Chaque décison sera conséquente : Nash Edgerton

15 Jan

A l’occasion de la sortie du film The Square le 21 janvier, son jeune réalisateur, Nash Edgerton, a gentiment accepté d’accorder une petite interview à CUT. Mais avant d’arriver à celle-ci, voici une présentation du bonhomme et de ce qu’il a fait jusqu’aujourd’hui…

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Originaire d’Australie, après s’être offert une belle expérience, débutée dès l’âge de 18 ans, en tant que cascadeur dans des films comme Street Fighter et Power Rangers, le film, Edgerton décida vers ses 23 ans de s’essayer à la réalisation avec Loaded en 1996. Petit court métrage d’action et de potes, co-réalisé et écrit par Kieran Darcy-Smith (qu’on aura pu apercevoir en tant qu’acteur dans le film La Crypte de Bruce Hunt en 2005) et accompagné par quelques fidèles de parcours comme Tony Lynch (lui aussi cascadeur sur le nanar avec Van Damme et les super-héros en collants et casques à mobylette) et Joel Edgerton (frère de Nash et acteur entre autre aperçu dans Star Wars : épidode II et III et Mise à Prix). Avec les quelques films précédemment cités (excepté l’azimuté Mise à Prix), notre petit côté snob pourrait faire surface pour joyeusement faire l’impasse sur la première réalisation de cette bande de potes et ce serait faire preuve de connerie.

Pas besoin d’être passé derrière la caméra pour deviner la difficulté à rendre un film d’action amateur crédible, et Loaded a tout pour ressembler au mauvais film avec ses personnages et ses situations déjà mille fois abordés. Mais grâce à quelques plans très bien choisis, au montage acéré et vif de Nash Edgerton et de sympathiques démonstrations de cascades, Loaded parvient avec beaucoup d’efficacité et de surprise à offrir un film qui retient l’attention et n’a d’autre ambition que d’être (gentiment) bourrin. C’est donc ainsi que naît leur petite boîte de production (dont le nom rend simplement hommage au compagnon d’enfance de Nash : un Scinque à langue bleue, ou un lézard) : Blue-Tongue Films.

Nash Edgerton réalisera donc le premier rejeton de Blue-Tongue qu’est Deadline (court métrage mettant en scène un gugusse (joué par Nash) qui court comme un dératé à travers une ville, saute par-dessus des murs, n’hésite pas à barrer la route des bagnoles pour une raison qui nous sera dévoilée qu’à la fin) qui remportera le premier prix à Tropfest en 1997.

D’autres personnes s’ajoutent à l’équipe de Blue-Tongue et s’essayent à la réalisation : David Michôd avec Crossbow, regard intriguant sur un adolescent vivant dans l’absence totale d’affection de la part de parents vivants dans la débauche. Spencer Susser avec le plutôt marrant A Love Story (dont le casting se compose d’Amy Smart (L’Effet Papillon, Crank) et Branden Williams (Mean Creek, Crossroads)) qui offre une image très simple et logique de la rupture amoureuse, et surtout le mi-figue mi-raisin, mais très intéressant I Love Sarah Jane ou voilà à quoi ressemblerait 28 jours plus tard s’il avait été réalisé par Larry Clark. Nash Edgerton assurera la production et quelques cascades de chacun de ces films.

S’ajoute à la filmographie d’Edgerton les courts métrages Bloodlock, The Pitch, Fuel (qui remporteront tous quelques prix dans différents festivals comme Flickerfest ou Puchon), des clips musicaux (dévoilants souvent un penchant pour le plan séquence et le format scope, ici élégamment utilisés) pour Ben Lee, The Sleepy Jackson ou Eskimo Joe, en même temps que des grosses productions comme Star Wars : Episode II et III, La Ligne Rouge, la trilogie Matrix, Moulin Rouge, Superman Returns, Mission Impossible II et aussi Solitaire pour ses expériences en tant que cascadeur.

Lucky

Lucky

En 2005, il réalise Lucky, autre court métrage d’action dans lequel il joue l’unique rôle. Un mec se réveil attaché dans le coffre d’une voiture, parvient à l’ouvrir et perçoit qu’elle n’a pas de chauffeur. Après avoir réussi à se détacher il tentera d’accéder au volant de la bagnole qui roule à toute vitesse en pleine nature. Edgerton nous offre avec Lucky une sorte de petite blague divertissante dont la réalisation de la scène d’action (qui peut laisser songer au dernier acte du soporifique Boulevard de la Mort de Tarantino, sauf qu’ici on ne voit pas les reflets et ombres de la caméra) et son montage (ici accompagné de Luke Doolan, autre nouveau membre de Blue-Tongue, qui vient de réaliser son premier court métrage : Miracle Fish) confirme le talent de son jeune réalisateur pour intriguer et retenir la totale attention de son spectateur. Plusieurs prix (dont un nouveau à Tropfest) seront aussi remis à Lucky.

Suit le très sympathique The IF Thing, réalisé à la demande pour la cérémonie des Inside Film Awards, qui suit la (non) réalisation du court métrage.

Si on fait un rapide récapitulatif des créations de Nash Edgerton, on pourrait dire que tout ce qu’il a fait jusqu’ici a été réalisé dans le simple but de « divertir » et non forcément faire réfléchir son spectateur. Mais tous ces courts métrages témoignent d’un processus d' »exploration » de la réalisation (comme souvent chez tout débutant qui se respecte) et c’est là où Nash Edgerton confirme qu’il est un réalisateur « logique ». Avant de s’attaquer à des sujets plus personnels qui demanderaient une bien plus grande attention scénaristique de sa part, Edgerton réalise des « essais de style » pour voir jusqu’où il pourrait aller dans la réalisation et surtout pour savoir s’il a ses chances dans ce domaine. Et c’est le court métrage Spider qui traduira une nouvelle interrogation dans sa formation de metteur en scène : « suis-je capable de dire quelque chose avec ce que je filme ? ».

Spider

Spider

Spider : un couple dans une voiture ; la fille fait la gueule à son copain parce que celui-ci fait des blagues qui vont trop loin, ce dernier veut essayer de se faire pardonner… à sa manière. A part sa réalisation (ici crue tout en gardant une certaine élégance) et sa petite faute (la fin en possède malheureusement une vilaine), on remarquera dans Spider la non importance des dialogues (qui sont juste là pour souligner l’aspect réaliste du film) et l’envie d’aborder une réflexion sur la conséquence de chaque décision (réflexion qui sera apparemment aussi abordée dans son premier long métrage, The Square) tout en ne se prenant pas trop au sérieux et en gardant tout le côté absurde et parfois ridicule de ces graves conséquences et de leur point de départ, ce qui pousse souvent le spectateur à rire de la dimension dramatique qu’a prit la situation et l’empêche de rester indifférent.

Avec ses courts métrages, Nash Edgerton se présente donc comme un jeune réalisateur prometteur, modeste mais peu à peu conscient de ses nombreuses possibilités. En Australie, son premier long métrage qu’est The Square (qui suit la remise en question d’un homme qui tombe sur un sac rempli de billets apporté par sa maîtresse) lui aura valu ainsi qu’à son frère Joel (qui en a écrit le scénario) le surnom de « frères Coen australiens« . Même si The Square, d’après sa bande annonce, se présente comme un film noir pouvant rappeler Fargo sur certains aspects, il n’enterrera sûrement pas la carrière des frères Coen, mais ce serait tout de même bien emmerdant de constater que les talents de Nash et Joel Edgerton soient plus proches de ceux des frères Pang…

The Square

The Square

ENTRETIEN AVEC NASH EDGERTON

– Comment est née Blue-Tongue Films ?

– Nous avions d’abord commencé par la réalisation d’un court-métrage avec Loaded pour titre. L’équipe se composait de mon frère Joel, Kieran Darcy-Smith, Tony Lynch et moi-même – nous nous étions tellement amusés en réalisant ce film que nous avons décidé de continuer à en faire d’autres ensemble. Donc, la fois suivante, avant de commencer notre projet, chacun d’entre nous avons déposé $200 à la banque et nous avons appelé ce compte Blue-Tongue Films.

– La plupart de vos courts métrages (comme Spider et Lucky) sont des récits d’humour noirs. Est-ce un moyen pour vous de garder une certaine distance avec vos peurs ?

– Je ne sais pas si c’était pour moi un moyen de gérer mes peurs – peut-être inconsciemment. Spider et Lucky étaient tous les deux basés sur des rêves ou des pensées récurrents que j’ai eus. Dans le cas de Spider, c’était aussi vaguement basé sur des incidents dans lesquels j’étais impliqué. Mais oui, j’ai sans nul doute un sombre sens de l’humour.

– Qu’est-ce qui a influencé votre mise en scène ?

– Je pense être influencé par mes rêves, mes amis, d’autres films, des choses que j’ai pu observer et la vie en général. La vie est faite de tragédies et de comédies, c’est pourquoi j’aime bien essayer d’avoir les deux. En général, lorsque je suis influencé par un film c’est plus par rapport à ce que j’ai pu éprouver en le voyant, j’essaie d’éviter l’imitation technique.

– En tant que cascadeur, vous avez travaillé pour des réalisateurs tels que George Lucas, les frères Wachowski, John Woo, Terence Malick ou Greg McLean. Quel impact ces expériences ont-ils eu sur vous ?

– Travailler avec ces metteurs en scène fût mon école de cinéma. J’ai pu voir comment ils faisaient, ce qui marchait, ce qui ne marchait pas et comment les films aboutissaient. C’était vraiment enrichissant. Et ils sont tous tellement différents. C’est la meilleure école qu’il puisse y avoir.

Joel et Nash Edgerton sur le tournage de "The Square"

Joel et Nash Edgerton sur le tournage de "The Square"

– Votre frère, Joel Edgerton joue aussi un rôle important dans votre travail. Notamment, il a écrit le scénario de votre premier long métrage, The Square, en a participé à la production et y joue l’un des rôles principaux. Comment se passe votre entente sur un projet ?

– Joel et moi nous entendons à merveille. Nous sommes les meilleurs amis. Nous avons toujours nos petites bagarres occasionnelles comme tous les frères. Mais jamais rien de grave. Je pense que nous nous complétons bien en terme de talents. Et surtout nous visons tous les deux le même résultat : offrir le meilleur de nos capacités.

– Toujours concernant The Square, comment s’est passé votre collaboration avec votre distributeur français, La Fabrique de Films ?

– Jusque-là, c’était super, tout le monde à La Fabrique de Films a été très charmant et s’est vraiment impliqué dans le projet. C’est très excitant pour moi que la France soit le premier pays après l’Australie à pouvoir découvrir le film. J’adore le cinéma français.

– Justement, pouvez-vous donner des exemples de films ou de réalisateurs français qui vous ont marqués ?

– Il y a tellement de bons films et réalisateurs, mais ceux qui me viennent à l’esprit sont 37°2 le matin, La Haine, Irréversible, un court métrage appelé C’était un rendez-vous de Claude Lelouch, les films de Jean-Pierre Jeunet, Luc Besson (surtout Léon et Nikita) et aussi, un film que j’ai vu récemment et que j’ai beaucoup apprécié, Jeux d’enfants de Yann Samuell.

– Comment The Square a-t-il été reçu en Australie ?

– Le film a été très bien reçu en Australie. On a été l’un des plus gros succès australiens en 2008.

– Avez-vous déjà un quelconque nouveau projet en tête ?

– Oui, je suis en train d’écrire quelque chose en ce moment. Mais je ne lui ai pas encore trouvé de titre. Mais je peux dire que ce sera plus proche de mes courts métrages Lucky, Spider ou Fuel.

Propos recueillis par Rock Brenner

Traduits de l’anglais avec l’aide de Krystee Ragaven

(merci à Stéphanie Laroque de La Fabrique de Films)


Les travaux de Nash Edgerton et Blue-Tongue Films sont visionnables le site de Blue-Tongue (avec QuickTime) ou sur YouTube :

http://www.bluetonguefilms.com/

http://www.youtube.com/user/bluetonguefilms

Boutique en ligne :

http://www.cafepress.com/bluetonguefilms

Pour voir la bande annonce de The Square :

http://www.lafabriquedefilms.fr/


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15 Réponses to “Chaque décison sera conséquente : Nash Edgerton”

  1. Reda jeudi 15 janvier 2009 à 160436 #

    Faut surtout pas snobé Mi$e à prix :)

  2. Reda jeudi 15 janvier 2009 à 160437 #

    la prochaine fois je me relie… snober !

  3. rock jeudi 15 janvier 2009 à 160447 #

    Je te rassure, Reda : « Mise à prix » ne fait pas parti de ces quelques films déconseillés.

  4. Reda vendredi 16 janvier 2009 à 101015 #

    ^^. Par contre j’ai un petit faible pour Street Fighter. Enorme le coup de Zangief qui se rend compte que c’est un méchant grâce à Balrog qui ne sert à rien à part faire le noir de service. Heureusement ils sauvent nos amis suite à cette illumination en aidant un sumo à soulever une porte en pierre. :x. Si si, le scénariste de Die Hard a fait ca.
    RIP Raul Julia.

  5. Sanjuro vendredi 16 janvier 2009 à 101024 #

    Et quand tu seras bien relié, on pourra te mettre dans une bibliothèque, au rayon « snobs du cinéma ».

    N’est-ce pas, Reda ?

  6. Reda vendredi 16 janvier 2009 à 111106 #

    Traduction ? (oups on va pas pouvoir te mettre dans le rayon dictionnaire de français toi c’est dommage…)

  7. Sanjuro vendredi 16 janvier 2009 à 111122 #

    On dit « la prochaine fois je me relis ».
    Si tu dis « je me relie », c’est un autre verbe, relier plutôt que relire, que tu utilises.

    Autre chose ?

  8. Reda vendredi 16 janvier 2009 à 121240 #

    Non. Finalement je te classe dans le rayon grammaire-conjugaison.

  9. rock vendredi 16 janvier 2009 à 170553 #

    Reda :
    Van Damme s’est remit à surfer sur quelques bonnes bases (j’entends par là « Replicant » et « In Hell »), ce n’est pas pour nous rappeler son duo avec Kylie Minogue ! ^^

  10. Reda vendredi 16 janvier 2009 à 190734 #

    Et JCVD ^^. In Hell ne m’avait pas trop plus à cause de son aspect cheap de dtv (tourné dans la même zonzon qu’une Seagalerie dont j’ai oublié le nom) mais y’avait des aspects etonnants.
    Dommage qu’il ai refusé le rôle dans The Expandables proposé par Sly… Tant pis, y’aura Dolph Lundgren, monsieur 170-de-QI/champion de karaté/mannequin !

  11. rock vendredi 16 janvier 2009 à 200830 #

    Ah, moi c’est JCVD qui ne m’a pas trop plu. Je ne le trouve pas mauvais, mais le personnage de Saoulem est vraiment sous-exploité et le film donne l’impression d’avoir été réalisé que pour la scène du monologue. Pour voir Van Damme sous un autre aspect je préfère autant regarder le docu « Dans la peau de JCVD », que je te conseil vivement si tu ne l’as pas déjà vu !

    « In Hell » m’avait vraiment étonné, je ne le conçois pas comme un chef d’œuvre, mais en tant que « film d’action pas con », je le trouve très respectable et même touchant. Et en tant que « film de prison », au risque de faire hurler d’effroi certain(e)s cinéphiles, je le préfère largement au surestimé « Midnight Express »…

  12. Reda vendredi 16 janvier 2009 à 210919 #

    Bah JCVD je le trouve pas génial mais il m’a plus, et oui j’ai vu Dans la peau de JCVD (ultra émouvant) mais pas vu Midnight Express… je kiffe Alan Parker et Oliver Stone donc c’est bien parti pour que je l’aime :p.

  13. rock dimanche 18 janvier 2009 à 180620 #

    Justement, j’ai été déçu par Oliver Stone : j’adore son scénario pour « Scarface », j’ai beaucoup aimé « Platoon », « U-turn » et « Tueurs nés », mais là c’était la débandade… Remarque, « World Trade Center » n’était pas un viagra très puissant non plus.

    Mais je ne peux pas juger Alan Parker, « Midnight Express » est le seul film que j’ai vu. Mais sa façon de se masturber dans tous les sens dans les bonus du dvd m’a un peu fait chier, je cite : « Je défi quiconque de revoir un film qui a été réalisé il y a 30 ans et qui aussi bien « vieilli » que « Midnight. » Oublions donc « Zombie », « Rencontres du troisième type » ou « Star Wars »…

  14. Reda lundi 19 janvier 2009 à 190756 #

    … bon alors il dit de la merde dans ses bonus :o.
    Oliver Stone est comme Tim Burton, en coma de glasgow 5 au plus, c’est chiant vu ce qu’ils nous ont offert.

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