinéphiles nostalgiques. Il est quelque part surprenant de voir une œuvre si ambitieuse et référentielle sortir de l’écurie de Bob Weinstein, grand fournisseur de frayeurs lambda.

Après ce coup de maître, on serait tenté d’avouer qu’il y a méprise au sujet de Frank Darabont. Il vaudrait mieux que l’honnête artisan de studio que ses premiers films laissaient entrevoir.

Greg Lauert

A savoir : la seule copie digitale à proposer la version noir et blanc dans son format original est le Blu-ray américain (multizone, avec une version française et des sous titres anglais). Sur le DVD français, la version de l’auteur est recadrée.

THE MIST de Frank Darabont // 2007 // 126 minutes // 1.85 : 1 // Avec Thomas Jane, Andre Braugher, Laurie Holden, Marcia Gay Harden.

Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 15)

18 Oct

// L’ENNEMI INTIME – Florent Emilio Siri //

Parfois, une guerre se gagne à chifoumi.

Le cinéma français ne connait pas ce besoin, strictement américain et cathartique, de porter à l’écran des événements historiques très récents. Hollywood a immédiatement mis en scène la seconde guerre mondiale, la guerre de Corée, puis le Vietnam. Si l’on excepte Le Petit Soldat de Godard, il nous aura fallu plusieurs décennies pour porter un regard sur la guerre d’Algérie. Et à l’heure de refaire le conflit, les premières tentatives ont été très théoriques, très réflexives. On discutait la guerre sans la montrer.

L’ennemi intime est donc un jalon important dans l‘appréhension des soldats français sur grand écran. Florent Emilio Siri apporte au contexte sa culture de l’image et un indéniable goût du film de genre. Son premier film, Une minute de silence, avait déjà un petit parfum de western. Après un opus Carpenterien dans l’Hexagone, il se fait la main sur une production américaine au budget conséquent. Et puis il s’attache à la réalisation de cet Ennemi intime, fondé sur un long documentaire homonyme de Patrick Rotman.

Le cinéaste a d’emblée avoué ne pas être à l’origine du projet. Il est un exécutant. Et ce qui le distingue en premier lieu d’Indigènes, c’est qu’il se fout du devoir de mémoire. Ce qui le passionne là, c’est d’importer un certain modus operanti dans un cinéma de guerre français parfaitement mollasson. Depuis Schoendorffer et sa 317ème section, personne n’avait jeté le conflit armé à l’écran.

Siri se montre concret, primaire, mais sans ostentation. Le fond est connu. On assiste au déflorage d’un bleu, pris dans la réalité du maquis et des balles, de la controverse et de l’ambigüité. Comme l’écrivait Céline dans son Voyage au bout de la nuit : « on est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté. »

C’est là le leitmotiv récurrent du film de guerre. Le genre n’offre que peu de perspectives narratives. Que reste-t-il alors à nos auteurs ? Il semblerait que le fondement d’un film de guerre réussi, ce soit l’authenticité, l’âpreté, le goût du sang et du sable, la peur et le parfum putride de la mort. Le genre implique de se montrer fonctionnel, précis.

Florent Emilio Siri n’évite bien sûr aucun lieu commun. Le film égrène les scènes attendues avec un rythme métronomique. Mais sa mise en scène est admirable de conviction. Le film n’a jamais à rougir de la comparaison avec ses homologues américains. L’immersion est totale, l’expérience est puissante.

Avec l’Ennemi intime, on voit et on vit un conflit, dans un récit qui ne se défausse pas, et qui, à défaut d’être surprenant, se révèle sincèrement authentique.

Greg Lauert

A savoir : il faut être attentif dans le choix de l’édition DVD. La plus fournie présente en complément l’excellent documentaire de 4 heures qui sert de point de départ au film.

L’ENNEMI INTIME de Florent Emilio Siri // 2007 // 111 minutes // Avec Benoit Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing, Marc Barbé, Mohamed Fellag